La fanfare est devenue une véritable affaire de famille

Fête fédérale de musiqueLa transmission familiale explique la vitalité de sociétés de musique et leur présence record ces jours à Montreux.

La Fête fédérale de musique 2016 (FFM) vient de débuter à Montreux.

La Fête fédérale de musique 2016 (FFM) vient de débuter à Montreux. Image: A.Rouèche

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«La vitalité d’une société de musique dépend en grande partie de la capacité de ses membres à procréer», explique Jean-Raphaël Fontannaz, coordinateur de la Fête fédérale de musique 2016 (FFM), qui vient de débuter à Montreux.

La boutade reflète bien la réalité. En Suisse, les fanfares comptent beaucoup de membres apparentés. C’est particulièrement le cas en Valais, mais aussi dans le canton de Vaud. Les exemples ne manquent pas: les Hürlimann, les Saudan (lire ci-contre), les Ducret, les Neyroud ou encore les Chappuis et les Chevalley étoffent les ensembles musicaux du canton. «La famille est un élément facilitateur pour entrer dans une fanfare, poursuit Jean-Raphaël Fontannaz. Lorsque les parents y jouent, cela éveille l’intérêt des enfants. Et nous avons désormais une longue tradition familiale derrière nous.»

Ce serait même la raison principale de la vigueur persistante du monde des vents en Suisse, selon Philippe Demierre, directeur de la Lyre de Vevey et responsable des salles de concert de la FFM: «Cette transmission familiale est fondamentale. Sans elle, nos effectifs ne seraient pas aussi garnis.»

Heureusement, nombre de couples se forment également au sein même des sociétés. C’est le cas du Vuargnéran Alain Bassang, vice-président de la FFM, qui a rencontré son épouse à la Lyre de Vevey. Et leur union a donné naissance à trois jeunes musiciens. «Sans les familles, il n’y aurait sans doute plus de fanfares, surenchérit ce dernier. Actuellement, dans des villages, certaines d’entre elles ne sont formées que par deux fratries. Lorsque l’une des deux est absente à une répétition ou à un concert, on le remarque…»

Les femmes arrivent en renfort

Mais avant de devenir aussi de petites agences matrimoniales, les fanfares ont dû se montrer prêtes à y accueillir les femmes. Dans le canton de Vaud, elles ont commencé à y entrer dans les années 1950-60. Dans d’autres endroits, la mixité des effectifs a été entérinée beaucoup plus tardivement. «A la Landwehr de Fribourg, que je dirigeais alors, elles ont obtenu leur sésame en 1995, après un vote en bonne et due forme à l’assemblée, relève Philippe Demierre. J’y ai contribué et j’en suis particulièrement fier. Mais elles ont surtout été acceptées parce que les effectifs masculins commençaient à diminuer.»

Toutefois, jusqu’à aujourd’hui, les dames n’ont pas été encore en mesure de rattraper leur retard en termes d’effectifs. A Montreux, sur les 26 000 instrumentistes présents, on compte 9500 musiciennes (36%) et 16 500 musiciens (64%).

«La vitalité d’une société de musique dépend de la capacité de ses membres à procréer»

Reste qu’avec des femmes, des hommes et des enfants, les harmonies ou autres brass bands sont devenus eux-mêmes des familles et leur tissu de relations s’est renforcé en même tant que leur vitalité.

«Un corps de musique est une famille, voire même une société en miniature, glisse Jean-Raphaël Fontannaz. On y trouve les mêmes joies et les mêmes problèmes. Souvent, il faut être en mesure de passer par-dessus beaucoup de choses. Cela aussi crée des liens.»


La fibre musicale se transmet de génération en génération

Au sein de la fanfare municipale de Chardonne- Jongny, la famille Hürlimann – (de g. à dr.) Julie, Laurence et René – à la passion musicale contagieuse

«Mon papa était membre fondateur de notre corps de musique», explique René Hürlimann (74 ans), musicien à la Fanfare municipale de Chardonne-Jongny. Ce passionné d’aviation y est entré il y a quelques décennies «pour faire quelque chose de différent, pour le lien social et le verre après la répétition ou le concert», précise-t-il avec un regard malicieux.

Au sein de la famille Hürlimann, comme dans beaucoup d’autres, la fibre musicale se transmet de génération en génération. «Moi, j’y suis entré parce que mon père y jouait et pour le plaisir de la musique, confirme Laurence Bucher-Hürlimann (42 ans). Mais j’y apprécie également nos nombreuses sorties et voyages à l’étranger. Les gens n’imaginent souvent pas toutes les activités mises sur pied au sein des ensembles musicaux.»

«Je suis entrée à la fanfare municipale de Chardonne- Jongny pour suivre ma famille. Et je joue de l’alto, comme maman.»

En l’absence d’une école de musique municipale par le passé, elle a d’abord pris des cours de clarinette puis s’est mise à l’alto, quand la fanfare s’est muée en brass band. «J’ai étudié ce dernier instrument pour rester intégrée à l’ensemble», confie Laurence Bucher-Hürlimann.

