L’hôpital de Rennaz coûtera 50 millions de plus qu’estimé

ExclusifL’implantation à Rennaz coûtera 390 millions. L’ensemble du projet 430 millions (100 de plus que prévu). Explications.

Le futur hôpital sera équipé d’appareils de pointe, dernier cri.
Vidéo: FLORIAN CELLA

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Le déménagement des cinq sites dans le nouvel hôpital intercantonal de Rennaz sera effectif à fin novembre, mais l’inauguration officielle a lieu ce jeudi et les portes ouvertes ce week-end. De la signature de la convention intercantonale en 2009 à cette ouverture plusieurs fois repoussée, le chemin a été semé d’embûches.

390 millions pour Rennaz

Jusqu’à présent, il a toujours été annoncé que l’hôpital de Rennaz coûterait 240 millions – un chiffre qui, en fait, ne faisait pas mention des équipements médicaux. Au final, la facture du bâtiment (parking compris) devrait se monter à 270 millions (+13%). En ajoutant les autres investissements évidemment nécessaires (comme les appareils de pointe ou l’aménagement du canal Pra-Riond), Rennaz devrait coûter 390 millions en tout, soit une cinquantaine de millions de plus que prévu dans le budget le plus récent (+15%). «On ne peut pas parler de surcoût, affirme Marc-Étienne Diserens, président de la commission de construction et du conseil d’établissement de l’HRC. L’écart provient notamment du fait que nous avons apporté des modifications au projet initial pour améliorer son adéquation aux besoins des professionnels de l’hôpital là où cela s’imposait.» Se sont ajoutés des «projets additionnels» – comme l’augmentation de la surface d’oncologie et de radiothérapie pour 7 millions – ou des impondérables (lire encadré).

Le président de la Commission interparlementaire (Vaud-Valais) de contrôle (CIC), Philippe Vuillemin, écrivait dans le dernier rapport d’activité de l’HRC: «De la conception à la réalisation, plus de quinze ans se seront écoulés. […] Les coûts de construction ont évolué. Dans ce contexte, la facture finale, si elle dépassera les garanties octroyées par les Cantons, n’aura rien de rédhibitoire. Elle justifiera, au regard du résultat obtenu, l’effort fourni.» Interrogé, le député PLR martèle: «J’ai été très sceptique quand j’ai commencé à participer à la CIC en 2012, pensant que le projet Rennaz pourrait atteindre des dépassements de 30 ou 40%. J’admire Marc-Étienne Diserens! Il a fait l’impossible pour tenir les coûts. La pression de la CIC, amicale mais forte, a aussi été utile, même si notre travail de questionnement sur le pourquoi du comment des dépenses est peu visible du grand public.»

«Des écarts de cet ordre sur un objet de cette complexité se déployant sur une telle durée sont raisonnables et maîtrisés», selon Marc-Étienne Diserens.

Une note totale à 430 millions

En plus du site unique de Rennaz, le projet global prévoit de rénover les hôpitaux du Samaritain et de Monthey (qui se transformeront en centres de réadaptation et gériatrie). Les travaux, estimés à 22 millions, n’ont pas débuté, mais déjà la facture a presque doublé: 42 millions. «Des vétustés – comme les sanitaires – ne passent plus. Et les changements de normes (notamment électriques) ainsi que la volonté de coller aux critères énergétiques pèsent lourd dans la facture», détaille Marc-Étienne Diserens.

En ajoutant à la facture de Rennaz celle de ses deux antennes locales, la douloureuse monte à 430 millions. Pourtant, les débats politiques de 2012 parlaient d’un budget de 327 millions pour le tout, soit un écart de 100 millions. Des chiffres qui ne recouvrent pas les mêmes dépenses, explique Marc-Étienne Diserens: «Attention, il ne faut pas comparer ces chiffres: le budget de base ne couvrait pas l’entier du périmètre à réaliser! Et nous n’avions prévu que des travaux légers de rénovation pour Vevey et Monthey, ce qui s’avère insuffisant en regard des standards de prise en charge actuels.»

Pierre-Yves Maillard, ancien conseiller d’État qui a suivi le dossier: «Ces surcoûts seront à amortir sur près de quarante ans. Avec seulement la moitié des gains estimés pour la concentration sur un seul site au lieu de cinq, l’hôpital s’y retrouvera. Avec les économies escomptées, le gain sur la durée se chiffre en centaines de millions.»

Retards et correctifs

La date du déménagement a été repoussée trois fois. Pourquoi? «Notre ennemi No 1 a été le temps: les visions évoluent et les gens changent pendant que nous essayons d’adapter au temps présent un projet qui prend vingt ans!» explique Marc-Étienne Diserens. Pour être à la pointe, il fallait donc acquérir les équipements dernier cri au dernier moment. «Cela peut parfois impliquer des changements par rapport aux plans. Par exemple, nous avons dû faire ajouter un socle en béton pour supporter une machine d’IRM (imagerie par résonance magnétique)», explique Pascal Rubin, directeur général. «Et comme il s’agit d’argent public, nous devons tout justifier», souligne Marc-Étienne Diserens.

