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L’influenceuse vendra ses Louboutin pour s’affranchir

Accusée de diffamation pour avoir sali sa rivale sur son blog, une trentenaire échappe au procès. Mais elle devra passer à la caisse.

Le litige pour diffamation s'est réglé par un accord entre les deux femmes, arraché aux forceps par le Tribunal.
Le litige pour diffamation s'est réglé par un accord entre les deux femmes, arraché aux forceps par le Tribunal.
Chantal Dervey/A.

Ingrid* va sans doute devoir vendre quelques pièces de la luxueuse garde-robe dont elle régale ses abonnés sur la Toile à chaque sortie shopping. La trentenaire pourra ainsi s’acquitter des 3500 francs que la justice lui impose de verser à sa rivale. Sur son blog, suivi par quelque 115'000 internautes, une publication laisse entendre que Louise*, l’épouse officielle de son compagnon, aurait commis des infractions pénales.

Condamnée pour diffamation par ordonnance pénale, la cavalière étrangère installée à Chesières s’est opposée à la sentence et s’est retrouvée lundi devant le Tribunal de police de l’Est vaudois: «Je n’ai jamais voulu faire de mal à Louise, je ne l’ai pas nommée, je n’ai même pas indiqué son genre. Je ne vois pas pourquoi je devrais payer une amende», s’est-elle indignée en anglais, propos relayés par une traductrice.

«Mais vous comprenez que Louise ait pu être blessée par ce post?» a voulu savoir la présidente. Réponse sous forme de tacle: «Je ne pensais pas que cela l’atteindrait car je ne savais pas qu’elle lisait mon blog. La catégorie d’âge de mes «followers» est bien en dessous de la sienne!»

Que la blogueuse ait pris la précaution de camoufler l’identité de la septuagénaire en la désignant par «that person» (cette personne) ne suffit pas à l’affranchir de l’infraction diffamatoire. Louise reste en effet identifiable par nombre d’internautes. Malgré une procédure de divorce en cours, elle est encore l’épouse de Jean*, retraité relativement connu dans le milieu de l’hippisme et qui apparaît nommément et à visage découvert dans les publications d’Ingrid.

L’hyperactive des réseaux ne peut davantage se dédouaner au motif que sa mère a reconnu avoir posté les lignes les plus litigieuses: le contenu de la plateforme est sous sa responsabilité. Ingrid l’a admis. Mais ce qu’elle a peiné à comprendre, au cours d’une conciliation arrachée au forceps, c’est qu’elle devra désormais s’imposer un filtre dans le récit prolixe de sa vie.

En plus de retirer les nombreuses allusions à Louise publiées jusqu’ici, elle ne pourra plus mentionner «that person», sous quelque forme que ce soit. «Internet n’est pas un journal intime, on doit être assez prudent avec ce que l’on y publie. Vous vous contenterez de parler des belles choses», a suggéré la présidente. «Je ne vois pas comment je pourrais m’y engager, a sangloté Ingrid, sous l’œil ostensiblement narquois de Louise. Comment ne pas parler de tout le mal qu’elle me fait? C’est une part importante de ma vie, les gens me suivent justement parce que je ne parle pas seulement des belles choses.»

Au chapitre des difficultés de l’existence, Ingrid va néanmoins devoir se procurer 2500 francs dans les dix jours, pour les verser à Louise. Car la fashionista, dont les escarpins à semelle rouge ont été dûment relevés par la partie adverse, n’a pas de ressources propres. Et l’homme au cœur de la querelle a refusé de débourser plus de mille francs dans le marché destiné à solder le litige.

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*Prénoms d’emprunt

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