L’impatience monte autour du sentier lacustre à La Tour-de-Peilz

UrbanismeCinq ans après le vote, le dossier est à l’étude au Canton. Les partisans se fâchent, le syndic explique.

Le chemin piétonnier attendu par les habitants de La Tour-de-Peilz relie la plage de la Becque à celle de la Maladaire, aux portes de Montreux. Soit 2 kilomètres les pieds dans l’eau, aujourd’hui interdits aux promeneurs.

Le chemin piétonnier attendu par les habitants de La Tour-de-Peilz relie la plage de la Becque à celle de la Maladaire, aux portes de Montreux. Soit 2 kilomètres les pieds dans l’eau, aujourd’hui interdits aux promeneurs. Image: Chantal Dervey

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C’était il y a cinq ans. Le 28 novembre 2010, après une campagne particulièrement animée dans une ville traditionnellement paisible, 54,8% des votants de La Tour-de-Peilz acceptaient l’initiative communale «Pour un accès public aux rives du lac». Enjeu de la votation: aménager un petit chemin pour les promeneurs reliant la plage de la Becque à celle de la Maladaire, aux portes de Montreux.

Or, depuis ce vote, la population n’a toujours pas eu l’occasion de fouler le sentier si convoité. Et elle risque d’attendre encore un moment pour arpenter ces 2 kilomètres les pieds dans l’eau: les projections les plus optimistes évoquent un premier coup de pioche à l’horizon de l’année 2020.

Il faut dire que, sur le plan politique, le sujet divise. Partagée sur la question, la Municipalité est accusée de jouer la montre par les partisans du sentier. Mais, à l’automne 2012, c’est le Conseil communal qui a donné un coup de frein au projet en refusant un crédit d’études de 700 000 francs. Alors que les autorités annonçaient, en janvier dernier, qu’un nouveau préavis serait déposé cet automne, il n’en sera finalement rien: le dossier est actuellement dans les bureaux du Canton, et il y restera encore plusieurs semaines. Explications.

«C’est un premier tri»

Le 15 juillet dernier, les autorités boélandes ont envoyé trois variantes de tracé à la Commission des rives du lac (CRL). Objectif: solliciter l’avis du Canton sur leur faisabilité. «Nous procédons à l’analyse de ces variantes. Il s’agit, en quelque sorte, d’un premier tri. Le sujet est éminemment sensible et, pour qu’il ait les meilleures chances d’avancer, il faut qu’il soit proportionné», indique Philippe Hohl.

Chef de la Division eau du Canton de Vaud, ce dernier liste les paramètres qui, selon lui, seront déterminants pour que le projet avance enfin: «Il faut trouver un bon équilibre entre l’intrusion dans la sphère privée (ndlr: 28 propriétaires vivent le long du futur sentier), l’impact environnemental, y compris les aspects paysagers, les coûts générés et les questions de sécurité. Nous nous attelons à tirer les points les plus positifs des variantes qui nous ont été soumises.»

Philippe Hohl rappelle pourtant que le rôle de l’Etat est, dans ce dossier, consultatif: c’est la Municipalité de La Tour-de-Peilz qui choisira sa version finale et la soumettra au Conseil communal.

Syndic de la ville, Lyonel Kaufmann attend les considérations du Canton avec une certaine impatience: «Ne voyant rien venir à la fin du mois de septembre, nous avons relancé la CRL courant octobre.»

«J’espère vivement que nous pourrons donner le maximum d’arguments cette année encore. Nous devons récolter plusieurs avis en interne. Il ne s’agit pas, dans ce dossier, de tirer un simple trait sur un plan de circulation», explique Philippe Hohl.

Une lueur d’espoir

Tandis que l’impatience gagne aussi les rangs du Conseil communal, Lyonel Kaufmann répète son soutien au projet. L’édile avait d’ailleurs rompu la collégialité à ce sujet avant le vote de 2010, face à des collègues municipaux qui étaient alors majoritairement opposés au sentier. Et aujourd’hui? «Je ne me prononce pas pour mes collègues. Mais j’estime que, quelle que soit notre position dans ce dossier, il convient de respecter la volonté populaire», insiste le syndic, qui plaide pour que les acteurs politiques commencent enfin à tirer à la même corde. «Il faut se retrouver autour d’un dessein commun. Tant que cette volonté ne sera pas claire, le projet sera à chaque fois repoussé.»

Une lueur d’espoir, toutefois: début septembre, l’Association des rives du lac, qui milite avec vigueur pour le sentier, a présenté sa propre étude de faisabilité. Or l’une des trois variantes esquissées par la Municipalité y ressemble. «Le type de tracé et le coût sont relativement proches», confie Lyonel Kaufmann. (24 heures)

Créé: 14.11.2015, 18h21

«Qui donc assume le pilotage de ce dossier?»

«Qui donc, dans ces dédales légaux et administratifs, assume le pilotage de ce dossier? On nage en plein Kafka!» Conseiller communal socialiste et chaud partisan du sentier projeté, Gilbert Vernez ne garde pas la langue dans sa poche quand on aborde le sujet avec lui. Et il ne ménage pas les autorités de La Tour-de-Peilz: «La Municipalité fait passer le respect de la propriété privée avant l’intérêt général et la volonté populaire. Elle manque de souffle et communique à travers des messages lénifiants, livrés au compte-gouttes. C’est une façon de retarder le projet!»

Favorable au sentier, le syndic, Lyonel Kaufmann, a annoncé, il y a dix jours, qu’il quitterait la Maison de Commune l’été prochain. Une mauvaise nouvelle pour les défenseurs du chemin lacustre? «Pour nous, c’est clairement une perte. Mais tout dépendra aussi de qui remplacera Nicole Rimella à la tête de l’Urbanisme», répond Gilbert Vernez. La municipale PLR a en effet elle aussi annoncé qu’elle ne briguerait pas de nouveau mandat.

Cinq dates-clés

Novembre 2008 L’initiative communale pour ouvrir les rives du lac au public fait un carton: plus de 2300 signatures pour 10 000 habitants.

Novembre 2010 Près de 60% des électeurs se rendent aux urnes. Et 54,8% d’entre eux manifestent leur soutien au projet de sentier lacustre, combattu par la majorité de la Municipalité.

Octobre 2012 Au Conseil communal, la droite, majoritaire, fait plier la gauche: l’assemblée refuse un crédit d’études de 702 000 francs.

Septembre 2013 Le Conseil d’Etat enjoint aux autorités de la ville «d’agir sans désemparer».
En clair, de passer la deuxième vitesse dans ce dossier.

Septembre 2015 L’Association des rives du lac présente, film à l’appui, sa propre étude de faisabilité. La facture est modeste: 1,5 million de francs, dont la moitié qui serait prise en charge par le Canton.

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