Le domaine d’Hauteville rouvre le temps d’un instant

Saint-LégierCes jours, la propriété est à visiter. Avant 1970, le parc était accessible. Souvenirs émus.

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«Ce parc est très cher au cœur de tous les anciens: c’était un but de promenade merveilleux, la sortie dominicale des familles veveysannes.» Michelette Rossier-Menthonnex, 88 ans, ne parle pas d’un coin au bord du lac, mais du domaine du château d’Hauteville, à Saint-Légier, au «temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître», comme le chantait Aznavour. Avant 1969 (date de pose des panneaux «Propriété privée»), les habitants de la région passaient à leur guise à travers le parc de la propriété. «C’était l’axe le plus utilisé pour relier à pied La Tour-de-Peilz à Saint-Légier», se souvient André Guex, 83 ans. Dès demain et trois jours durant, chacun pourra y accéder, à l’occasion des portes ouvertes. Elles ont été mises sur pied pour que les acheteurs potentiels admirent les objets et meubles qui seront mis aux enchères les 11 et 12 septembre, le château, à vendre pour 60 millions, devant être vidé. Elles constitueront aussi, pour certains, une forme de pèlerinage. «Je n’y suis pas retourné depuis soixante ans. J’irai, s’il n’y a pas trop de monde», sourit Jean-François Loude, 77 ans.

Michelette Rossier-Menthonnex se souvient du «rite de passage» dans ces bois: «Au bord du ruisseau l’Oyonne, les louveteaux traversaient une passerelle vers les éclaireurs quand ils étaient en âge de les rejoindre, sur l’autre rive. De l’ail poussait dans la forêt. A force de nous rouler par terre, nous sentions l’ail à plein nez!»

«La ruine d’un moulin, en contrebas d’un étang, alimentait une chute d’eau: idyllique!» «Et une fois par an, les Grand d’Hauteville invitaient les enfants pour un goûter», souligne André Guex. «Et nous allions prendre de l’eau à leur fontaine», raconte Marguerite Bovay, 90 ans.

Iconique temple d’amour

Dès la fin des années 60, des «déprédations» forcent la famille à fermer le domaine. «Les regrets ont été atténués car l’autoroute a dès 1963 bloqué l’accès», constate André Guex. Mais dès lors, de plus jeunes se sont quand même amusé sur ces terres, s’ils étaient amis avec les enfants Grand d’Hauteville ou de leurs locataires. Ainsi Jean de Gautard, ex-syndic de Saint-Légier: «En hiver sur l’étang gelé, nous étions une dizaine à jouer au hockey. Et nous dévalions la grande allée toute droite dans une caisse à savon équipée d’un moteur de vélomoteur à 3 vitesses. C’était fantastique, la belle époque de la liberté!»

Jean-Luc Morier, agriculteur d’une ferme du domaine, conduisait aussi, enfant, des caisses à savon et amenait le goûter aux employés du domaine, dont son père. «Quand nous montions au temple d’amour, cinq minutes un peu comme des voleurs car nos parents ne nous le permettaient pas, nous étions les rois du monde! Sur ce promontoire, avec la vue autour à 360 degrés, nous étions petits mais nous sentions grands.» Sans doute ce même sentiment galvanisait de jeunes ados, allant en toute illégalité y fumer des joints à la fin des années 80.

Epimachus Cremers a, lui, vécu au château de 9 à 18 ans, «les meilleures années de ma jeunesse», ami de Jacques Grand d’Hauteville (troisième des héritiers), «mon pote de toujours». «C’était notre paradis, avec les chiens et les chevaux du fermier. Nous avions créé le 1er téléphone portable: un fil traversait toute la cour d’une aile à l’autre du château. Aux extrémités: des boîtes reliées à des postes à galène. Nos pères trouvaient cela abominable.» Epimachus Cremers dévoile un secret: «Au grenier, il y avait un passage entre la partie centrale et l’aile droite du château. Nous nous rencontrions avec Jacques en cachette, pour nous raconter nos bonheurs et nos misères. Nous y avons collé des petits autocollants de Tintin et de Spirou, qui sont encore au mur.»

Et si ce parc était devenu le Central Park de la Riviera, comme l’avait souhaité l’élu tyalo, Patrick Brunschwig, décédé récemment? «La faune et la flore en pâtiraient sûrement, car il n’y a plus le respect d’antan, mais je suis peut-être pessimiste», conclut Jean-Luc Morier.

Portes ouvertes, vendredi, samedi et dimanche, de 12 h à 19 h.

Créé: 02.09.2015, 19h36

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