Exubérante et féministe jusqu’au bout des plumes

PortraitLa danseuse Aline Raboud va propager son sens de la joie dans les carnavals avec son école de samba.

Vidéo: Romain Michaud

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Ses longues plumes roses virevoltent et les milliers de paillettes de son costume scintillent dans le froid mordant des rives du Léman. Malgré la température, Aline Raboud ne perd rien de son sourire lors de la séance photo. «J’ai toujours été très solaire et positive, explique la jeune femme de 30 ans. Quand tu danses la samba, tu ressens de la joie et tu la transmets. Tu ne peux pas pratiquer cette danse en étant triste, il y a toujours de la joie qui ressort.» Après avoir, à trois reprises, fait claquer ses talons hauts dans le sambodrome du Carnaval de Rio de Janeiro ou encore l’été dernier dans le spectacle de la Fête des Vignerons, l’habitante de Corseaux se prépare à faire la tournée des carnavals européens avec les élèves de son école de samba.

Pourtant, rien ne prédisposait cette touche-à-tout, née à Martigny, à partir en tournée. «À la base, je suis quelqu’un de complètement nul en danse, je n’ai pas du tout le rythme dans le sang, rigole Aline Raboud. Certains me disent que j’ai un don pour ça, alors que ce n’est pas vrai: j’ai juste beaucoup travaillé, parce que j’adore la samba.» Si ses racines sont ancrées ici, elle est attirée par le Brésil depuis toute petite. À l’âge de 5 ans, elle découvre, en famille, ce pays 206 fois plus grand que la Suisse, en allant rendre visite à sa tante qui y vit. Elle y retournera ensuite durant six mois, à sa majorité, pour travailler dans une structure sociale dans les favelas de Natal, ville du nord-est du pays au bord de l’océan Atlantique.

La culture brésilienne, Aline Raboud y plonge dès son enfance en pratiquant la capoeira. Après ses six mois au Brésil, elle est lassée de cet art martial afro-brésilien et cherche à pratiquer la samba. «Il n’y avait pas de cours dans la région, seulement de la samba fitness. C’est plus édulcoré en termes de danse, mais c’est quand même intéressant, car il y a une chorégraphie à suivre.» Deux ans plus tard, sa professeure décide d’arrêter de donner des cours dans la région, mais lui propose de la former. L’élève se mue donc en professeure. Aline Raboud comprend vite que c’est la samba et non le fitness qui l’habite. Elle retourne à Rio pour suivre des workshops, profite de la venue en Suisse de chaque danseuse professionnelle pour se former, quitte à les faire venir spécialement pour elle. En 2016, elle ouvre SambAline, sa propre école de samba.

Une samba féministe

Féministe de la première heure, l’aspect dénudé et sexy que véhiculent les costumes traditionnels de la samba ne l’a pas tellement attirée. «C’est un peu une contradiction, parce que d’une certaine manière on va sexualiser notre corps, mais en même temps il y a ce principe très féministe de «je fais ce que je veux de mon corps et je le montre comme j’en ai envie». La samba est une danse exubérante, mais la culture brésilienne est exubérante. Tout est très kitsch et il n’y a jamais trop de paillettes. J’aime bien ce côté là, cela me représente, mais pas dans mon entier.» Une danse de séduction où elle cherche à séduire un public. «Je peux danser comme cela devant ma grand-maman, mon papa, une petite fille ou un homme. Après, je ne contrôle pas ce que les gens pensent, mais moi je sais quel message je veux transmettre.»

«À la base, je suis quelqu’un de complètement nul en danse, je n’ai pas du tout le rythme dans le sang»

Un discours sur une samba féministe, communautaire et ouverte à tous qu’elle défend auprès des élèves de son école qui sont parfois gênées du regard des autres au moment de devoir enfiler leur costume. «Dans mon groupe, il y a des femmes de 20 à 55 ans avec des physiques très différents. Je travaille pour qu’elles exposent leur corps et l’assument avec toutes leurs formes et toutes leurs différences et qu’elles se trouvent belles.» Pas de place non plus pour la comparaison entre danseuses. «Nous sommes vraiment un groupe, pas juste une ou deux filles qui se mettent en avant. Nous devons nous soutenir et pas nous sentir en compétition les unes avec les autres», souligne Aline Raboud.

Leader née

Dans une autre vie, Aline Raboud aurait peut-être embrassé une carrière d’«artiste peintre» ou «de politicienne», mais par contre elle aurait probablement conservé son côté très famille avec des repas chaque dimanche autour d’un bon plat et d’une bonne bouteille. De cette filiation, elle a hérité un caractère de leader et un mantra: «Quand vous vous levez le matin, il faut savoir pourquoi vous vous êtes levé.» Une phrase qu’applique à la lettre cette «hyperproactive» qui s’engage dans «36000 choses à fond», au grand dam de son mari brésilien, Sival. Car depuis deux ans Aline Raboud est devenue Aline de Oliveira. «J’ai gardé mon nom de jeune fille, elle fait partie de mon identité de danseuse de samba de ne pas être brésilienne. En plus, des Aline de Oliveira, je pense qu’il en existe des millions», rigole-t-elle.

Aujourd’hui elle partage son temps entre son école et son travail d’ergothérapeute orientée vers la psychiatrie adulte. Elle aide des personnes diagnostiquées schizophrènes, en burn-out ou en dépression à retrouver des loisirs. «Je travaille beaucoup sur les activités manuelles, car elles permettent de redonner confiance. On fait de la mosaïque par exemple, mais cela dépend du projet de la personne. Je n’impose jamais une activité.» Un travail d’accompagnement et de coaching qui passionne la jeune rouquine. «Je me sens bien d’amener des outils à ces gens, je ne suis pas une prof qui donne des connaissances, mais plutôt une boîte à outils pour les aider à trouver leurs propres capacités. Je ne cherche pas à sauver le monde, mais je trouve important de faire un métier utile.»

Créé: 05.02.2020, 09h01

Biographie

1989 Naissance le 24 avril à Martigny.

1994 Premier voyage en famille au Brésil, à Natal.

2007 Stagiaire dans une structure sociale durant six mois à Natal.

2013 Termine son bachelor en ergothérapie.

2015 Première participation au Carnaval de Rio.

2016 Création de l’école SambAline.

2017 Mariage avec Sival, professeur de capoeira.

2019 Effeuilleuse, danseuse de samba dans le tableau de la noce et assistante chorégraphe à la Fête des Vignerons.

2020 Tournée des carnavals européens avec ses élèves, première date à Monthey, le 23 février.

Articles en relation

La samba, presque un sport olympique

Carnaval Cet été, Rio accueillera les JO Une excuse toute trouvée pour se mettre au rythme carioca dès samedi au Musée olympique. Plus...

La danse séduit les quadras +

FEMINA Leur corps est moins souple et porte les marques de l’âge, pourtant, passé la quarantaine, elles sont de plus en plus nombreuses à chausser les demi-pointes ou à se déhancher au rythme de la samba. Une manière décomplexée de se moquer des années tout en se faisant plaisir. Plus...

Opération séduction de la Suisse au carnaval de Rio

Brésil Sponsorisés par un financement public-privé, 4000 danseurs vont défiler sur le thème de l’histoire suisse. Les explications du directeur de Présence Suisse. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.