Mal parti dans la vie, Cyril Zoller la dévore avec frénésie

PortraitAdepte du mouvement perpétuel, l’Aiglon crée dans sa tête un événement par jour. Ceux qu’il matérialise sont souvent des succès.

«J'aime les gens. L'humain, c'est même ma vraie passion. La classe sociale, je m'en fous. Je peux être copain avec l'employé de la voirie, comme avec le directeur de banque.»

«J'aime les gens. L'humain, c'est même ma vraie passion. La classe sociale, je m'en fous. Je peux être copain avec l'employé de la voirie, comme avec le directeur de banque.» Image: Jean-Paul Guinnard

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Rencontrer Cyril Zoller dans un troquet au centre d’Aigle pour un entretien, c’est forcément prendre le risque de se faire interrompre toutes les trois minutes. Bonhomme, gouailleur, imposant, le natif de Genève est une figure de la capitale mondiale du cyclisme, comme des stations des Préalpes voisines. Un bon mot pour chacun, une salutation amicale, un échange de bons procédés avec son ex-femme, Sonia, qui vient lui porter des affaires de leur fille. Et un sourire permanent qui laisse découvrir deux rangées de toutes petites dents espacées. «T’as vu, il m’en manque huit à la base. C’est génétique, se marre-t-il. Ici, c’est une dent de lait. Quand j’étais petit on me moquait, j’en ai un peu souffert. Maintenant, ce sont les dents du bonheur.» Le bonheur, c’est ce qui semble caractériser le néoquadra. «J’aime les gens. L’humain, c’est même ma vraie passion. La classe sociale, je m’en fous. Je peux être copain avec l’employé de la voirie comme avec le directeur de banque. Le mec de gauche comme celui de droite.»

De père inconnu

Heureux dans tout ce qu’il entreprend, et qu’il réussit du reste souvent, optimiste chevronné, Cyril Zoller n’a pourtant pas eu un départ facile. «Je suis né dans les quartiers populaires. Ma mère Véronique était aide hospitalière en EMS. Elle m’a élevé toute seule, après avoir viré mon père quand elle était enceinte.» Ce père, Cyril Zoller ne l’a jamais connu. Il est décédé quand le petit Genevois avait 8 ans. «Je n’ai même pas de photo, je sais qu’il était musicien, Anglais, juif. Il s’appelait John Signer. C’est tout. C’est un manque. Je me sens clairement orphelin.» Sur le tard, il apprend toutefois que son géniteur a eu une seconde femme et deux enfants. «Je l’ai contactée pour en savoir plus, connaître mes deux demi-frères. Sans succès. J’ai bâché. Je n’aime pas importuner les gens.» Comme si cela ne suffisait pas, l’enfant Zoller est placé entre 5 et 7 ans dans une famille d’accueil. «Ma mère ne pouvait pas tout gérer. Ces deux ans, je n’ai eu qu’un désir: la retrouver.»

Durant ces courtes confessions, le sourire s’est effacé. Oh, pas bien longtemps. Ce n’est pas le genre de la maison de s’apitoyer sur son sort. Un énième expresso commandé et voilà Cyril, naturel revenant au galop, qui reprend plein pot le déroulé de sa vie déjà bien remplie. «Le truc, c’est que j’ai eu la chance de rencontrer mes potes devenus amis pour la vie à l’École Jacques-Dalphin, à Carouge, celle de Titeuf. J’étais invité chez eux. Leurs parents me prenaient avec en vacances, me payaient le ski. À table, il y avait toujours des discussions de fond, passionnantes. J’ai appris des tonnes de trucs», raconte ce bavard impénitent, qui ne parle jamais dans le vide. «J’ai eu du bol aussi, alors que j’étais bagarreur, de faire pas mal de sport: tennis, boxe, rugby, ça m’a canalisé.» Son entraîneur de boxe, Thierry Pasche, a été une rencontre déterminante. «Il fut mon mentor… comme un père de substitution. On était fusionnels. Il m’a montré la belle vision des choses. En fait, j’ai eu une enfance et une adolescence heureuses.» Jean-Marc Van Dril est un de ces «amis pour la vie». Il est même le parrain d’Eileen, 10 ans. «Cyril est un touche-à-tout incroyable, avec un sacré bagout. Un pur Genevois grande gueule mais dans le bon sens du terme. Il a évidemment un avis sur tout, pense souvent avoir raison. C’est rigolo de croiser le fer avec lui!»

