Les fourmis étrangères de Cully vont coloniser nos habitations

FléauLa «Tapinoma magnum» prend goût au voyage, selon une étude de l’UNIL.

Observée pour la première fois en Suisse à Cully, la Tapinoma magnum fait partie des espèces de fourmis transportées accidentellement par l’homme. Et cela aiguise son goût du voyage.

Observée pour la première fois en Suisse à Cully, la Tapinoma magnum fait partie des espèces de fourmis transportées accidentellement par l’homme. Et cela aiguise son goût du voyage. Image: Musée cantonale de zoologie

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«Cully constitue un hub pour ces fourmis qui risquent fortement de se propager en Suisse romande», explique Laurent Keller, biologiste et myrmécologue au Département d’écologie et évolution de l’UNIL. Il a publié lundi, avec la postdoctorante Cleo Bertelsmeier, une étude qui révèle que les fourmis, un des insectes les plus invasifs, prennent goût au voyage. Ces résultats présagent une augmentation des invasions biologiques à l’échelle du globe.


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Or la «Tapinoma magnum», vraisemblablement d’origine méditerranéenne, est déjà en villégiature dans le village de Lavaux, où elle a été observée pour la première fois en Suisse. Elle fait d’ailleurs partie des 241 espèces dénombrées par l’étude lausannoise qui ont été transportées accidentellement par l’homme au-delà de leurs aires de répartition originelles. Les biologistes, eux, ont montré que les succès d’introduction, d’établissement et de dispersion des fourmis étaient corrélés. Le processus d’expansion s’alimente donc lui-même: «Nous avons observé un effet boule de neige, relève Laurent Keller. Plus les animaux voyagent, plus ils ont de chances de s’établir dans un grand nombre de régions. Et plus ils s’établissent, plus ils ont tendance à poursuivre leur périple vers de nouvelles contrées.»

«Il n’est d’ailleurs pas exclu que la colonie de Cully se soit formée via un autre foyer existant en Suisse romande»

Les chercheurs de l’UNIL ont fait apparaître que 75% des fourmis entrant aux États-Unis n’arrivaient pas directement depuis leur territoire d’origine, mais débarquaient de régions qu’elles avaient déjà précédemment colonisées. Pour la Nouvelle-Zélande, ces introductions «secondaires» s’élevaient même jusqu’à près de 90%. «Les fourmis investissent des zones commerçantes riches en échanges d’où elles peuvent se développer ailleurs, relève Laurent Keller. Il n’est d’ailleurs pas exclu que la colonie de Cully se soit formée via un autre foyer existant en Suisse romande.» Dans une étude publiée en juin 2017, les deux chercheurs avaient déjà démontré que les fourmis s’étaient répandues à travers le monde en suivant deux grandes vagues d’essor du commerce international. La fourmi qui colonise Cully pourrait avoir débarqué via une plante ramenée de l’étranger.

Cependant, la «Tapinoma magnum» ne fait pas encore partie des dix-neuf espèces considérées comme invasives en raison des dommages qu’elles causent à la biodiversité, à l’agriculture, à la viticulture et à l’économie locale. «Sa densité et son aire de répartition ne sont pas jugées assez importantes pour l’heure, glisse Laurent Keller. Elle ne provoque, en outre, pas de problèmes médicaux, notamment par ses morsures.»

Autre découverte de l’enquête: les fourmis qui sont à leur deuxième étape de voyage figurent parmi les plus problématiques. Les deux entomologistes illustrent ce constat par le cas de la fourmi de feu, particulièrement résistante et agressive. Originaire d’Amérique du Sud, elle a été transportée aux États-Unis dans les années 1930. Les dégâts qu’elle y provoque se chiffrent à plusieurs milliards.

L’homme affûte ses armes

Il n’est pas sûr du tout que Cully constitue la seconde escale de la «Tapinoma magnum», en dépit des inquiétudes des villageois. Et cela même si sa population ne donne pas l’impression de se réduire. «Elles ont plutôt tendance à s’étendre, estime Jean-Pierre Haenni, syndic de Bourg-en-Lavaux. Mais cela semble plutôt dû à l’arrivée de la belle saison.»

Laurent Keller tient, lui, a en savoir plus sur cette fourmi envahissante: «Nous lançons une étude pour connaître sa provenance exacte, sa présence éventuelle ailleurs en Suisse romande et pour créer des substances susceptibles de la contenir.» «Des produits sont déjà testés en laboratoire depuis quelques semaines, ajoute Évelyne Marendaz Guignet, municipale du Développement durable. La problématique est sérieuse.» (24 heures)

Créé: 09.05.2018, 06h34

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