Face aux retards et correctifs de construction, des rumeurs insistantes de malfaçons graves ont circulé parmi le personnel pendant des mois. «Face à ces légendes urbaines, nous avons informé et rectifié à plusieurs reprises, mais les a priori sont tenaces», dit Patricia Claivaz, porte-parole.

Donc pas de malfaçons? «Des problèmes avec les sous-traitants ou les architectes se passent dans n’importe quelle construction, villa ou appartement, relativise Marc-Étienne Diserens. On ne peut pas parler de malfaçons mais de non-conformités. Lorsque nous avons dû refaire les joints, la rumeur a prétendu que de l’eau coulait dans les blocs opératoires. En fait, il ne s’agissait que de les rendre conformes aux certifications, qui sont extrêmement exigeantes pour un bâtiment hospitalier.» Autre rumeur, de fissures dans la dalle, à cause des pieux supportant le bâtiment qui bougeraient: «Non, cette dernière est épaisse! Ce n’est qu’une chape, par-dessus, qu’il a fallu casser et refaire sur 200 m2. Les gens confondent les murs et la tapisserie», image Marc-Étienne Diserens.

Au chapitre retards, la cardiologie ne sera pas disponible dès l’ouverture: «Pour des questions de mise en place d’équipements lourds, elle s’installera en février 2020. Les médecins sont déjà engagés. Il s’agit d’un partenariat avec le CHUV et l’Hôpital de Sion», souligne Pascal Rubin.

Pari financier à vérifier

Depuis 2015, l’institution a perdu 24 cadres, soit un quart de la centaine de médecins-chefs. «Surtout la génération des 50 à 60 ans, soit les plus expérimentés des médecins, auxquels les généralistes envoient les malades, déplore Philippe Eggimann, président de la Société vaudoise de médecine (SVM). Le risque est que Rennaz se transforme en un outil phénoménal mais peu exploité, si personne n’y envoie de patient.» Il pointe, comme d’autres, que les hôpitaux pris individuellement généraient des bénéfices avant la fusion, alors que l’HRC est désormais déficitaire. «Le Canton ne fait qu’augmenter ses subventions», souligne Philippe Eggimann, qui a mis en ligne un article sur le sujet en avril sur le site de la SVM.

«Le temps est révolu où l’argent coulait à flots sur la Riviera et où les hôpitaux accueillaient 20% de patients au bénéfice d’une assurance privée», s’agace Pascal Rubin. Qui rappelle: «Nous devons absorber près de la moitié des frais liés au déménagement sur notre budget courant.»

Il y a dix ans, Pierre Rochat, alors président du comité exécutif de la Fondation des Hôpitaux de la Riviera, estimait que Rennaz permettrait 14 millions annuels d’économies. «La concentration devrait permettre des économies dans la durée, pour éponger une partie de l’investissement, confirme Marc-Étienne Diserens. Le pari a été fait il y a une quinzaine d’années. Il faudra environ cinq ans pour voir si les calculs étaient justes.» «Mais sans ce nouvel hôpital, nous aurions difficilement survécu sans la masse critique dans plusieurs spécialités», estime Pascal Rubin.

Créé: 29.08.2019, 06h37

Détails chiffrés des augmentations principales

Le plus important écart concerne les équipements: devisés à 39 millions, ils devraient coûter 57 millions. «Un hôpital ordinaire aurait pu étaler ses investissements alors que nous équipons Rennaz en une fois», souligne Marc-Etienne Diserens, président de l’HRC. S’ajoutent les impondérables (+5 millions) et les changements de norme (+8 millions); les changements en cours de route ou «améliorations», pour 15 millions. Par exemple, la dialyse, prévue sur deux antennes, a été rapatriée à Rennaz. Marc-Etienne Diserens dans le rapport d’activité: «Il n’est pas évident pour nos collaborateurs de projeter leurs activités professionnelles quotidiennes en lisant et décodant des plans d’architecte. C’est même parfois si difficile que ce n’est qu’en voyant les murs construits que se révèlent certaines lacunes ou anomalies. Par exemple, le secteur des Urgences a été partiellement repensé, tout comme ceux […] de la cardiologie et de l’endoscopie.» Erreurs de visions? «Non, optimisation du projet. Nous avons modifié ce qui n’était plus conforme aux attentes.» Conséquence directe: les honoraires d’architectes ont augmenté de 5 millions(à 39 millions, soit +15%). Le bâtiment coûte 30 millions de plus, à cause des diverses modifications mais aussi des fondations: «Nous avons dû sécuriser le sol contre les dangers sismiques, pour que le bâtiment ne bouge pas en cas de séisme majeur. Nous avons planté 1200 pieux.» À noter que les emprunts de l’HRC ne sont pas financés mais garantis par l’État (Vaud et Valais) à hauteur de 330 millions (temporairement jusqu’à septembre 2020 de 398 millions).

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