L’église orthodoxe russe recouverte de 9000 feuilles d’or

VeveyLa coupole du lieu de culte brillera comme au premier jour en octobre pour fêter ses 140 ans. La dernière fois, c’était dans les années 1970.

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Depuis trois semaines, Michel Muttner et son équipe jouissent de la plus belle vue du moment sur Vevey. Perché à une trentaine de mètres du sol, au sommet de l’imposant entrelacs d’échafaudage qui corsète l’église orthodoxe russe Sainte-Barbara, le restaurateur du Landeron (NE) est aux petits soins avec la coupole en cuivre. Celle-ci n’attend qu’une chose: retrouver son éclat doré d’antan.

Pour cela, il faudra juxtaposer un à un 9000 carrés d’or ultrafins – 0,2 micron d’épaisseur et 8 cm de côté – sur les 40 m2 de surface. Le restaurateur pourra compter sur l’expertise de la spécialiste maison: Élisabeth Muttner, son épouse et bras droit.

Pour l’heure, le précieux métal, acheté en France voisine à l’entreprise Dauvet (lire en encadré), dort dans le coffre d’une banque de Vevey en attendant la fin des travaux préparatoires. La dernière opération du genre – l’une des deux seules effectuées depuis l’inauguration de l’église en 1878 – date d’il y a quarante ans.

Pour illustrer son propos, le Neuchâtelois extrait délicatement le petit carré d’or qu’il conserve dans son porte-monnaie en le manipulant comme s’il s’agissait de nitroglycérine: «Un simple coup d’ongle et la feuille est rayée. Nous devrons même faire attention à notre respiration pour ne pas qu’elles s’envolent.»

Quelque 9000 feuilles d'or comme celle-ci seront juxtaposées sur le cuivre de la coupole de l'église.

Un timing serré

Pour une telle restauration, l’or utilisé doit être des plus purs: «Nous avons choisi le Liberty, produit phare de la maison Dauvet, 23,75 carats, 24 étant le maximum. C’est celui qui fait scintiller la flamme de la statue de la Liberté, d’où son nom.» Une comparaison qui réjouit Michel Vernaz, protodiacre, impatient de voir flamboyer la coupole de son église pour les 140 ans du lieu de culte en octobre. «C’est un timing très serré», soupire toutefois Michel Muttner.

Et pour cause: «Il a été difficile de trouver un artisan disposant du savoir-faire, explique Michel Vernaz. Nous avons pensé à ceux qui avaient réalisé le travail la dernière fois, mais ils sont décédés. C’est en lisant l’article de «24 heures» sur nos travaux de restauration (notre édition du 21 avril) que M. Muttner s’est porté candidat.» Ce dernier pourra s’appuyer sur une expérience analogue: la dorure des coupoles du minaret de Serrières (NE), commandée par Philippe Suchard, fondateur de la fameuse chocolaterie.

D’abord la croix

La coupole est en phase de nettoyage, le sulfure de cuivre et les poussières étant les deux ennemis déclarés. Sur la face sud, l’oxydation a noirci toute la surface et on ne trouve plus guère de marques dorées. Sa grande exposition au soleil l’explique. Isabelle Capt Gigon et Lucia Regazzoni ont fort à faire à l’éponge et à l’eau, voire à l’aide de compresses à l’eau ammoniaquée, sans compter un ponçage léger au papier de verre. Le défi majeur est d’obtenir une coupole lisse pour éviter aux feuilles d’or d’épouser des aspérités.

Une fois propre, la surface sera recouverte de trois couches de préparation: une première d’adhésion, puis une deuxième de peinture jaune appliquée au pistolet pour éviter les marques du pinceau, et enfin un mélange d’huile et de résine qui sert de colle pour l’or. «La température ambiante sera déterminante pour les temps de séchage. L’idéal étant autour des 20 degrés, nous travaillerons beaucoup le matin. Mais le matin, la condensation est plus grande… Bref, il faudra s’adapter.»

Un étage plus haut, Marc Pollien chouchoute à l’éponge la croix de fer sommitale en proie à une oxydation importante. «Elle présente beaucoup de courbes, ce sera plus délicat de poser les feuilles, prédit Michel Muttner. Raison pour laquelle elle sera dorée avant la coupole.»

(24 heures)

Créé: 27.07.2018, 19h35

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Tomber sur des images du travail de l’entreprise de battage d’or Dauvet a quelque chose de magique et de fascinant. La fonte de l’alliage à 1200 degrés, le laminage à froid des lingotins en un ruban de plusieurs mètres, le battage entièrement mécanisé du ruban coupé en quartiers de 40x40 mm, le battage final de la pile de feuilles d’or, si fines qu’elles ne supportent pas même leur propre poids. Ce savoir-faire de l’entreprise née en 1834 à Paris survit à deux pas de Vevey ou presque depuis 1938: à Excenevex, à côté d’Yvoire, en France voisine.

Dauvet est la dernière du genre dans l’Hexagone, et une des dernières en Europe. Pire, son avenir est compromis. «Les repreneurs sont les bienvenus», glisse la responsable, Jeanine Lamberton. La faute «à la concurrence asiatique et aux charges françaises».

La société fut pourtant un fleuron français. Son or aura profité au flambeau de la statue de la Liberté, à la façade de l’Opéra Garnier ou au dôme des Invalides. Plus près de chez nous, le Cœur d’Or de la Maison de Commune de Chexbres est serti de quelques grammes. La Suisse offre plusieurs de ses clients réguliers à Dauvet, «principalement dans le domaine du luxe, de la joaillerie et de l’horlogerie», précise Jeanine Lamberton.

À ses plus belles heures, Dauvet travaillait et revendait une quarantaine de kilos d’or par an. Par le passé, son principal fournisseur fut la société suisse Metalor.

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