Il faut sauver le lac de Rossinière

EnergieLe lac du Vernex s'ensable inexorablement. Il sera comblé en 2035 si rien n’est fait. Groupe E cherche des solutions.

Image: JEAN-PAUL GUINNARD

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Depuis le jour de sa naissance, le lac du Vernex s’ensable. Créé artificiellement par la construction d’un barrage en 1972, le plan d’eau qui contribue au cachet du petit village de Rossinière voit son bassin se remplir à raison de 40 000 m3 d’alluvions par an. A ce rythme, il sera comblé en 2035, soit une vingtaine d’années avant la fin de la concession accordée au Groupe E pour turbiner les eaux de la Sarine grâce à cet aménagement.

Or, personne ne souhaite voir disparaître ce réservoir. Ni le Groupe E pour le volume d’eau indispensable à sa production d’énergie propre. Ni le Canton de Vaud, pour la redevance annuelle de quelque 700 000 fr. qu’il encaisse. Ni la Commune de Rossinière, pour l’aspect paysager et touristique. Ni les pêcheurs, pour la faune piscicole.

Un demi-million de francs de pompage

C’est dire si la résolution de cet inexorable comblement est une préoccupation pour beaucoup de monde, principalement Groupe E qui doit faire face au plus gros enjeu: les sous. «On est à la limite de la rentabilité avec cette installation», constate Jean-Claude Kolly, responsable Exploitation barrages et environnement pour la société électrique fribourgeoise.

Des opérations de pompage ponctuelles ont bien été réalisées pour dégager la vanne de fond du barrage et libérer un peu le lac de sa vase. Quelque 2000 m3 ont ainsi été extraits en 2009 et 10 000 m3 cet été, à l’aide d’une imposante machine acheminée spécialement de Hollande. Problème: le coût de telles interventions est élevé. La compagnie d’électricité a déboursé près d’un demi-million pour la dernière opération. Pour «une solution qui ne résout rien sur la durée et dont le coût est trop élevé par rapport au rendement énergétique que l’on peut escompter», soupire Jean-Claude Kolly.

Graviers et sables doivent traverser le lac du Vernex

A l’heure de l’élan vers le renouvelable généré par la Stratégie énergétique 2050, Groupe E a toutes les raisons de réfléchir à traiter la cause plutôt que les symptômes. Ses responsables ont mis en branle des bureaux d’études dans l’idée de rechercher une solution durable à cette maladie chronique, dont souffrent par ailleurs nombre de retenues d’eau à travers le monde. Plusieurs scénarios sont sur les bureaux de la compagnie d’électricité.

Tous poursuivent un objectif apparemment simple: permettre aux graviers, sables et autres limons de traverser le lac plutôt que de s’y déposer. Pour ce faire, les ingénieurs ont tout imaginé: instaurer un ballet de camions, prélevant des graviers en amont pour aller les déverser en aval. Hypothèse peu reluisante en termes de nuisances, d’écologie et de coûts.

Option plus avenante, la surélévation du barrage a été envisagée. Mais elle est tributaire d’un long cheminement administratif pour négocier une nouvelle concession. Plus vraisemblable, la création d’un chenal sous-lacustre pourrait permettre de recréer une rivière à pente progressive, qui redonnerait suffisamment de vitesse au cours d’eau pour transporter les matériaux jusqu’au barrage où les sédiments fins pourraient être turbinés et les plus gros expédiés plus bas dans la rivière, par la vanne de fond. «C’est une solution qui paraît jouable et qui a l’avantage d’être pérenne, comparativement à des pompages réguliers», commente Philippe Hohl, chef de la division Eau à la Direction générale de l’environnement du Canton de Vaud.

Créer une nouvelle rivière à Rossinière

Même principe, mais autre proposition, créer une rivière de contournement sur la rive gauche, au revers de Rossinière. Elle serait enterrée dans une digue constituée notamment de sédiments charriés par la Sarine. «Cette solution nous plaît bien car le lac deviendrait un site où l’on peut faire quelque chose touristiquement, commente le syndic de Rossinière Jean-Pierre Neff. Actuellement, il est inutilisable car dangereux avec les courants. Sans compter l’aspect visuel: lors de turbinages, le lac se vide en une heure, on dirait une décharge…»

De fait, au cours de ses études, Groupe E ne s’est pas préoccupé uniquement de faisabilité. Il a également sondé les associations environnementales, les riverains, les pêcheurs et les responsables du Parc naturel régional Pays-d’Enhaut pour évaluer toutes les attentes. A la perspective d’un lac ouvert aux loisirs, des rêves de baignade et de parcours de pêche à la mouche ont fait surface.

Pour le frai des truites et des ombres

Mais on est encore loin de ces douces perspectives. Groupe E n’a pas dépassé le stade des pré-études et attend d’avoir réglé un litige juridique (lire ci-contre) avant de présenter ses plans au Canton de Vaud qui dira quelles variantes privilégier.

La Confédération aura aussi son mot à dire car elle pourrait entrer en jeu pour le financement. L’Office fédéral de l’environnement est intéressé par cet assainissement pour des raisons écologiques. En améliorant le passage des sédiments à travers le lac, on rétablirait en contrebas l’alluvionnement naturel de la Sarine, propices au frai des truites et des ombres, poissons protégés, dont cette portion de rivière est riche. Pour toucher la manne fédérale, il ne faudra pas traîner: le délai est à 2030. Autant dire demain, à l’échelle industrielle. (24 heures)

Créé: 09.09.2017, 18h40

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«Ce barrage pourrait alimenter tout le Pays-d’Enhaut en électricité»

Mêlant rendement énergétique, protection de la nature, attrait touristique et questions sécuritaires liées aux crues de la Sarine, le lac du Vernex est au carrefour d’enjeux multiples et complexes. Les critères écologiques se sont notamment opposés à l’évolution du dossier à plusieurs reprises: l’échec d’un projet de «barrage passoire» à la Chaudanne (en amont du lac) mené à la fin des années 1990 est dans toutes les mémoires. L’idée avait été recalée par l’Office fédéral de l’environnement afin de protéger un oiseau nicheur installé sur les berges de la Sarine. Aujourd’hui, les intérêts semblent converger, notamment face au devoir de favoriser le renouvelable. «Si ce barrage pouvait être opérationnel à 100%, il y aurait de quoi alimenter tout le Pays-d’Enhaut en électricité», image le syndic. Les projets de Groupe E butent néanmoins encore sur un recours du WWF autour du débit d’eau à l’aval du barrage, jugé insuffisant en regard des exigences de la loi sur la protection des eaux. «On s’achemine vers la résolution du litige et automne», veut croire Jean-Claude Kolly, du groupe E. Un accord pourrait signer le démarrage du programme d’assainissement du lac.

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