Le Festival des artistes de rue de Vevey raconté par son vétéran

25e anniversaireLe boucher Olivier Ruchet a œuvré dès le début pour la manifestation. Le vétéran jette un œil dans le rétroviseur à l’occasion du 25e anniversaire.

Olivier Ruchet est le vice-président du Festival des artistes de rue.

Olivier Ruchet est le vice-président du Festival des artistes de rue. Image: CHANTAL DERVEY

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Son commerce se situe à l’angle de la place Scanavin, cœur du Festival des artistes de rue de Vevey, qui se tient de ce vendredi à dimanche. De ce fait, le boucher Olivier Ruchet centralise ces jours toutes sortes de demandes pour la manifestation. Dans l’étroite rue à sens unique de la vieille ville, une BMW s’arrête devant son échoppe: «T’es sûr que tu as assez de courant? Parce que c’est une remorque puissante…» Suit un énorme camion convoyant une benne de recyclage: «Je la dépose où?» s’enquiert le conducteur. Tout en tentant de répondre aux questions de la journaliste et de son employé pour une commande de viande, Olivier Ruchet ne perd pas le sourire: «Pour moi, le festival est plus long: il commence le mercredi déjà, et se termine le lundi soir avec la reddition du matériel. Je suis un peu le bureau du festival, car je suis le seul sur place.»

Et aussi l’unique à faire partie du comité d’organisation depuis la toute première édition, en 1993. Il est le dernier commerçant encore aux commandes. «Tout est parti en 1992 d’une initiative du Clodo (ndlr: centre qui s’occupait de toxicomanes), qui a organisé un festival de musiciens de rue. Il a connu une perte de plusieurs milliers de francs. Le Groupement des intérêts de la vieille ville avait malgré tout trouvé l’idée très bonne, car elle animait cette partie de Vevey. Nous, commerçants, avons donc monté un festival, cette fois d’artistes de rue, en 1993.» Pour pérenniser la manifestation, l’Association des amis du festival sera créée en 1996, la rendant indépendante de commerçants susceptibles de partir à la retraite ou de fermer boutique.

Un encart à Paris
Au début, des petites annonces sont passées pour recruter des artistes. «Nous avons même une fois dû payer un encart dans un grand journal parisien! C’était la croix et la bannière. En juin, la programmation n’était pas encore arrêtée, se rappelle Olivier Ruchet. Quel contraste avec aujourd’hui, où nous devons sélectionner une vingtaine d’artistes parmi 300 propositions!» Entre-deux, internet a facilité des choses, tout comme la professionnalisation des saltimbanques. Et le bouche-à-oreille: «Notre réputation est notre chance. Les artistes – à qui nous offrons le gîte et le couvert, ainsi que 1000 francs de défraiement – disent que le cadre est très sympa, que le public est généreux (du fait de la gratuité de la manifestation) et que l’on s’occupe bien d’eux. Nous avons toujours mis un point d’honneur à les choyer, jusqu’à leur demander de nous soumettre leurs critiques.» Si la programmation est plus aisée, «les tracas administratifs sont de plus en plus importants! Heureusement que les bénévoles sont motivés…»

Deux arrêts évités
L’imposant boucher, toujours prêt à rire (notamment au travers de ses vitrines, parfois déjantées, qui lui ont même valu d’être cité dans Le Canard enchaîné) se métamorphose lorsqu’il évoque ses meilleurs souvenirs: monocycle de 2,50 m de haut, acrobates grimpant aux fenêtres, cracheurs de feu… «Ma satisfaction est de voir tous ces sourires – d’enfants comme d’adultes –, les ovations à la remise des prix, les gens qui viennent nous taper sur l’épaule, lâche le bénévole, les larmes aux yeux. Oui, je suis ému. L’engouement est là et ce genre de manifestation donne à Vevey un dynamisme culturel incroyable.»

Mais Olivier Ruchet se rappelle que tout n’a pas toujours été rose. «Félix Buchs, qui a été président plusieurs années, a dû avancer de l’argent de sa poche. Et nous tenions des stands de boissons et de nourriture pendant tout le festival du film de comédie pour remplir les caisses pour les artistes de rue. Nous étions roillés!»

Au tournant du siècle, le festival a failli s’arrêter. Autre coup dur: la météo de 2013 crée une perte de 40'000 francs et «faillit sonner le glas de ce festival, indique la syndique Elina Leimgruber. Le comité a décidé de remettre l’ouvrage sur le métier. Pour tout cet engagement indéfectible, je lui dis ici, au nom de la Municipalité, mais sûrement aussi au nom de toute la population, un immense merci.» (24 heures)

Créé: 18.08.2017, 06h57

Ses coups de coeur

Outre la satisfaction du public, Olivier Ruchet, membre historique du comité d’organisation du Festival des artistes de rue, ne peut isoler un seul bon souvenir: il en évoque une pléiade. «Le duo Tobarich, passé par le Cirque du Soleil et le Cirque Eloize, est fantastique!



Mais les Australiennes Tutti Frutti (ndlr: Pavé d’or en 2005), qui faisaient une partie de ski nautique dans une piscine sans eau, m’ont fait mourir de rire. Elles ne reviendront pas cette année: elles ne font plus d’exercices de portée pour des problèmes de dos.»



Pour cette 25e édition ce sont d’anciens primés qui vont jouer. Choisis jusqu’en 2014 par un jury, ils le sont depuis 2015 par le public. «Certains artistes se sont même remis ensemble pour recréer la magie de leur premier spectacle, rien que pour votre plaisir», précise dans le programme Frédéric Brélaz, président du festival.

Que ne faut-il surtout pas manquer, selon Olivier Ruchet? «Hiltoff et Otto il Bassotto!» Le premier tentera de marquer le but de sa vie, alors que le second crée des numéros avec un visage de pneus et un cerveau qui rebondit…

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

L'actualité croquée par nos dessinateurs partie 6

Paru le 13 décembre.
(Image: Bénédicte) Plus...