Sa fille Julie (16 ans) a aussi choisi l’alto, principalement parce que sa maman en jouait. «Mais, auparavant, j’ai commencé par la flûte pour former la colonne d’air. Puis j’ai joué du cornet. Je suis entrée à la fanfare pour suivre ma famille et parce que l’ambiance avait l’air très sympathique.» Sa petite sœur, Annie (12 ans), actuellement à l’école de musique, lui emboîtera le pas sous peu. «Chez nous, la passion musicale est vraiment contagieuse, sourit Laurence Bucher-Hürlimann. Mais on ne fait pas trop de concerts en famille, à part pour certaines fêtes.» D’ailleurs, le père, la mère et les deux filles ont également d’autres hobbies. «Mes filles s’adonnent aussi au sport: Julie fait de la danse et Annie de la gym, confie Laurence Bucher-Hürlimann. Moi, j’aime la marche ou encore le yoga. Je reste rarement tranquille à la maison.» Mais cette dernière relève qu’elle n‘aurait pas adhéré à une autre fanfare que celle de Chardonne-Jongny: «Nous sommes très soudés. Il n’y a pas de clans, même familiaux.»


Une absence des Saudan passe rarement inaperçue

La famille Saudan-Mouron, (de g. à dr.) Véronique Saudan-Mouron, Marc-André Mouron, Marine, Loïc, Aurélie et Cyril, constitue le noyau dur de la fanfare.

«Quand notre famille n’est pas là, ça se remarque dans le corps de musique», rigole Cyril Saudan.

Il faut dire qu’ils ne sont pas moins de six chez les Saudan-Mouron à œuvrer au sein de la fanfare municipale de Chardonne-Jongny: l’oncle, Marc-André Mouron (baryton), la maman, Véronique Saudan-Mouron (clarinette), et ses enfants, Aurélie (23 ans/alto), Marine (18 ans/cornet), Cyril (21 ans/euphonium) et Loïc (15 ans/baryton).

«Heureusement, ils sont assidus et très impliqués dans la vie de la société, témoigne Ariane Volet, présidente. Et leur absence est rarissime. C’est très rassurant!»

Car, au sein de la fanfare, les Saudan-Mouron ne font pas que de la musique. Le tonton assume encore le poste de vice-président et la maman, celui de caissière. Aurélie, elle, est membre du comité, alors que Cyril cumule les fonctions de musicien et de sous-directeur aux côtés du directeur Antoine Rabut.

«Nous avons effectivement accepté d’adopter quelques «orphelins» à nos côtés au sein de notre fanfare municipale», lâche, hilare, Cyril. «Je ne peux pas nier que la famille Saudan-Mouron constitue le noyau dur de notre société, concède Ariane Volet. Comme ailleurs, chez nous, ce sont les familles et l’amitié qui soudent notre fanfare. Moi, je joue de la clarinette avec Véronique depuis quelques années. Et j’ai vu ses enfants débarquer les uns après les autres.»

«Nous avons accepté d’adopter quelques «orphelins» à nos côtés au sein de notre fanfare municipale»

C’est le grand-papa Mouron, ancien président de la fanfare municipale de Chardonne-Jongny, qui a donné le goût de la musique à ses descendants. «Le papa, lui, a fait trois semaines de cornet dans son tout jeune âge, avant de le jeter aux orties, confie le sextuor familial, tout sourire. Maintenant, il est très heureux: quand nous venons jouer à la fanfare, ça le soulage.» On notera encore que la famille compte un compositeur, Roger Volet.

Tout cela facilite grandement l’organisation familiale, dont la vie est presque exclusivement rythmée par le corps de musique. Mais, parfois, le clan met sur pied des concerts à la maison, avec les cousins d’Attalens (FR) qui, eux aussi, font de la musique.

Créé: 11.06.2016, 08h49

Deux types de formations



«Les instruments emblématiques des corps de musique sont la trompette,
le trombone, le tuba, la clarinette, le saxophone et un tambour», résume Philippe Demierre, responsable des salles de concert et directeur de la Lyre de Vevey. Si le terme de fanfare est un peu une désignation à la fois historique et générique, la très grande majorité des sociétés de musique en Suisse ont désormais fait le choix entre deux types principaux d’instrumentation: l’orchestre d’harmonie ou le brass band. Une harmonie a la particularité de regrouper aussi bien des bois (flûtes traversières, clarinettes, saxophones, hautbois ou bassons.) que des cuivres (trompettes, bugles, cornets, cor d’harmonie, euphoniums, trombones et basses). L’effectif d’une harmonie standard, complète et équilibrée tourne entre 40 et 50 souffleurs. Mais certains corps, qui peuvent aussi intégrer des contrebasses à cordes (ndlr: comme l'Harmonie lausannoise en vidéo ci-dessous), peuvent compter jusqu’à près de 100 musiciens.



A Montreux, il y a 341 harmonies en compétition dans les cinq catégories possibles (de l’excellence à la 4e catégorie).



Un brass band est une formation issue de la tradition britannique qui ne comporte que des cuivres. L’instrumentation «classique» est définie très précisément: 1 cornet soprano en mib, 9 cornets en sib (4 solos, 1 repiano, 2 2es et 2 3es), 1 bugle, 3 altos, 2 barytons, 2 euphoniums, 2 trombones ténors, 1 trombone basse, 2 basses en mib et 2 basses en sib. Soit un total de 25 souffleurs. A Montreux, 191 brass bands sont en lice.

Au sens strict, une fanfare dite mixte est une formation constituée principalement de cuivres, mais qui inclut des bois. Quant à la fanfare Benelux, de provenance de Belgique et des Pays-Bas, elle affiche la particularité de comporter deux registres de cuivres aigus, des trompettes et des bugles. La spécialisation des orchestres conduit la plupart à adopter une formation soit d’harmonie, soit de brass band. Conséquence logique, le nombre de fanfares fond. A Montreux, il n’y a plus que deux sociétés avec l’instrumentation Benelux et 22 fanfares mixtes.

Dans tous les types de formations, il y a toujours un registre de percussion dont les effectifs peuvent varier, mais qui compte généralement au moins trois instrumentistes.

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