Maladroit passage en force pour un écoquartier à La Tour-de-Peilz

UrbanismePourtant séduisant, le projet fâche des élus, parce qu’il a été présenté à la population avant que le Conseil communal ne vote.

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«Vous n’êtes pas compétents.» Ou: «Votre avis n’a pas de poids.» Voici l’impression qui ressort des premières lignes du 2e projet de plan de quartier (PPA), à La Combe de Villard, déposé par la Municipalité de La Tour-de-Peilz. Pour rappel, le premier avait été retiré parce que – fait rare! – l’unanimité des élus chargés de l’étudier avait appelé à le refuser. L’Exécutif avait alors promis d’élaborer un nouveau préavis. C’est pourtant exactement le même qui a été proposé, avec en préambule les explications suivantes: «Le projet représente l’aboutissement de neuf ans de travail minutieux réalisé en étroite collaboration avec les services cantonaux et la Section vaudoise de Patrimoine suisse» et il «contient des principes longuement et soigneusement étudiés». Aucune prise en compte, donc, des remarques des commissaires – concernant les hauteurs des constructions dans ce site «de petites collines et de végétation riche», l’indice d’utilisation du sol et le parking.

Nouvelle péripétie: avant que les élus ne se prononcent sur ce PPA – ce qu’ils feront mercredi prochain –, une séance d’information publique a eu lieu la semaine dernière, pour découvrir «un village urbain qui s’intègre harmonieusement dans le paysage et de façon durable».

«Le projet représente l’aboutissement de neuf ans de travail minutieux réalisé en étroite collaboration avec les services cantonaux et la Section vaudoise de Patrimoine suisse»

Les images de synthèse promettent un quartier idyllique: de petits bâtiments aux grandes baies vitrées, en ossature bois, se déclinent à la façon d’un petit village, entourés de potagers, de prairies, de ruches et de moutons. Une maquette montre 25 unités de trois étages. «Il s’agit de villas urbaines, une sorte d’hybride entre immeuble et villa, caractéristique des années 30 à Lausanne, mais qui ont été réadaptées pour cet endroit, à la limite entre le bâti de la commune et la nature», explique Manuel Bieler, l’architecte auteur de ce projet, de Localarchitecture.

Les propriétaires des parcelles (la famille Guisan, dont la maison appelée La Clé de sol est aussi érigée dans ce périmètre et a été louée dans nombre de publications pour sa valeur écologique) ont invité huit bureaux d’architectes à préparer un projet sur la base du PPA prévu; quatre finalistes ont été retenus. Les voisins ont pu faire leurs remarques, qui ont été intégrées, jusqu’à choisir le projet de Manuel Bieler. «C’était le seul à respecter à 100% le PPA, dit Olivier Guisan. Notre maison a largement fait ses preuves. Nous voulions pouvoir, pour ce quartier aussi, suivre une ligne de conduite très écologique – avec notamment la reprise du solaire passif et actif ou le respect du cycle de l’eau. Avoir payé des professionnels pour un mandat d’études parallèles avec un cahier des charges très précis nous permet de rester maîtres du projet.» Les réticences des élus? «Leurs arguments sont sujets à caution: par exemple, ils sont obnubilés par les toits plats végétalisés alors que les maisons déjà construites alentour sont à toits à pans.» Manuel Bieler répond à la critique d’accessibilité et de manque de places de parking (entre 39 et 49 selon le PPA, pour une centaine d’habitants): «On ne peut pas imposer à la collectivité de parquer devant sa porte. C’est déjà le cas dans des centres-villes. De même, dans ce projet, après avoir laissé sa voiture il faut marcher jusqu’à sa maison.»

Un engagement oral

Des élus sont «très fâchés» de cette «tentative de passage en force». «Politiquement, ils se tirent une balle dans le pied», dit l’un d’eux. «Nous avons au contraire tenté de bien faire, répond François Guisan, l’un des fils de la famille, et responsable du développement durable au sein d’Implenia, l’entreprise à laquelle les Guisan ont promis-vendu ces parcelles. Nous n’avons pas réfléchi en termes de timing stratégique: nous donnons simplement une image.»

Justement: le Conseil votera sur un PPA (qui fixe des volumes) et non sur ce projet particulier. Quelles garanties que ce dernier soit réalisé? «Nous donnons notre parole», répond François Guisan. «Pourquoi auraient-ils dépensé autant d’argent sinon? avance Manuel Bieler. Tester le PPA à travers un projet possible est une démarche intelligente pour mieux le comprendre et rassurer.»

Les élus auront-ils été séduits ou suivront-ils la majorité de la commission? Réponse mercredi. D’ici là, Antoine Guisan, autre fils de la famille et biologiste, avertit: «Il y a urgence pour la planète de construire ce type de projets. Ce serait une occasion manquée si nous ne pouvions le réaliser et serions réduits à vendre à d’autres.» (24 heures)

Créé: 14.03.2018, 06h45

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