Humaniste, Michel Agnant est le premier élu de couleur à l’Exécutif d’une ville vaudoise

ElectionsLe Haïtien de 50 ans a été consacré à Vevey. Portrait d’un discret

Presque tous les Veveysans connaissent la démarche aérienne et la silhouette élancée de Michel Agnant, qui s’est installé dans la ville en 1995.

Presque tous les Veveysans connaissent la démarche aérienne et la silhouette élancée de Michel Agnant, qui s’est installé dans la ville en 1995. Image: Jean-Paul Guinnard

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«Michel, tu fais notre fierté!» Lutete Jean Kamba, conseiller communal (Les Verts), s’est enthousiasmé pour l’élection à la Municipalité d’un homme de la même couleur de peau que lui: Michel Agnant (Vevey Libre). «Nous ne sommes pas du même parti, mais je me suis réjoui comme les autres Noirs ayant le droit de vote à Vevey. Michel est multiculturel, il ne fera pas de la politique pour les Noirs, mais pour tout le monde. Comme Obama aux Etats-Unis agit pour tous.»

Si le président américain a été élu pour son premier mandat grâce à une campagne de proximité, de même Michel Agnant doit en partie sa réussite à son engagement sur le terrain. «Il était du matin au soir à discuter avec les citoyens», constate avec admiration Elina Leimgruber, sa future collègue à la Municipalité.

«Il était du matin au soir à discuter avec les citoyens»

Michel Agnant est le premier Noir à l’Exécutif d’une ville vaudoise. Un symbole qui a gal­vanisé son engagement: «Les atten­tats de Paris, en novembre, m’ont convaincu d’être candidat, explique-t-il. Dans ce con­texte, je voulais au contraire que le vivre ensemble devienne l’horizon indépassable de notre réalité veveysanne.» Ne lui parlez pas de communautarisme: «J’appartiens à une communauté, mais je ne veux pas jouer les uns contre les autres. J’ai fait une campagne avec des propositions, pas contre d’autres.»

Le poids des mots

Avec son tempérament zen, Michel Agnant est attendu comme un pacificateur. «Extrêmement paisible, il ne s’enflamme jamais. Il amènera beaucoup de sérénité aux débats», estime son futur collègue Etienne Rivier.

Conseiller communal depuis dix ans, Michel Agnant s’est toujours fait discret. «Je ne suis pas un ténor du Conseil, reconnaît-il. Je travaille dans les commissions, mais je ne prends pas souvent la parole, seulement si j’ai quelque chose de fondamental à dire.»

Mesuré, Michel Agnant ferme les yeux pour peser précisément le poids de ce qu’il veut dire. Car les termes sont importants, pour ce traducteur: «Les mots ne sont ni anodins ni innocents.» Ainsi, il aime les citations, comme celle-ci (latine): «Je suis homme, et rien de ce qui touche un homme ne m’est étranger.» «Elle résonne en moi, dit-il. Il n’y a pas mieux que les Anciens pour dire de façon succincte ce qu’on est.»

«Homme du XVIIe siècle»

Avec ses cheveux et son bouc gris-blanc, Michel Agnant transparaît en vieux sage. «Philosophe» est l’adjectif qui revient le plus lorsque les autres le qualifient. Lui se dit «humaniste»: «Je suis un honnête homme au sens du XVIIe siècle, curieux de tout. J’aime profondément le genre humain. Ce sont nos rencontres qui font de nous des hommes.» Emu, il lâche: «En Haïti, on m’a confié des enfants dès mes 9 ans.»

Son nid, il l’a quitté à la fin des années 80. «Lorsque vous habitez une île, l’appel du large et de l’évasion est toujours présent.» Le bon élève reçoit d’Allemagne une bourse pour étudier à Constance l’ingénierie mécanique. Il y rencontre sa future épouse, Angelica, Thurgovienne. «Après mes études, je devais rentrer en Haïti, mais du fait du coup d’Etat je suis resté bloqué huit mois aux USA.» Il s’y marie en 1995 et rejoint Vevey, où sa femme étudie l’art au Centre Doret.

Sans portable

Presque tous les Veveysans connaissent la démarche aérienne et la silhouette élancée de celui qui est établi dans la ville depuis plus de vingt ans et qui a fait partie de la culture alternative (notamment à la Valsainte, où il vit). A pied ou sur son vélo noir de 1953, il salue beaucoup de monde. «Les gens me connaissent comme Michel. Je suis toujours resté le même.» Contrairement à ce qu’il avait déclaré au quotidien Le Monde, venu l’interviewer en 2014, se naturalisera-t-il? «Non. Le système suisse est extraordinaire: chacun peut faire à son niveau en fonction de ses capacités. Je n’ai pas d’ambition: seules les nécessités me guident. Je ne veux pas faire le bonheur des Veveysans, mais écarter les malheurs.»

Sa lenteur? «Nous, les Haïtiens, ne sommes pas pressés. Pour aller où?» rit-il. S’achètera-t-il un téléphone portable? «Je crois que je vais rester un dinosaure», sourit Michel Agnant. (24 heures)

Créé: 21.03.2016, 21h22

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