Trainer, répétiteur, animateur…

Boulimique de travail, Cyril a enquillé les jobs. Auditeur stagiaire dans une fiduciaire après son diplôme d’école de commerce, personal trainer dans un fitness, répétiteur – «entre plusieurs petits boulots comme déménageur, serveur, agent de sécurité en boîte». Guide de rafting, il quitte son appartement carougeois, antre de sa première indépendance, pour les Préalpes vaudoises. Et là, reprise du mouvement perpétuel. Animateur à Radio Chablais, prof de ski à Gryon, il se pose quelques années dans le bureau de Villars Tourisme, comme responsable des animations. Avec l’envie d’inventer des manifs en permanence. «Moi, faut que ça bouge, tu vois. Tout le temps. J’ai plein d’idées, une imagination de malade. En même temps, je ne suis pas le mec le plus structuré même si je te monte le projet de A à Z.» Il lui arrive tout de même de se poser, pour lire «La guerre des Gaules» de César ou l’œuvre de Ken Follett, ou voir un documentaire de science-fiction. Le papa qui adore s’occuper de ses «mômes» s’est aussi remis au vélo. «Je ne dors pas beaucoup. Depuis que j’ai acheté une tablette, je suis insomniaque. Je suis curieux de tout. Je veux tout apprendre.» L’activité intense de ce Zoller, avec un Z comme Zébulon le génie sur ressort du «Manège enchanté», inquiète un peu son ami Jean-Marc: «J’aimerais bien qu’il mette un peu la pédale douce. On veut le garder le plus longtemps possible. On a besoin de lui.»

Farouche indépendant, cet amoureux de la nature a monté autant de boîtes qu’il a développé d’événements. La Nuit des étoiles filantes, Spirale – exposition annuelle d’œuvres cinétiques dans le parc de l’Aiglon –, des croisières sur le Léman pour célibataires «et plein d’autres idées débiles dont je ne me souviens pas forcément mais qui ont plutôt marché». On le croyait un peu fixé cette dernière année à l’animation de Leysin Tourisme. Patatras, le voici déjà reparti. Ces prochains jours, il reprendra l’antenne à Radio Chablais. Entre deux mandats pour diverses boîtes, il poursuivra son activité politique au sein d’AlternativeS-Les Verts, et à la commission Jeunesse de la Ville qu’il a aidé à créer, et encore à l’Association jeunesse aiglonne (AJA), qu’il préside. «J’essaie de leur donner un coup de main. Histoire de rendre un peu de tout ce que j’ai reçu.»

Créé: 02.09.2019, 09h45

Bio

1979 Naît le 5 août à Genève. Ne connaît pas son père, décédé alors qu’il avait 8 ans.

1991 Rencontre en classe ses potes, devenus amis pour la vie.

1992 Vote suisse sur l’EEE le 6 décembre. «La première fois que j’ai ressenti une profonde désunion dans mon pays.»

1996 «Une rencontre déterminante», celle de Thierry Pasche, son entraîneur de boxe.

2000 Prend son premier appartement, son envol, son indépendance à Carouge.

2007 Engagé le 1er mars à Villars Tourisme.

2009 Naissance de sa fille Eilenn. Joakim vient au monde l’année suivante.

2014 Entrée en politique au Conseil communal d’Aigle.

2015 Le 7 janvier, le drame de «Charlie Hebdo» est un «véritable choc» pour le fan de BD, admirateur absolu de Cabu.

2018 Crée le 1er «Parc cinétique» de Suisse.

2019 Retour sur les ondes de Radio Chablais.

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