«À mon époque, on donnait absolument tout sur le terrain»

VilleneuveGilbert Fesselet est l’un des derniers représentants de l’équipe de Suisse de la Coupe du monde de 1954. Souvenirs.

Gilbert Fesselet a arpenté les pelouses de l’élite suisse, dix ans durant. Avec en prime sept capes en équipe nationale.

Gilbert Fesselet a arpenté les pelouses de l’élite suisse, dix ans durant. Avec en prime sept capes en équipe nationale. Image: Chantal Dervey

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Gilbert Fesselet, «Gibus» pour les intimes, est un ancien international de football suisse, auréolé de sept sélections. Ce dynamique et très modeste nonagénaire, né à La Chaux-de-Fonds, a fait partie de l’effectif de la Nati en 1954, année où la Coupe du monde s’est déroulée en Suisse. Mais il ne l’a pas jouée: «Karl Rappan (ndlr: 77 fois sélectionneur pour la Suisse, un record), avait son équipe type, raconte le monsieur. Et à l’époque, il n’y avait pas de changement en cours de jeu!» Le Villeneuvois a par ailleurs réalisé deux fois de suite le doublé Coupe-championnat avec La Chaux-de-Fonds, et a porté aussi le maillot de Berne, Montreux, Vevey et Lausanne. Coup d’œil dans le rétroviseur.

Avant de revenir sur votre parcours, appréciez-vous la Coupe du monde actuelle?
Je ne regarde pas tous les matches comme avant. Je suis moins bon supporter que je n’étais joueur (rires). Avant, j’arrêtais tout pour assister à toutes les rencontres. Bon, j’ai vu de beaux matches et de bonnes équipes. France, Belgique, Angleterre et Croatie méritent leur place. Leurs joueurs sont engagés, volontaires. Plus que les Suisses…

Vous ne les avez pas trouvés bons?
Durant le premier tour, pas mal. Mais contre la Suède en huitièmes, ils ont joué pour ne pas perdre. Pas pour gagner. Menés au score, ils n’ont pas eu de réaction, n’ont pris aucun risque, au lieu de se sublimer. C’est dommage. Je peux vous dire qu’à mon époque, on donnait absolument tout sur le terrain, sans calculer. On était cuits à la fin, même si on était très au point physiquement.

Comment comparez-vous le football que vous avez connu dans les années 1950 avec celui d’aujourd’hui?
Il n’y a évidemment aucune comparaison. On était 100% amateur. On jouait par passion et pour l’amour du maillot, que ce soit en club ou en équipe nationale. Pas pour le fric, comme aujourd’hui. On était juste défrayés et certains clubs donnaient des primes de match: 30 francs pour une victoire, 20 pour un nul, 0 en cas de défaite. On nous offrait des voyages quand on avait réalisé une bonne saison. Je n’aurais pas pu me les payer. Avec le FC Berne, on a été deux semaines en Israël. C’était la première fois que je prenais l’avion.

Et sur le plan du jeu?
En Ligue A, on s’entraînait deux soirs par semaine. On pouvait être interchangeable. J’ai joué centre-avant, demi-centre, demi-aile, arrière, presque partout, quoi. Les deux seuls postes qu’on ne pouvait pas fabriquer, comme disaient les entraîneurs, c’était gardien et ailier gauche: trop spécifiques. On évoluait avec cinq attaquants et deux inters. Les arrières balançaient devant et c’était aux attaquants de se démerder. Il n’y avait pas de marquage à la culotte et de phases de passes interminables comme aujourd’hui. Il y avait plus de buts, donc plus de spectacle.

Quels joueurs mondiaux sortent actuellement du lot?
Messi et Ronaldo, même si leurs équipes ont rapidement été éliminées. Neymar aussi, mais son côté théâtral ne me plaît pas. De mon temps, le gars qui se roulait par terre, il ne se relevait pas (rires).

Et les grands anciens?
Pelé, bien sûr, et pas mal d’autres Brésiliens. Kopa et Maradona également. J’ai eu la chance de jouer en sélection face à de très grands footballeurs. Comme les Hongrois Puskas et Kocsis à Budapest, devant 94 000 spectateurs. Ils nous avaient dominés durant tout le match. On a pris 3-0. Aux vestiaires, on a dit: «On a bien joué… dans nos 16 mètres.» J’ai aussi affronté les Allemands Seeler et les frères Walter, l’Espagnol Kubala ou le Français Fontaine.

Êtes-vous fier d’avoir porté le maillot de l’équipe de Suisse?
Bien sûr. Et ce qui me guidait, c’était la passion et les copains comme Eugène Parlier que je revoyais un peu puisqu’il habitait à Montreux. Après, c’est une période de ma vie et je n’en ai jamais fait grand cas. Un jour à l’école, un prof demande à mon fils: «Peux-tu nommer les deux plus anciens internationaux qui vivent dans la région?» Il y a Parlier, l’autre je ne sais pas répond le fiston. Étonné, l’enseignant lui révèle: «L’autre, c’est ton père!» (24 heures)

Créé: 10.07.2018, 17h09

«Gibus» en bref

Né le 16 avril 1928 à La Chaux-de-Fonds.

Formation professionnelle au Technicum de La Chaux-de-Fonds/Le Locle.

Technicien en mécanique, il travaille dans l’atelier de son père à Clarens à partir de 1948. Récession oblige, l’entreprise ferme en 1975.

Engagé par Bobst, Gilbert Fesselet y restera jusqu’à la retraite.

Marié, père d’une fille et de deux garçons, six fois grand-père. Habite Villeneuve depuis douze ans.




«Gibus» (à dr.) a notamment gagné la Coupe de Suisse.
Ici en finale face à Fribourg en 1954. DR

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