L’enquête sur la mort de Manon change de mains

Fondation de NantCinq mois après le décès, le procureur général, Eric Cottier, a confié les investigations à un magistrat du Ministère public central.

La jeune femme est morte dans sa chambre de la Fondation de Nant le 1er janvier 2015.

La jeune femme est morte dans sa chambre de la Fondation de Nant le 1er janvier 2015. Image: CHANTAL DERVEY

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Manon Hägler, 24 ans, est morte dans la nuit du 1er janvier 2015 dans la chambre qu’elle occupait à la Fondation de Nant, l’hôpital psychiatrique de Corsier-sur-Vevey. A 4 h 30, ce matin-là, la veilleuse, qui avait constaté que la jeune femme dormait paisiblement lors de son premier passage, trois heures auparavant, la découvre inconsciente dans ses vomissures. La famille de Manon ne parvient à récupérer son corps, autopsié à l’Institut de médecine légale, que le 5 janvier. Quatre jours plus tard, elle demande à la procureure Carole Deletra, en charge de l’enquête sur les circonstances de la mort, les résultats de l’autopsie. Sans recevoir de réponse.

Plainte déposée

Dans ces circonstances, le 16 janvier, l’avocat de François et Christina Hägler, ses parents, Amélie, sa sœur, et Benjamin, son frère jumeau, dépose contre la Fondation de Nant, Secteur psychiatrique de l’Est vaudois, une plainte pour homicide par négligence et mise en danger de la vie d’autrui.

Cinq mois plus tard, alors que l’enquête n’a pas avancé d’un pouce, le procureur général Eric Cottier prend la décision de dessaisir Carole Deletra du dossier et de le confier au procureur Christian Buffat. «Comme dans tous les cas où une erreur dans la prise en charge médicale pourrait être envisagée, j’examine dans quelle mesure il est adéquat que le dossier soit repris par un procureur de la division des affaires spéciales, souligne Eric Cottier. Pour traiter cette question, qui, la plupart du temps, nous est soumise par le procureur qui a ouvert l’enquête, nous prenons en considération la difficulté apparente du cas, les questions de principe qu’il peut poser, la relation qu’il peut avoir avec des questions générales de santé publique, la complexité des aspects de fait et de droit.»

Rapport en juin

«Lorsque Carole Deletra a évoqué ce cas avec moi, je l’ai priée de me faire parvenir les éléments du dossier pour me faire une idée, puis j’ai pris ma décision. J’ai commencé par constater qu’elle avait mené son enquête conformément aux règles en la matière, tient encore à préciser le procureur général. J’ai ensuite considéré, en particulier, que la question de la surveillance qui doit être exercée dans les établissements hospitaliers, qui s’est posée dans plusieurs affaires, justifiait que le cas soit repris par le Ministère public central.»

En l’espèce, la procureure a attendu d’avoir entre ses mains les résultats de l’autopsie de Manon avant de lancer ses investigations. Or le rapport ne lui est parvenu qu’au début du mois de juin – cinq mois après les faits… – et ce n’est donc que le 5 juin qu’elle a auditionné la famille Hägler, et cela pour la première fois. Il est vraisemblable, dès lors, que l’audience en question soit à l’origine de l’entretien à la suite duquel le procureur général a décidé de la dessaisir du dossier.

Désormais, l’enquête confiée au procureur Christian Buffat s’annonce longue et difficile. D’une part, elle démarre plus de six mois après la mort de Manon Hägler, et la mémoire des protagonistes – ils sont nombreux – risque inévitablement d’être moins vive.

D’autre part, le rapport d’autopsie pose, selon nos informations, au moins autant de questions qu’il n’apporte de réponses. En effet, si les experts concluent à une mort due à une broncho-aspiration qu’ils attribuent à de la méthadone, les enquêteurs n’en ont toutefois pas trouvé trace dans la chambre. La jeune femme, de surcroît, avait plusieurs dents cassées et s’était mordu la langue, comme lors d’une crise d’épilepsie, et portait sur le corps, aux bras, aux jambes et autour de la tête, des marques qui pourraient faire croire qu’elle a été attachée. A cet égard, le rapport ne donne pas d’explications.

Dossier lacunaire

Quant au dossier médical, il désespère la famille de la jeune femme: «La chronologie des soins n’est pas toujours respectée et la médication de Manon n’est souvent pas indiquée avec précision, dit sa maman. Or notre fille était à Nant sous PLAFA, à savoir un placement à des fins d’assistance. L’institution a-t-elle rempli son mandat? J’espère que nous le saurons un jour.» (24 heures)

Créé: 10.07.2015, 17h32

Manon Hägler avait 24 ans. (Image: DR)

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