Le moteur des Alpes vaudoises tourne à plein régime

PortraitSyndic, directeur des remontées mécaniques, défenseur des intérêts touristiques de la région, Jean-Marc Udriot est sur tous les fronts.

Image: Chantal Dervey

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Décrocher cette interview avec Jean-Marc Udriot n’a pas été une mince affaire. Un petit coup d’œil à l’agenda du Leysenoud rappelle qu’il serait déplacé de lui en tenir rigueur: l’homme multiplie les postes à responsabilité. En ces derniers jours de 2017, le directeur des remontées mécaniques de Leysin et des Mosses doit s’assurer que tout roule sur son domaine skiable. Le syndic veille avec rigueur à la marche de sa Commune. Le président de la Communauté d’intérêt touristique des Alpes vaudoises poursuit son travail pour cimenter une région qui marchait en rangs dispersés il y a peu.

Ces multiples casquettes lui laissent peu de temps pour sa vie privée. «Ce n’est pas un hasard si mon premier mariage a pris l’eau. J’essaie de ne pas commettre les mêmes erreurs avec Florence, ma compagne. Pour la première fois, j’ai posé deux semaines de vacances sans attendre le calendrier des comités où je siège. J’ai 54 ans; je suis plus près de la caisse en bois que de l’école de recrues. Depuis deux ou trois ans, j’ai envie de me ménager et d’être en bonne santé pour les gens qui m’aiment et que j’aime.»

Un drame familial, vécu en 2015, le pousse peut-être à plus de sagesse: «Mon père s’est suicidé à l’âge de 83 ans. Il ne nous a rien dit, mais je pense qu’il ne supportait pas de se voir décliner et craignait devenir un poids pour ses proches.»

Envie de voyages

Ce père, «grand travailleur, plus convivial et relationnel en public qu’avec sa famille», agriculteur à Choëx (VS) et employé d’équipe chez Ciba-Geigy, a donné la pichenette qui a propulsé Jean-Marc Udriot vers le tourisme. «J’étais un vrai brise-fer. J’ai tenté de faire un apprentissage de laborantin à la Ciba mais les fioles me pétaient dans les doigts. J’ai essayé chez les CFF, ça ne m’a pas plu.»

Un jour de 1977, son père lui tend un billet de train: «Il m’a dit: «Tu vas aller travailler dans un tea-room à Rüti pour apprendre l’allemand!» J’avais quatorze ans, je n’avais jamais pris le train seul. À la gare de Lausanne, je me suis dit: «C’est grand!» Arrivé à la gare de Zurich, bonne nuit!»

Ces semaines vont tracer une bonne part de l’avenir et de la personnalité du bonhomme. «Je dis merci à mon père pour ça. En rentrant, j’ai su que je voulais faire un apprentissage de cuisinier. Mon père m’a dit: «C’est bien: tu auras toujours un toit et à manger.» C’est aussi cette expérience qui m’a donné le goût du voyage.» Cette envie de voir le monde le pousse à entrer à l’École hôtelière de Genève. «J’ai d’abord été engagé à Leysin comme directeur adjoint du Holiday Inn.»

La carrière rêvée de baroudeur s’annonce bien: l’entreprise l’envoie à Londres puis lui propose un contrat à Abou-Dabi. «En 1991. Je venais de me marier, ma femme ne pouvait pas me rejoindre. À la même époque, André Hefti, directeur de l’Office du tourisme de Leysin, m’a appelé pour me proposer de reprendre le Parc hôtel de Leysin, sur le point de fermer. J’ai dû faire un choix. J’ai su à ce moment-là que je ne repartirais plus de Leysin.»

Depuis, le Valaisan expatrié de l’autre côté du Rhône n’a eu de cesse d’œuvrer pour «son» Chablais. Il reprend avec son épouse d’alors la gestion du Classic et du Central Residence à Leysin, puis du Grand Hôtel des Diablerets. Parallèlement, c’est l’entrée en politique. Il préside durant quatre ans le Parti libéral local. En 2002, il accède à la Municipalité et quatre ans plus tard, à la syndicature. «Je me suis présenté à la Muni parce qu’à l’époque, il n’y avait pas de dicastère dédié au tourisme. J’ai obtenu en plus les sports et les alpages.» En 2011, il quitte l’hôtellerie pour reprendre la direction de Télé-Leysin dont il est administrateur depuis 1993, en plein processus de fusion avec les remontées mécaniques des Mosses-La Lécherette.

Accro au pouvoir?

À Leysin, il est devenu inévitable, sorte de «monarque» omniprésent. Ce trait n’échappe pas à ses détracteurs. «Certains l’utilisent contre moi. Quand j’ai pris la direction des remontées mécaniques, je savais que je jouais mon poste de syndic. Mais les urnes m’ont donné raison: j’ai été élu au premier tour, derrière mon collègue Richard Calderini. Il a systématiquement vingt voix de plus. Je ne sais pas où il va les chercher!» rigole le syndic. Jean-Marc Udriot serait-il accro au pouvoir? «Je me pose souvent la question. Je ne crois pas. Plus les années passent, plus je me rends compte qu’en tant que syndic, je peux agir pour mes concitoyens et que je n’ai pas besoin d’imposer pour convaincre.»

Son imposante carrure et son assurance accentuent inévitablement une autorité acquise avec ses galons de lieutenant-colonel. L’apparente force tranquille cède le pas, à l’occasion, à un violent coup de gueule. «Je suis quelqu’un de très transparent. Vous pouvez me reprocher de m’être planté, mais pas d’avoir caché la vérité. Du coup, je supporte très mal les personnes qui ne font pas preuve de loyauté. Je peux avoir des paroles qui dépassent ma pensée. C’est mon grand défaut.»

Mais c’est surtout sa capacité à fédérer que relève son collègue Pierre Besson: «Il pense Alpes vaudoises avant de penser Leysin. Il parvient à réunir des milieux aux intérêts divers autour d’une table. Et s’il se trompe, il a la franchise de l’admettre», salue le directeur de Télé-Villars-Gryon-Les Diablerets.

Un exemple? Jean-Marc Udriot a milité contre la mise en place du forfait ski à prix cassé Magic Pass. «Je pensais qu’on allait dans le mur. Mais j’ai aussi réalisé que c’est toute l’unité des Alpes vaudoises qui allait exploser si chacun partait dans sa direction.» Le Leysenoud se dit formaté par l’armée, sur ce plan: «On fait une appréciation de situation; si on s’est trompé, on réévalue. À l’armée, j’ai appris à commander, mais aussi à travailler en équipe. Par mes différentes fonctions, j’ai une vision globale des préoccupations et je vois bien qu’il n’y a qu’en dialoguant qu’on peut arriver à une solution.» (24 heures)

Créé: 09.01.2018, 07h52

Bio

1963 Naissance, le 5 novembre, à Monthey, de parents agriculteurs. Il est le 2e de trois frères.
1977 Job d’été dans un tea-room de Rüti, près de Zurich.
1983 Décès d’Henri, son frère aîné, dans un accident de voiture. Sa femme accouche quelques semaines plus tard de son enfant, Samuel, «un neveu magnifique».
1991 «Une belle période», marquée par le retour à Leysin. 1993 Rencontre avec Pierre Schwitzguébel, alors directeur de l’Office du tourisme de Lausanne. «Il m’a appris à avoir de l’ambition et à croire en ce que je faisais.»
2002 Entrée à la Municipalité de Leysin; syndic dès 2006.
2005 S’installe avec Florence, sa compagne.
2011 Nommé directeur de TLML SA.

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