«Je suis un impulsif mais surtout un éternel positif»

Riviera-ChablaisLe syndic de Rennaz Charly Monnard se retire après 43 ans au service de sa commune. Il aura eu sa part de dossiers lourds.

À la retraite, Charly Monnard envisage de cultiver son jardin.

À la retraite, Charly Monnard envisage de cultiver son jardin. Image: CHANTAL DERVEY

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Charly Monnard est entré au Conseil général de Rennaz en 1968. Il avait 20 ans et la commune chablaisienne comptait 200 habitants, contre 860 aujourd’hui. Depuis, sans discontinuer ou presque - il y a tout de même eu un intermède de sept ans -, il beaucoup donné pour la localité.

«Le village était essentiellement agricole. On ne parlait pas de cité-dortoir. L’autoroute venait à peine d’être construite, avec une sortie à Rennaz. Ce fut le premier vecteur de développement, couplé avec l’essor de la zone industrielle de Villeneuve. Aujourd’hui, sur les 220 hectares de notre commune, 21% sont occupés par des services cantonaux et fédéraux. C’est presque un record.»

Municipal durant quinze ans, dont sept comme syndic, le Renard de 71 ans, marié et père de deux enfants, n’a pas été épargné par les gros dossiers bien compliqués, au premier rang desquels l’arrivée du Centre hospitalier de Rennaz… aux lourdes conséquences.

«J’ai appris l’arrivée de l’hôpital par la radio. Vous imaginez? J’étais vert!»

Vous avez mal vécu l’implantation de l’hôpital unique Riviera-Chablais. Pourquoi?
D’abord parce que cet hôpital nous a été entièrement imposé par le Canton, sans concertation préalable. Je l’ai appris par la radio, vous imaginez? J’étais vert! Moi qui recherche toujours le dialogue, qui me suis toujours efforcé de trouver des consensus, notamment avec mes collègues municipaux, ceux des autres villages, mon Conseil général, ça a été un choc. Ensuite parce que l’établissement ne nous apporte rien: il est par exemple exonéré de tout impôt foncier. Par ailleurs, nous n’avons jamais été pris en considération par le Conseil d’État, qui n’aime pas les petites communes, se réfugie derrière la législation et gère le Canton comme un banquier. Nous lui avons demandé de l’aide dans cet épineux dossier. De nous coacher par exemple, nous qui n’avons que trois employés équivalant plein-temps et pas de service technique. En vain. Les relations avec l’hôpital se sont nettement améliorées après un entretien avec son responsable, Marc-Étienne Diserens.

En revanche, et vous le dites peu, l’Espace Santé Rennaz, son pendant parahospitalier, génère des retombées financières pour la Commune.
C’est vrai. Ici, le dossier a en plus été très bien géré par des gens extraordinaires, au premier rang desquels Pierre Loison, le président du comité de l’ESR.

Si la contrepartie du projet des Cornettes avait pu être réalisée, auriez-vous vu l’installation de l’hôpital d’un autre œil?
Évidemment, puisque les Cornettes auraient englobé un EMS de 60 lits pris en charge par une fondation, 30 appartements protégés et suffisamment de PPE pour accueillir 800 habitants. Mais le recours de trois habitants au Tribunal cantonal, qui a enterré le projet, nous a été fatal. L’espace est désormais interdit à toute construction pour les vingt-cinq ans à venir. La Commune a perdu 800'000 francs dans l’établissement du projet, les propriétaires 1 million. La Commune perd encore 12 millions de taxes qui ne seront jamais encaissées. Aujourd’hui, si l’on veut placer une personne âgée en EMS, il faut l’envoyer à Leysin, Bex ou Moudon…

Le duo Hôpital-Cornettes était de nature à vous envoyer plus tôt que prévu à la retraite, agendée au 31 décembre à minuit.
Ça ne m’a jamais effleuré. Malgré les difficultés, je ne me suis jamais découragé, toujours soutenu par mes pairs et ma famille. Je n’avais pas le droit, malgré ces échecs, de laisser tomber mes concitoyens. Alors c’est vrai que je suis un impulsif et que je pousse beaucoup de coups de gueule, mais je demeure un éternel positif. Je le reconnais, l’hôpital procure quelques avantages. C’est une structure de pointe et un plus pour la population. En matière de transports publics, Rennaz est aujourd’hui un hub avec trois compagnies et 18 bus par heure. Ici, tout n’est pas réglé avec les montants colossaux et inacceptables que les VMCV, l’une des trois compagnies, veulent nous faire payer.

Question trafic, le dossier de la H144, nouvel axe routier qui relie Rennaz aux Évouettes, a-t-il été plus simple à gérer?
Oui. Même si ça a duré cent un ans entre l’idée et sa réalisation. (Rires.) Depuis sa mise en service, le cœur du village est partiellement déchargé d’une grande partie du trafic automobile. C’est plus calme et plus sûr.

Bien avant le Canton, vous avez réussi à faire passer en 2001 une interdiction de la mendicité dans votre village. Les 800 Renards étaient-ils assaillis par des hordes de quémandeurs?
Non, mais nous avons voulu nous prémunir.

Rennaz a également été parmi les pionniers en matière de règlement sur l’exercice de la prostitution.
Oui, nous avons édicté un règlement, car un privé voulait nous installer des salons de massage. Il y a eu une levée de boucliers de la population en plus de la Municipalité. Le projet a généré 220 oppositions, dont la mienne à titre personnel.

Et les caméras de surveillance, elles vous servent vraiment?
Pas trop, puisqu’un citoyen s’est dressé contre et a obtenu gain de cause. Aujourd’hui, elles sont scotchées… en attendant que les nombreux formulaires nécessaires soient complétés.

À l’heure de tirer le bilan, nourrissez-vous des regrets?
Oui. Principalement de ne pas avoir pu réussir à fusionner avec Roche, Chessel et Noville dans un premier temps; dans un second avec Villeneuve. J’espère que mes successeurs y parviendront. Mais j’ai eu surtout beaucoup de satisfactions. Par exemple bien tenir les finances - une priorité -, avoir mené la réfection totale de la Maison de Commune, l’installation de places de jeu, celle de l’Arboretum, et bien d’autres.

Votre vie politique se termine le 31 décembre après quarante-trois ans de service. Le 1er janvier, qu’est-ce qui est prévu?
À partir de cette date, je vais me consacrer à ma famille, aux voyages, au patrimoine familial et à ma passion pour les jardins.

Créé: 12.12.2019, 08h04

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