La guerre aux plantes invasives est déclarée

BiodiversitéLes communes de la basse plaine du Rhône serviront de laboratoire dans la lutte contre les espèces néophytes.

La solidage du Canada est souvent la première espèce à envahir un site après une perturbation (coupe de bois, incendie, etc.).

La solidage du Canada est souvent la première espèce à envahir un site après une perturbation (coupe de bois, incendie, etc.). Image: ARC/JEAN-BERNARD SIEBER

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La renouée du Japon, la solidage du Canada, le séneçon du Cap… Ces noms résonnent comme des invitations au voyage mais n’en donnent pas moins des cheveux blancs aux autorités. «L’Office fédéral de l’environnement dépense 130 millions de francs par an dans la prévention et la lutte contre ces espèces invasives. Cela uniquement sur les sites d’importance nationale», indique la cheffe du Département vaudois du territoire et de l’environnement, Jaqueline de Quattro. En Pays de Vaud, 44 espèces, sur les 56 inscrites sur la liste noire de la Confédération, ont déjà pris racine. «Ces espèces sont extrêmement résistantes, ont besoin de peu pour se développer et se reproduisent très rapidement. Elles étouffent les plantes indigènes, au point de créer des milieux totalement uniformes menaçant notre biodiversité», poursuit la conseillère d’État. Dans la région du Haut-Lac, on a décidé de saisir le problème à la racine, notamment en raison de leur prolifération au cœur de la réserve des Grangettes. Un groupe de travail a été constitué, par le Canton et la Confédération, et doté d’un budget de 200 000 fr. «L’idée est de tester les méthodes de lutte et de définir une stratégie», explique Pierre-Antoine Coquoz, garde forestier chargé de la basse plaine du Rhône au sein du Groupement forestier des Agittes.

Le choix des armes

Pour l’heure, les armes restent à choisir: arrachage régulier, aspersion d’eau chaude ou encore recours au bétail pour dévorer les indésirables… L’emploi de pesticides est exclu, tout particulièrement dans cette réserve d’importance nationale. Venir à bout de ces néophytes, importées pour des raisons alimentaires, économiques ou ornementales dès la fin du XVe siècle, demande du travail et de l’opiniâtreté. «Il faut jusqu’à six arrachages par an, répétés sur plusieurs années, pour éradiquer une colonie», indique Pierre-Antoine Coquoz. Outre les autorités communales de Noville, Villeneuve et Rennaz, des acteurs de nombreux milieux ont également été invités à rejoindre le groupe de travail: biologistes, agriculteurs, professionnels des forêts ou encore représentants de la Direction générale de la mobilité et des routes (DGMR). En effet, la biodiversité n’est pas la seule à être menacée par ces plantes étrangères. «Elles ont également des conséquences sanitaires, certaines pouvant provoquer des allergies respiratoires ou cutanées, précise Jaqueline de Quattro. D’autres espèces ont aussi un effet sur la productivité agricole ou peuvent être toxiques pour le bétail. D’autres encore peuvent occasionner des dégâts sur les infrastructures.» Avec son système racine herculéen et tentaculaire (plongeant à plus de 4 m sous terre), la renouée du Japon est spécialement surveillée, capable de fragiliser ponts, digues et murs de soutènement.

Ventes toujours autorisées

Dans cette lutte, le Haut-Lac servira de laboratoire. «Partout dans le canton, des mesures sont déjà prises, relève Catherine Strehler Perrin, cheffe de la Division biodiversité et paysage à l’État de Vaud. Le Parc naturel régional Gruyère Pays-d’Enhaut mène des actions régulières, la DGMR intègre cette problématique dans la gestion de son entretien, la Ville de Lausanne collabore avec l’EVAM à ce sujet… Il s’agit déjà de définir les moyens de lutte et ensuite de les coordonner à l’échelle cantonale, ainsi que les priorités.» La stratégie passe aussi par l’information. Auprès des privés d’abord. «Peu de gens connaissent l’impact qu’ont ces plantes sur la biodiversité. On faisait des bouquets de solidages quand nous étions enfants», observe Jaqueline de Quattro. «Nous cherchons des moyens pour inciter les propriétaires à nous aider dans cette lutte, signale Pierre-Alain Karlen, syndic de Noville. Par exemple en procédant à un premier arrachage à nos frais, suivi par un entretien régulier par le propriétaire.» Les professionnels (jardineries, paysagistes, etc.) sont également visés. «La vente de la plupart des néophytes concernées n’est pas interdite, poursuit l’édile. Nous sommes allés trouver les garden centres de la région pour leur parler de cette problématique: un seul a joué le jeu et les a retirées de la vente.» (24 heures)

Créé: 01.09.2018, 18h17

Quelques indésirables

Le buddleia de David

Appelé aussi "arbres à papillon", le buddleia a été importé d'Asie à des fins ornementales. Très prolifique, il peut produire jusqu'à 3 millions de graines par an et de coloniser un milieu en un temps record, effaçant totalement les autres espèces.

Le solidage du Canada


Ses belles fleurs jaunes intéressent aussi bien les amateurs de belles plate-bandes que les apicultures, raisons pour lesquelles il a été introduit en Europe. Elle est souvent la première espèce à envahir un site après une perturbation (coupe de bois, incendie, etc.).

La vergerrette annuelle

Elle ressemble à la camomille, mais cette robuste cousine venue d'Amérique du nord s'empare rapidement des carrières ou prairies sèches, suplantant la végétation indigène.

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