Malmenées par l’hiver, les forêts réclament des soins

IntempériesLes forestiers œuvrent sans répit pour extraire les troncs couchés par les intempéries de janvier. Reportage à Ollon.

A Ollon, les intempéries ont abattu 3000 m3 de bois. Soit près de 70% du volume que la Commune est autorisée à couper annuellement.

A Ollon, les intempéries ont abattu 3000 m3 de bois. Soit près de 70% du volume que la Commune est autorisée à couper annuellement. Image: Patrick Martin

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Les billes de bois sont alignées en rangs serrés le long du chemin Neuf, sur les hauts d’Ollon. En contrebas de la route forestière, une impressionnante cicatrice barre la forêt. Les bourrasques et les pluies diluviennes d’Eleanor, les 3 et 4 janvier, puis les forts vents qui ont sévi durant les deux week-ends suivants ont laissé de profondes traces dans la région. «Au total, 3000 m3 de bois ont été abattus cet hiver dans nos forêts», estime Jean-Marc Mathys, garde forestier d’Ollon. Soit près de 70% du volume que cette commune, la plus touchée dans les Alpes vaudoises, est autorisée à couper annuellement.

Depuis, les forestiers communaux ont œuvré sans répit, totalisant à ce jour plus de 2760 heures de travail. Dans un premier temps en urgence, pour sécuriser maisons, lignes électriques et voies d’accès. Comme sur la route entre Huémoz et Panex, emportée le 2 janvier par un glissement de terrain.

La menace du bostryche

La météo redevenue plus clémente, les bûcherons peuvent désormais s’employer à soigner les forêts. Il y a urgence: ce début de printemps chaud et sec fait craindre la prolifération du bos­tryche, et plus précisément du typographe. «Il s’attaque principalement aux épicéas, explique Jean-Marc Mathys. Avec les températures actuelles, il peut produire jusqu’à quatre générations. En plus, les forêts sont affaiblies par les dégâts causés par les intempéries, ce qui facilite la multiplication de cet insecte.»

Pour y remédier, les bûcherons doivent extraire les chablis (les bois endommagés par les intempéries) «ou alors écorcer ou entailler à la tronçonneuse les troncs qui restent sur place», précise le garde forestier. Un travail de titan lorsque l’on sait que la commune compte plus de 2800 hectares de forêt (dont 1500 appartiennent au Canton et à des privés), soit trois fois la superficie du lac de Joux.

Face à l’ampleur de la tâche, les douze employés du service communal n’y suffisent pas et les autorités ont dû faire appel à des entreprises externes. Une guigne pour les collectivités qui paieront la note. Une aubaine pour les privés? «Pour nous, c’est effectivement 50% de travail en plus, commente Sylvain Buri, à Ollon. J’ai dû engager deux employés bien plus tôt que les autres années pour répondre à la demande. Mais ça ne signifie pas forcément 50% de revenus en plus: il ne sera pas forcément évident de valoriser ce bois à son juste prix. Le volume abattu a été mal estimé dans certaines régions et le marché est saturé.» Pour les propriétaires, la facture sera donc d’autant plus salée. «Les troncs sont tordus ou brisés; on peut tout juste en faire des plaquettes», décrit Alain Dériaz, municipal à Ollon.

Les travaux se poursuivront vraisemblablement jusqu’à l’automne. «Avec le risque que nous découvrions de nouvelles surprises dans les secteurs encore inaccessibles en raison de la neige», poursuit le garde forestier. Il faudra donc patienter pour connaître le montant exact de la facture. Mais Alain Dériaz estime qu’elle devrait avoisiner le million de francs. «Ce montant comprend la remise en état des routes endommagées par les intempéries. Un préavis sera présenté au Conseil communal cet automne.»

Les propriétaires les plus touchés (principalement les communes, qui détiennent deux tiers des forêts vaudoises) devraient pouvoir obtenir l’aide financière de l’État. «Les intempéries de janvier ont principalement sévi dans trois régions: les Alpes vaudoises, les environs d’Avenches et de Vallorbe, résume Jean-François Métraux, inspecteur cantonal des forêts. Les dégâts sont importants dans ces secteurs, mais on retrouve un volume de chablis de 50 000 m3 sur l’entier du canton, sur une exploitation annuelle moyenne de 400 000 à 450 000 m3. Soit un tout petit peu plus que les 10% de chablis qu’on observe en moyenne. Les moyens financiers disponibles seront suffisants pour faire face à ces travaux.» (24 heures)

Créé: 05.05.2018, 15h56

Une mosaïque de dégâts

Imprévisibles. C’est l’adjectif que les forestiers de la région utilisent pour décrire les dégâts causés par les intempéries de cet hiver. «Sur les 1500 hectares de forêt que nous possédons, environ 1000 sont touchés, estime Jean-Marc Mathys, garde forestier à Ollon. On se retrouve face à une multitude de petites poches de dégâts sur lesquelles il faut intervenir avec des moyens identiques à ceux déployés pour une grosse coupe de bois. Ce qui va contribuer à faire exploser la facture.»

Le constat est le même dans les autres communes de la région, quand bien même elles ont été moins durement touchées. Aux Ormonts, 1000 à 1500 m3 de bois ont été fauchés. «Environ 10% du volume que nous pouvons exploiter, précise Patrick Limat, responsable du triage des Diablerets. Leysin et Ormont-Dessous ont été plus touchées qu’Ormont-Dessus. On constate qu’au-dessus de 1600 m, la neige a permis de limiter la casse.

À Bex et à Lavey-Morcles, on dénombre 500 m3 de chablis, disséminés sur les 3000 hectares de forêts que ces deux communes ainsi que la Confédération possèdent là. «Nous avons été peu impactés: en janvier, ce sont des vents d’ouest qui ont frappé. En général, c’est plutôt le foehn qui fait des dégâts chez nous», observe Jean-François Rochat, chef du service bellerin des forêts.

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