L’église orthodoxe russe, un joyau en péril

VeveyLe monument, 140 ans d’âge, a un besoin urgent de rénovation. Mais l’argent manque. Première étape, redorer la coupole.

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

L’église Sainte-Barbara de Vevey tombe en morceaux. Discrètement, mais littéralement. Dans le magnifique décor intérieur de la communauté orthodoxe russe de Vevey, rue des Communaux, des morceaux de plâtre ont cédé autour des piliers et des fresques illustrant des scènes bibliques. «Qui nous dit qu’un jour un gros morceau de mur ne va pas se détacher? Il y a urgence», lance le protodiacre Michel Vernaz.

Dans le cœur de ce joyau de 140 ans (lire ci-contre), l’iconostase – cloison qui sépare la nef du sanctuaire – a aussi perdu des morceaux et sa couleur dorée. L’éclat de certaines œuvres vieilles de plusieurs siècles s’est méchamment estompé.

À cela s’ajoute la nécessité de rafraîchir la coupole: des coulures d’oxyde de cuivre créent des dégâts sur les façades. Le système électrique et l’éclairage doivent être remis aux normes. Et rajeunir la salle de paroisse en sous-sol ne serait pas un luxe. Bref, c’est ni plus ni moins une «restauration sans précédent» qui s’impose, selon Michel Vernaz, sur la deuxième plus importante église orthodoxe de Suisse – après celle de Genève.

9000 feuilles d’or

Le diagnostic a été posé il y a déjà dix ans, mais l’argent manque, même pour une église fonctionnant exclusivement grâce au bénévolat. Des devis de l’époque font état d’une ardoise à 2 millions. Michel Vernaz part sur cette base, même s’il a conscience que l’inflation a sans aucun doute gonflé la note.

Pour l’heure, l’ancien cadre de Philip Morris à la retraite préfère toutefois y aller pas à pas, en fonction des moyens: «Depuis octobre, nous avons réalisé le nettoyage des murs extérieurs pour 15 000 francs. Nous étudions maintenant les modalités pour redorer notre coupole. Cela n’a pas été fait depuis quarante ans.»

Les 9000 feuilles d’or pour 50 m2 de surface attendent à la banque. L’opération, prévue ces prochains mois, coûtera 190 000 francs. L’objectif est d’être prêt pour la Fête des vignerons 2019, durant laquelle l’église restera ouverte tous les jours. «Une occasion de découvrir un véritable petit musée que les Veveysans connaissent peu.» Et de préciser que les cultes du dimanche sont publics et l’église ouverte les mercredis après-midi. Vers qui se tourner pour trouver ces 2 millions? Les dons des fidèles constituent historiquement le principal apport du budget de l’église. Insuffisant toutefois. «Un objet exceptionnel» Le Service des monuments historiques apportera probablement sa pierre à l’édifice, selon Nicolas Meier, conservateur du secteur Est aux Monuments et sites du Canton, au sortir de sa visite d’hier: «C’est un objet exceptionnel. Les extérieurs, dont la coupole, sont classés au même titre que l’escalier monumental, et donc éligibles pour une subvention. Usuellement, le Canton donne l’équivalent de 20% de la facture pour l’entretien.» Et les intérieurs? «Non, car ils ne sont pas classés pour l’heure, ce qui me semble un non-sens au vu de la rareté et de la qualité historique de l’église. Ses responsables réfléchissent du reste à déposer une demande de classement, et je n’imagine pas qu’elle puisse leur être refusée.»

La Ville de Vevey a aussi été approchée. L’occasion de raviver des liens distendus depuis quelques années «faute de temps et d’énergie», admet Michel Vernaz. Le municipal Étienne Rivier se réjouit de voir ce fil réactivé: «La Ville est à disposition pour une aide si l’église en exprime le besoin.»

La 50e plaque de Vibiscum

Malgré ses déboires, l’église de Sainte-Barbara n’en compte pas moins célébrer ses 140 ans les 13 et 14 octobre prochain.

L’Association des Amis du Vieux-Vevey (Vibiscum) ajoutera sa pierre à l’édifice dès ce mercredi en apposant la 50e plaque commémorative de son histoire: «Il y en aura même deux, précise Danielle Rusterholz, présidente de Vibiscum: une en français et une en cyrillique.»

Créé: 21.04.2018, 08h27

Une histoire romanesque

En 1872, à la mort de son épouse et de sa fille, Barbara Petrovna, en couches, le comte Chouvalov décide d’ériger à Vevey et à ses frais – 1 million de francs or, un montant faramineux pour l’époque – une église pour les voir y reposer.

Le premier office en cette église dédiée à la «sainte mégalomartyre Barbara» a lieu en octobre 1878. Ce n’est toutefois qu’en 1950 que les défuntes purent reposer dans le caveau, les autorités refusant jusque-là les inhumations hors du cimetière communal. Cette histoire digne d’un roman s’intègre dans celle de la présence russe sur la Riviera dans la seconde moitié du XIXe siècle. De nombreux aristocrates, artistes, étudiants et révolutionnaires s’y installent. Des cultes orthodoxes sont organisés dès 1850 à Vevey – à l’Hôtel d’Angleterre notamment –, ce qui évitait par ailleurs de longs trajets jusqu’à l’église de Genève.

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

L'actu croquée par nos dessinateurs, partie 5

Visite du pape en Suisse, paru le 21 juin.
(Image: Bénédicte) Plus...