À J-365, la Fête des Vignerons fonce en dépit des polémiques

TraditionsMalgré des critiques sur le caractère 100% local de l’événement, ce dernier est en route pour le 18 juillet 2019 avec la conviction d’offrir une vitrine hors-norme à la région.

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Dans un an tout juste, «Vevey deviendra la capitale de la Suisse», selon les termes adressés par François Margot à l’assistance massée sous la Grenette ce mercredi matin. L’abbé-président de la Confrérie des Vignerons, organisatrice de l’événement dédié tous les vingt ans au travail des vignerons-tâcherons de Lausanne à Bex, a ainsi lancé le compte à rebours. Ce dernier a pris la forme d’une horloge d’un sponsor tout helvétique. Un modèle bien plus grand et visible sera prochainement posé aux abords de la gare de la cité de la Riviera pour rappeler, seconde après seconde, que l’échéance approche à grands pas.

Du 18 juillet au 11 août 2019, quelque 350'000 spectateurs sont attendus pour assister au spectacle de Daniele Finzi Pasca et son équipe dans les monumentales arènes à construire dès cet automne sur la place du Marché. La vente des billets sera lancée le 17 septembre à 11 h. Les prix oscilleront entre 79 et 299 francs, plus une catégorie Premium avec divers avantages à 399 francs.

Le rendez-vous remontant à 1797 doit encenser les produits du terroir, vaudois et, plus que jamais l’an prochain, suisses. À ce titre, Frédéric Hohl, directeur exécutif, s’est félicité du taux de retour concernant les Journées cantonales qui auront lieu pour la première fois en 2019: «Nous nous attendions à ce que les cantons romands soient partants pour disposer d’une vitrine. Tous ont répondu présent, et les Alémaniques en premier, pour présenter une part de leur patrimoine, avec costumes et produits.»

Costumes produits en Italie
Alors, 100% suisse la Fête des Vignerons? Plusieurs voix se sont élevées récemment contre cette allégation. Il y a eu des chapeliers pour douter de la confection locale des couvre-chefs de la Fête. «Sauf qu’ils seront produits en Suisse alémanique, assure Frédéric Hohl, même si ce n’est pas vaudois, cela reste suisse.»

Puis sont survenus des doutes sur une présence suffisante des produits régionaux dans les assiettes. «Une légende urbaine! s’agace Frédéric Hohl. 90% des restaurateurs seront Vaudois (dont la moitié de Vevey) avec une mise en avant énorme des produits régionaux, parfois revisités de façon contemporaine.»

Plus anecdotique, le tire-bouchon de la Confrérie en forme de Léman et au manche en bois canadien (et vendu 79 francs…) a fait grincer quelques dents. «En tant que vigneron et attaché à la valorisation du bois suisse, j’ai été quelque peu étonné», lance Laurent Cossy, municipal des Forêts à Chardonne, qui a demandé des explications via Facebook. Le hêtre suisse est trop tendre et casse durant les tests, lui a-t-il été répondu. «Ça m’attriste un peu, reprend l’élu. Mais ça ne m’empêchera pas d’aller à la Fête, d’autant que j’ai été sensible aux efforts sur les produits du terroir.»

«Je trouve décevant que l’on n’ait pas utilisé une partie des forces et du savoir-faire suisse pour confectionner au moins une partie de ces costumes!»

La salve la plus vive est venue fin juin de l’Association romande des costumières romandes sur les ondes de la RTS. Celle-ci s’est offusquée en apprenant que les 6000 costumes des figurants seront produits en Italie, compte tenu du réseau transalpin de la responsable, la Romaine Giovanna Buzzi, membre de l’équipe de Daniele Finzi Pasca. «Je trouve décevant que l’on n’ait pas utilisé une partie des forces et du savoir-faire suisse pour confectionner au moins une partie de ces costumes, argumente Mireille Dessingy, présidente de l’association. Un événement tel que la Fête des Vignerons doit veiller à valoriser le savoir-faire suisse d’autant qu’un réseau de compétences y existe.»

«Nous n’avons tout simplement pas le choix, la force de travail nécessaire n’existe pas en Suisse, rétorque Frédéric Hohl, qui n’est pas surpris de retrouver une polémique déjà vécue en 1977 et en 1999 (lire encadré). J’ai eu l’occasion de collaborer avec Mireille Dessingy pour «La Revue de Genève». Pour 30 acteurs et 250 costumes, nous avions dû recourir à une société française pour une partie. Pour la Fête, nous devons produire 25'000 pièces, chemises, pantalons, chaussettes, etc.!»

