«J'avais douze ans quand mon père a peint ce paysage.»

RestaurationÀ l’occasion des travaux de la gare de Vevey, un magnifique paysage de François de Ribaupierre profite d’une cure de jouvence. Son fils se souvient.

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«J’avais 12 ans en 1956 quand mon père a peint ce paysage. Je me souviens d’être allé avec lui sur les hauts de Blonay pour faire des croquis. C’était la première fois que je l’accompagnais pour son travail.» Devant la gigantesque toile posée dans les locaux de la Galerie Espace Quai1 à Vevey, Derib se souvient.

Le créateur de Yakari est le fils de François de Ribaupierre (1886-1981). Un peintre particulièrement connu pour ses talents de portraitiste, mais aussi pour ses vitraux, ses fresques et ses paysages. Il fut notamment très actif en Valais.

Ce «Panorama de la Riviera» de 5,6 m de long pour 1,8 m de haut a été décroché du mur longeant les escaliers menant au quai 1 de la gare de Vevey à la mi-juillet. Sa restauration s’inscrit dans l’important chantier du lieu ( lire encadré).

C’est l’atelier veveysan Sinopie qui se charge de redonner à cette peinture à l’huile ses couleurs d’antan: «Nous sommes en train de nettoyer la toile, puis nous allégerons le vernis existant qui jaunit avec le temps, explique Fanny Pilet, codirectrice de Sinopie. Une partie du tableau, celle la plus exposée au va-et-vient des passagers et aux intempéries, est particulièrement abîmée. Il faudra réparer la déchirure existante.»

La famille Derib est soulagée

Pour Derib et son épouse, cette remise en état est un soulagement: «Nous déprimions chaque fois que nous venions prendre le train, car le tableau s’abîmait de plus en plus.»

Le dessinateur septuagénaire est bel et bien tombé dans la marmite artistique dès son plus jeune âge. François de Ribaupierre lui a inculqué le goût des choses bien faites. «J’avais pris l’habitude de recopier des dessins que j’aimais pour me perfectionner. Je lui montrais mon travail. Un jour, il m’a dit que recopier ne servait à rien. Je lui ai alors demandé ce que je devais faire. Il m’a répondu: apprendre à dessiner!» Dès ce jour, le futur bédéiste se met à dessiner l’anatomie humaine pour faire ses armes. «J’avais toutefois davantage envie de dessiner des biches que des muscles!»

Montagnard passionné, François de Ribaupierre a fait découvrir la nature à ses fils, notamment le val d’Hérens. La Dent-Blanche est très présente dans ses paysages. Derib a toujours été entouré d’animaux et il s’est naturellement mis à les dessiner, ce que son père ne faisait pratiquement jamais… «À 12 ans, j’ai su que je voulais faire de la BD, ça ne plaisait pas trop à mon père. Ma mère, en revanche, en lisait beaucoup. À l’époque, c’était très mal vu.

Une émission TV réconcilie père et fils

Ce n’est que lorsque Peyo, Jijé, Greg, Franquin, Cosey et Giraud sont venus passer une semaine à la maison, pour les besoins d’une émission de télévision, que l’opinion de mon père sur cet art a changé.» Derib se souvient de n’avoir pris qu’un seul cours «d’huile» avec son illustre papa et n’en a pas gardé un très bon souvenir. «Mais lorsque j’ai passé une année en Belgique chez Peyo, j’ai vu que ses exigences étaient bien pires que celles de mon père!»

Derib ne connaît pas toutes les œuvres réalisées par son papa. Une bonne partie du travail de ce dernier, peintre professionnel, est accrochée sur les murs de maisons privées. Le fils se souvient toutefois d’avoir souvent posé comme modèle pour son père afin qu’il perfectionne son art du portrait. Peu connu en dehors de la région, François de Ribaupierre dédaignait l’art abstrait. «Il considérait que les peintres de ce mouvement ne savaient tout simplement pas dessiner. L’art moderne est arrivé au mauvais moment de sa carrière et cela lui a coupé les ailes. Il n’avait pas un ego suffisamment fort pour se mettre en avant, c’est sans doute ce qui explique qu’il n’est pas très connu à l’étranger.»

Il devrait être toutefois davantage admiré par les pendulaires lorsque sa toile retrouvera son emplacement original et son lustre d’antan. Un emplacement drôlement vide, chichement occupé par une petite pancarte de Sinopie qui explique les raisons de l’absence du tableau. (24 heures)

Créé: 03.08.2018, 07h19

La gare prête pour 2019

La restauration du tableau de François de Ribaupierre et celui d’une gigantesque peinture du veveysan Henri Edouard Bercher (1877-1970) s’inscrit dans le projet de transformation de la gare de Vevey. Les premiers travaux ont commencé en 2016 déjà.

Déplacement des surfaces commerciales, changement de fenêtres, rafraîchissement de façade, assainissement de l’eau, peinture: le chantier est conséquent. Andreas Foster, chef de projet CFF Immobilier, est confiant: «Tout sera prêt pour la Fête des Vignerons», estime-t-il.

Fanny Pilet, codirectrice de l’atelier Sinopie, juge qu’il faut trois semaines de travail, à deux personnes, pour donner une seconde vie aux deux tableaux décrochés en juillet.

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