Les locataires du Moulin-Neuf risquent de devoir partir

AigleDébouté par la Cour fédérale, Charles-Pascal Ghiringhelli doit mettre la friche du Moulin-Neuf aux normes. L’Aiglon dénonce une dérive.

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

Cœur industriel d’Aigle, le Moulin-Neuf est devenu une part de son âme culturelle. Les meuniers s’en sont allés en 1984 pour faire place aux artistes. Sculpteurs, peintres, musiciens y ont installé leur atelier et l’Association socioculturelle des musulmans du Chablais aménagé une salle de prière.

Seront-ils bientôt priés d’aller voir ailleurs? Pour l’heure, la vingtaine de locataires est prise dans la partie de ping-pong juridique que livrent le propriétaire des lieux, le conseiller juridique aiglon Charles-Pascal Ghiringhelli, l’Etablissement cantonal d’assurance (ECA) et la Commune. Une visite des lieux en 2011 menée par l’ECA a poussé la Municipalité à exiger du propriétaire une mise aux normes incendie du complexe. Charles-Pascal Ghiringhelli a recouru. Débouté en janvier 2016 par la Cour cantonale, l’Aiglon l’a encore été en juillet de la même année par le Tribunal fédéral (TF) qui lui intimait de déposer un dossier de régularisation au 30 novembre 2016.

Onze mois plus tard, l’Exécutif n’a toujours rien reçu, comme le confirme le syndic, Frédéric Borloz: «La situation nous inquiète. La sécurité de ces locataires est notre principale préoccupation.»

«Placer le curseur»

La loi semble claire: toute nouvelle construction doit répondre aux normes actuelles. Les bâtiments existants doivent être régularisés en cas de transformation ou de changement d’affectation importants ou lorsque le danger est particulièrement important, suivant un principe de proportionnalité (lire ci-contre). Pour Charles-Pascal Ghiringhelli, le 2e alinéa laisse une large part d’interprétation juridique. «Que signifie les notions de «proportionnalité» et de risque «particulièrement» important? Est-ce que ce bâtiment a effectivement connu un changement d’affectation? Est-ce que le risque est plus élevé pour 20 artistes présents quelques heures par semaine que pour 40 meuniers travaillant au quotidien dans un environnement explosif? La difficulté est de savoir où on place le curseur.»

Extrait de la Norme de protection incendie 2015.

Charles-Pascal Ghiringhelli a décidé de solliciter auprès de l’Université de Lausanne un avis de droit. «J’admets qu’il y a peut-être des modifications à apporter. Le point de désaccord est sur leur ampleur. Avant de mandater l’expertise d’ingénieurs, je veux que le cadre légal soit précisé.» Pour lui, le cas est exemplatif de ce qu’il qualifie «d’hygiénisme sécuritaire décadent. On cherche un risque zéro illusoire, on n’est plus capable d’accepter la fatalité.»

L’ECA refuse de se prononcer sur le cas d’espèce, s’agissant «d’indications confidentielles réservées aux propriétaires». Mais son responsable communication, Rafael Stuker, relève que «l’idée reçue que les règles deviennent plus strictes au fil des ans est fausse. Leur évolution prouve une volonté d’adaptation. Le principe de proportionnalité a été intégré pour donner en priorité toute son importance à la sécurité des personnes. Il permet une réflexion non sur une mise en conformité des objets mais sur une amélioration du niveau de sécurité en adéquation avec les risques encourus. Les statistiques de mortalité dans des incendies (en moyenne 3,5 décès annuels en Suisse, soit l’un des taux les plus bas du monde) donnent raison aux Etablissements cantonaux d’assurance.»

Combat désintéressé?
Installé dans l’espace de l’ancien Théâtre du Moulin-Neuf, Olivier Estoppey se dit inquiet. Non par la perspective d’un sinistre, mais par l’incertitude. «Nous ne sommes pas au courant des détails de la procédure en cours. Est-ce que la Commune va agir et fermer ce lieu? Son existence, qui plus est au centre-ville, est une chance.» Le luthier Jean-Maurice Humbert-Droz partage cet avis: «Est-ce que l’ECA veut mettre ce bâtiment aux normes au point de pouvoir y installer ses bureaux? Ce lieu est important pour les artistes et artisans qui y travaillent et on s’en sent responsable. Personnellement, je ne me sens pas moins en sécurité que n’importe où ailleurs.» La Municipalité prévoit-elle effectivement de condamner le Moulin-Neuf? «Nous n’en sommes pas là. La procédure est en cours; nous nous remettrons à la décision de la justice», répond Frédéric Borloz.

Le propriétaire affirme mener en la matière un «combat de principe». On peut pourtant s’interroger: aurait-il aussi un intérêt à voir l’horloge tourner pour ne pas investir dans la mise en conformité d’un bâtiment condamné? «La démolition est prévue en 2024. La procédure ne durera pas aussi longtemps, se défend Charles-Pascal Ghiringhelli. Les locaux sont mis à disposition dès 5 fr. le m2. Je ne gagne pas ma vie grâce à ça. Si la Municipalité m’ordonne de murer cette friche demain, j’accepterai. Mais ce serait dommage que ces artistes fassent les frais de la paresse intellectuelle de l’ECA.» (24 heures)

Créé: 24.10.2017, 16h18

Articles en relation

Condamnée, la friche du Moulin-Neuf s’épanouit par l’art

Aigle Le complexe du centre-ville sera rasé en 2024. En attendant, il reste un vivier culturel qui ouvre ses portes au public samedi. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

L'actualité croquée par nos dessinateurs partie 6

Publié le 21 septembre 2018.
(Image: Valott) Plus...