«Nous n’avons pas le choix»

Le gigantisme croissant au fil des éditions impose ses contraintes, selon le directeur exécutif. «Je peux même déjà anticiper sur les prochaines polémiques. Il y aura des mégahaut-parleurs à aller chercher en France. Puis, ce sera les écrans LED pour la scène lumineuse sur laquelle les acteurs évolueront: nous sommes déjà en peine pour trouver le matériel adéquat en Europe! Cela dit, pour en revenir aux costumières, nous aurons besoin de mains et nous en cherchons huitante, qui seront rémunérées pour leur travail, contrairement à une autre légende urbaine que j’ai entendue.»

Mais Frédéric Hohl se veut rassurant: la priorité ira toujours à la logique du plus proche. «Nous cherchons à Vevey d’abord, puis sur la Riviera, puis en Suisse et, si besoin, à l’étranger, toujours dans cet ordre. D’autant que je peux le dire: ce serait plus pratique et, même si cela peut paraître étrange, moins cher de travailler avec des sociétés suisses compte tenu des trajets notamment.»

La Confrérie des Vignerons a du reste toujours exprimé sa volonté de privilégier des collaborations avec des entreprises locales dans la mesure du possible. Lors de l’édition de 1999, 36 des 54 millions de budget avaient été dépensés en Suisse romande. Les retombées économiques d’une édition pour la région Riviera-Lavaux sont estimées à plus de 100 millions.

Créé: 19.07.2018, 06h45

L’affaire des costumes, un air de déjà-vu

Si certains considèrent que produire les costumes en Italie relève du crime de lèse-majesté, il faut rappeler que ceux des deux dernières éditions furent pour une bonne partie confectionnés en France. Avec des critiques à la clé déjà, selon Frédéric Hohl, directeur exécutif de la Fête: «Sauf qu’aujourd’hui, les réseaux sociaux amplifient tout.» Pour l’anecdote, plus d’une centaine de costumes partirent en flamme le 11 décembre 1976 dans l’incendie de la douane du Port franc de Vevey.

«À la suite d’un différend avec une artiste lausannoise installée près de Nice, j’avais dû aller chercher les costumes des faunes et bacchantes en voiture avec l’argent en poche», se rappelle pour sa part l’abbé-président François Margot.

Retour à Paris en 1999 avec l’entreprise Mantille et Sombrero, «la seule du genre, semble-t-il, à avoir pu garantir un suivi des opérations se prolongeant jusqu’après la livraison des costumes», écrivait «24 heures» le 17 avril. Palès, la déesse du printemps, et sa suite, avaient par ailleurs été habillées par un certain Christian Lacroix.

Historiquement, le figurant est responsable de faire réaliser son costume et d’en assumer le prix. «En 1927, avant d’aller chez le tailleur, chacun passait avec son dessin pour qu’Ernest Biéler, chef des costumes, valide», rappelle Sabine Carruzzo, historienne et secrétaire générale de la Confrérie des Vignerons. En 2019, «chaque figurant déboursera en moyenne 1500 euros (ndlr: 1746 francs) pour son costume», selon François Margot.

Les figurants en chiffres

Une équipe très féminine

Les 5418 acteurs-figurants qui prendront part au monumental spectacle de l’édition 2019 dans les arènes de la place du Marché sont connus, annoncent les organisateurs. Signe des temps, les femmes sont beaucoup plus nombreuses qu’en 1999. Le rapport s’est même carrément inversé: les 2500 hommes de la dernière édition (sur 5000) seront 1700 alors que les femmes qui étaient au nombre de 1700 seront plus de 2700. Mille enfants seront de la fête, dont le plus jeune âgé de 3 ans et demi. Le plus vénérable aura 86 ans. En toute logique, Vevey est le plus gros pourvoyeur d’acteurs, mais les organisateurs saluent une belle représentation des communes voisines et 150 habitants du Chablais. Un cinquième du total a pris part à l’édition de 1999 tandis que 67% seront à leur première expérience. Enfin, une trentaine de fidèles en seront à leur quatrième rôle après ceux des éditions de 1955, 1977 et 1999.

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