L’industriel salvadorien réfugié à Morges est sous enquête

JusticeArrêté en 2016 en Amérique centrale Enrique R. est soupçonné de blanchiment d’argent en Suisse.

Arrêté en 2016 au Salvador, Enrique R. est désormais officiellement dans le collimateur de la justice vaudoise.

Arrêté en 2016 au Salvador, Enrique R. est désormais officiellement dans le collimateur de la justice vaudoise. Image: SALVADOR MELENDEZ (REVISTA FACTUM)

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Il était déjà soupçonné de corruption et de fraude par la justice du Salvador, où il a été arrêté en 2016. On le soupçonne de trafic de drogue aux États-Unis. Installé à Morges et dans un chalet flambant neuf à Leysin depuis qu’il a fui une nouvelle arrestation ordonnée par un tribunal salvadorien («24 heures» du 13 octobre), Enrique R. est désormais officiellement dans le collimateur de la justice vaudoise.

Procureur à la Division criminalité économique du Ministère public vaudois, Anton Rüsch confirme qu’une instruction pénale a été ouverte contre Enrique R., à la suite de suspicions de blanchiment d’argent. La procédure a été ouverte sur la base d’informations transmises par le MROS, le Bureau de communication en matière de blanchiment d’argent de l’Office fédéral de la police. Lui-même se fonde sur des soupçons formulés notamment par deux banques ayant leur siège dans les cantons de Vaud et de Zurich. En raison de la procédure en cours, le procureur indique qu’il ne saurait fournir de plus amples informations. Il rappelle néanmoins le cadre juridique fixé par le Code pénal: «Le blanchiment d’argent recouvre notamment le fait de dissimuler des fonds tirés d’une activité illicite, y compris si cette activité illicite est perpétrée à l’étranger.» La peine encourue peut aller jusqu’à 5 ans d’emprisonnement, dans les cas graves.

Avoirs partiellement saisis

L’enquête devra donc faire la lumière sur l’origine des montants placés en Suisse par Enrique R., retirés du bénéfice dégagé par la société qu’il dirige depuis 1993 au Salvador. Spécialisée dans la collecte et le traitement des déchets, l’entreprise Mides est partiellement en mains publiques, puisque treize municipalités salvadoriennes se partagent 10% de son capital.

Seule une partie – plusieurs dizaines de milliers de francs – de ces avoirs placés en Suisse a été séquestrée par la justice. Son avocat, Marc Cheseaux, a déposé un recours contre ces séquestres. Selon lui, les preuves d’un éventuel blanchiment d’argent sont des plus lacunaires: «Les banques qui ont dénoncé mon client se basent sur des articles de presse. On aurait pu attendre des éléments plus tangibles pour justifier le dépôt d’une dénonciation, commente l’homme de loi nyonnais. À ce jour, le dossier du procureur ne contient aucune pièce de la procédure pénale salvadorienne. Mon client possède un casier judiciaire vierge dans ce pays et en Suisse. Le parquet salvadorien a en outre reconnu que son entreprise ne fait l’objet d’aucune irrégularité et plusieurs audits indiquent qu’aucune activité délictueuse ni opération suspecte ne peut lui être imputée.»

«Complot politique»?

Pourquoi, alors, tant d’acharnement juridique dans trois pays différents – Salvador, Suisse et États-Unis? À Morges, où il possède deux appartements, Enrique R. campe sur la position exprimée dans nos colonnes en octobre: il serait victime «d’un complot politique et économique». «Au Salvador, deux partis s’affrontent, explique Me Cheseaux. La gauche, que mon client soutient financièrement, et la droite qui a installé l’actuel procureur. Cette situation fait qu’il a dû affronter de nombreux déboires, formellement judiciaires mais matériellement politiques.» L’homme aurait par ailleurs été victime d’une tentative d’assassinat dans son pays. Fait piquant: l’ancien procureur général du Salvador, Luis Martinez, qui se trouve actuellement sous les verrous, était l’un des passagers réguliers d’Enrique R. à bord de sa flotte de jets privés, révélait le quotidien alémanique Tages-Anzeiger, en octobre. (24 heures)

Créé: 27.11.2017, 18h02

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