Le «marché du siècle» tarde, Bombardier est au chômage

VilleneuveL’entreprise ne pourra pas réaliser la commande à 2 milliards de francs des CFF avant 2014. Elle compte sur son nouveau projet Metrixx pour faire le joint.

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

«C’est complètement paradoxal: dès 2014, nous aurons du travail plein les bras durant vingt ans, avec des effectifs augmentés, alors que nous subissons actuellement du chômage technique. Et cela pour neuf mois encore», explique Ronny Van Laere, directeur de Bombardier à Villeneuve. La filiale vaudoise de la multinationale canadienne vit une situation étrange et préoccupante.

En 2010, elle a gagné le «marché du siècle» avec le projet Twindexx, un contrat à 2 milliards de francs pour la construction d’une nouvelle génération de 59 trains à deux étages qui rouleront sur les grandes lignes des CFF. Cette commande pourrait même rapporter 3 milliards de plus avec les options. Et ces rames dernier cri sont en mesure de révolutionner dans un second temps l’exploitation ferroviaire en Europe. Villeneuve devrait ainsi devenir pour Bombardier ce que Toulouse représente pour Airbus. Toutes proportions gardées, un pôle de haute technologie est en gestation au bout du lac.

Employés désœuvrés

Mais la commande Twindexx a pris vingt-quatre mois de retard, notamment en raison de procédures menées jusqu’au Tribunal fédéral par des associations de défense des personnes handicapées. Elles réclament un meilleur accès au deuxième étage des nouveaux trains. Ce qui contraint Bombardier à mettre 70 de ses 200 collaborateurs au chômage technique. Et cela avec le risque de perdre des compétences vitales pour la réalisation du Twindexx et pour le développement du pôle ferroviaire romand en devenir, où 20 millions de francs seront investis dans la construction d’infrastructures. «Certains de nos employés très qualifiés payés à 80% pourraient être tentés de partir, s’inquiète Ronny Van Laere. C’est pourquoi nous en avons placé dans d’autres sociétés, CFF ou Modena, tout en continuant à les payer à 100%.»

Dans ce contexte, Bombardier a concentré tous ses efforts dans son projet Metrixx, soit la construction de 44 voitures (17 rames), répondant à l’appel d’offres de quatre compagnies régionales (Montreux-Oberland Bernois, Morges-Bière-Cossonay, Transports publics fribourgeois et Transports vallée de Joux - Yverdon - Sainte-Croix).

Pour ce contrat, Bombardier se trouve en concurrence avec l’alémanique Stadler. L’offre Metrixx pèse 160 millions de francs, sans les options. Mais la firme villeneuvoise entend bien entrer à terme sur le marché suisse du ferroviaire à voie métrique, que Ronny Van Laere évalue à près de 500 millions. Car nombre de «petites» compagnies de chemin de fer de ce pays vont devoir bientôt renouveler leur matériel roulant. Les quatre chemins de fer romands prendront leur décision le 23 janvier prochain.

«Pas de plan B pour l’heure»

Dans l’intervalle, Bombardier retient son souffle, vu que cette commande comblerait la rupture de charge actuelle de son usine. «Elle nous permettrait aussi de devenir un centre de compétences ferroviaires pour les grandes et les petites lignes, commente Ronny Van Laere. Il y a là des enjeux financiers, sur le plan de l’emploi, mais aussi affectif.» Un retour sur le marché métrique permettrait en effet à Bombardier de prolonger la continuité historique des Ateliers mécaniques de Vevey, dont une centaine d’anciens employés travaillent aujourd’hui à Villeneuve.

Pour sa part, le Conseil d’Etat soutient pleinement Bombardier. Mais il se défend d’intervenir maintenant. Nuria Gorrite, cheffe du Département des infrastructures: «L’appel d’offres a été lancé par la Compagnie Morges-Bière-Cossonay. Nous n’avons donc aucune prise sur l’attribution de cette commande, qui relève de la loi sur les marchés publics. Nous ne pouvons qu’espérer que Bombardier sera concurrentiel. Nous restons en contact permanent avec sa direction. Pour favoriser des collaborations avec d’autres entreprises et maintenir les compétences à Villeneuve. Il est prématuré d’imaginer un plan B. Si la commande échappait à Bombardier, nous serions là pour aider l’entreprise à se placer sur d’autres marchés.»

Créé: 22.12.2012, 09h24

«Une entreprise vitale pour l’industrie»

Philippe Leuba, l’Etat est-il conscient de l’aspect stratégique de l’offre Metrixx proposée par Bombardier pour quatre compagnies ferroviaires romandes?
Nous en sommes parfaitement conscients. Le 27 novembre, nous avons rencontré la direction de Bombardier à Villeneuve avec Nuria Gorrite, cheffe du Département des infrastructures. Nous œuvrons de pair et dans la continuité du travail effectué par notre ancien collègue, Jean-Claude Mermoud, qui s’était battu pour que Bombardier obtienne «le contrat du siècle», à 2 milliards de francs, auprès des CFF.

Comment percevez-vous le rôle de Bombardier à Villeneuve dans l’économie vaudoise?
C’est une entreprise qui booste le secteur industriel dans toute la Suisse romande. Elle bénéficie de l’appui total du Conseil d’Etat. Même si, pour l’heure, nous avons des moyens limités, nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour atténuer la rupture de charge que Bombardier subit actuellement. Comme nous l’avons d’ailleurs fait pour sauvegarder des emplois au sein de Novartis, aux IRL ou encore chez Bobst. A nos yeux, cette entreprise doit prendre sa place sur le marché ferroviaire métrique suisse, aux côtés de l’alémanique Stadler. C’est aussi dans l’intérêt du pays de posséder un double savoir-faire dans ce domaine. En outre, avec Pierre-Yves Maillard, président du Conseil d’Etat, nous avons reçu l’ambassadrice canadienne en Suisse pour évoquer le dossier de cette multinationale québécoise.

L’offre Metrixx permettrait donc de raffermir le tissu industriel dans l’économie vaudoise, dont on dit qu’elle est trop orientée vers le secteur tertiaire?
C’est exactement ça. Dans notre programme de législature, nous avons prévu de renforcer la place industrielle vaudoise. Et notamment dans le domaine des transports publics. Il y a là un marché d’avenir en plein boom avec le développement des trains ou autres trams.

Que se passerait-il, à votre sens, si Bombardier se faisait supplanter par Stadler pour cette commande?
Ce serait très dommageable pour Bombardier, qui risque effectivement de voir partir des collaborateurs compétents. Pour notre part, nous devrions alors plancher sur d’autres solutions pour maintenir le savoir-faire de cette entreprise en génie ferroviaire dans notre canton.
C.B.

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.