Les juges sauvent la vie d’un petit coq chanteur

Vallon de VillardAprès mûre réflexion, le Tribunal de Vevey a estimé que le voisin des propriétaires n’avait pas à se plaindre des vocalises du gallinacé.

Le poulailler d’Anouk Michauville ne compte désormais plus qu’un seul coq, mais il a sauvé sa peau. Ici, en février 2014.

Le poulailler d’Anouk Michauville ne compte désormais plus qu’un seul coq, mais il a sauvé sa peau. Ici, en février 2014. Image: Odile Meylan

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Si le coq s’enflamme dès potron-minet, ce n’est pas pour enquiquiner le voisinage. Se prenant à juste titre pour le boss du poulailler, le volatile tient seulement à rappeler que sa place n’est pas à prendre et que son prestige est incontesté. Preuve en est que l’on dit qu’une poule caquette – la pauvre – mais qu’un coq chante. Il n’empêche que les vocalises de l’animal en font un sujet de polémique récurrent, à l’instar de celle qui vient d’occuper le Tribunal d’arrondissement de l’Est vaudois.

Le conflit de voisinage qui agite le vallon de Villard, sur les hauteurs de Montreux, trouve son origine dans l’achat, par Anouk et Philippe Michauville, en 2010, du chalet Notre Abri, qui appartenait à la Fondation lausannoise des Oliviers.

Un coup de cœur que le couple explique par le fait que les 4000 m2 du terrain permettaient le transfert de leur poulailler, situé auparavant à Forel, composé alors de deux coqs et d’une bonne trentaine de poules. «Nous nous sommes renseignés avant de signer, précisent-ils, et la Commune a confirmé à la gérance qui nous vendait les lieux que nous pouvions le faire, mais à condition de ne pas dépasser 2000 poules. Dans le cas contraire, nous n’aurions pas acheté.»

«Vacarme»

Le ciel leur tombe pourtant sur la tête en juin 2012. Au nom d’un de leurs voisins, une avocate leur donne dix jours pour mettre un terme aux nuisances du poulailler (comprenez le chant des coqs et le caquetage des poules) que son client qualifie de «vacarme» nocturne et diurne.

Propriétaire d’un chalet qui surplombe d’une cinquantaine de mètres celui du couple, Ralph Severin, directeur de sociétés domicilié à Zoug, au dire de ses voisins, n’occupe néanmoins sa résidence secondaire que quelques semaines par année.

Anouk et Philippe Michauville négligent de répondre à l’injonction tant elle leur paraît absurde dans un environnement campagnard, et plus rien ne bouge jusqu’au printemps suivant. C’est le moment que choisit un autre avocat veveysan pour s’adresser au Tribunal civil de l’arrondissement de l’Est vaudois.

Son client, qui continue à ne pas supporter le chant des coqs et le caquetage des poules, tant de nuit que de jour, affirme que le poulailler a été bâti sans autorisation et que le bruit des gallinacés dépasse les limites admissibles. En plus de leur élimination définitive, il demande le remboursement de 3000 francs de frais de conseil et de près de 97 000 francs de dédommagement pour la moins-value de sa résidence secondaire, générée par les nuisances.

Echec de la conciliation

Les propriétaires des deux coqs, qui les enferment désormais dans le noir (où ils ne chantent pas) de 21 h à 7 h 30 en semaine et de 21 h à 10 h le week-end, doivent à leur tour prendre un avocat. En été 2013, une séance de conciliation, au cours de laquelle le couple propose de se limiter à un seul coq, fait chou blanc.

L’audience devant le Tribunal d’arrondissement de l’Est vaudois, à Vevey, s’est tenue le 9 mars dernier. Audition de témoins des deux parties et d’experts en acoustique, proposition de construire un mur antibruit, débat interminable autour du volume sonore des coqs selon leurs races, déplacement éventuel du poulailler, aucun détail n’a été épargné à une Cour qui, parfois, réprimait à grand-peine un fou rire.

Le voisin incommodé, lui, avait auparavant déclaré renoncer au dédommagement mais à la condition expresse que le couple en fasse de même avec le poulailler, essuyant un refus instantané.

Le jugement est tombé le 24 août dernier, près de six mois plus tard. Le Tribunal civil a intégralement rejeté la demande du voisin, qui prétend être incommodé par le chant du coq – il n’en reste plus qu’un… – et a mis à sa charge tant les frais judiciaires à hauteur de 21 642 francs que les dépens d’un montant de 15 000? francs. Son avocat a demandé la motivation du jugement de la Cour et décidera après lecture s’il entend faire appel.

Créé: 30.08.2016, 17h02

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