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Le Musée suisse du jeu ne sert pas qu’à s’amuser

A force de collectionner les pièces à forte dimension culturelle et historique, l’institution, qui fête ses 30 ans, est devenue un centre de compétence international.

Ulrich Schädler manipule une table de jeu, ancêtre du backgammon, créée en Perse il y a 4000?ans.
Ulrich Schädler manipule une table de jeu, ancêtre du backgammon, créée en Perse il y a 4000?ans.
FLORIAN CELLA
La même plateau en pierre en gros plan.
La même plateau en pierre en gros plan.
FLORIAN CELLA
Des cartes à jouer étaient utilisées comme cartes postales ou reçus de factures...
Des cartes à jouer étaient utilisées comme cartes postales ou reçus de factures...
FLORIAN CELLA
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Ici, le jeu de tarot personnel de Johann Strauss, avec lequel le compositeur autrichien a sans doute joué en compagnie de l’impératrice Sissi. Là, une table de backgammon créée en Perse 2000 ans avant Jésus-Christ indiquant, entre autres, que ce jeu est bien antérieur à l’ère romaine. Et, tout près, un puzzle français du XVIIIe siècle représentant une carte de l’Europe sous forme de caricature des perceptions géopolitiques dans l’Hexagone à l’époque.

Tous ces objets révèlent leur lot d’informations sur une période donnée. Ils font partie des 10'000 pièces rassemblées au fil du temps par le Musée suisse du jeu à La Tour-de-Peilz, qui fête ses 30 ans. «Le domaine du jeu étant vaste, nous avons pris le parti dès le départ de ne prendre que les objets à forte dimension historique ou artistique, explique Ulrich Schädler, directeur. Mais ils proviennent de tous les temps et de la planète entière.»

Une demande de Bruxelles

Grâce à cette précieuse collection, formée via des acquisitions, des dons de particuliers ou même de collectionneurs, l’institution boélande est devenue un centre de compétence international unique en matière d’histoire culturelle des jeux. Si elle ne constitue nulle part dans le monde une discipline universitaire, elle recouvre des branches aussi diverses que la politique, l’histoire, l’archéologie, l’économie, la psychologie ou encore le droit. «On associe souvent à tort le jeu à l’enfance. Or le jeu accompagne l’être humain de sa naissance à sa mort, commente Ulrich Schädler. Nous ne sommes pas un musée du jouet ni un parc d’attractions.»

Des institutions renommées sur tout le continent en sont convaincues. Récemment, la Maison de l’histoire européenne du Parlement de l’UE à Bruxelles a eu recours à l’expertise du musée de La Tour-de-Peilz en lui demandant un rapport sur les échanges internationaux au travers du jeu. «Le jeu est souvent une affaire très sérieuse, glisse Ulrich Schädler. Le siège de Séville en 1078 a été réglé sans effusion de sang grâce à une partie d’échecs jouée entre le roi d’Espagne Alfonso VI et le vizir Ibn Ammar. Ce cas est emblématique, mais les exemples dans l’histoire ne manquent pas.»

Depuis quelque temps, le musée de La Tour-de-Peilz doit répondre à un nombre croissant de questions émanant de musées, de bibliothèques, de ludothèques, de Paris à Nuremberg en passant par Genève: quels jeux pratiquait-on à l’époque de Napoléon? Et dans l’Antiquité? Comment est né le bilboquet? Le jeu est-il dangereux?

«On nous demande aussi fréquemment d’identifier des jeux ou de donner des indications bibliographiques, ajoute Ulrich Schädler. Tout cela implique un gros travail de recherche, auquel nous nous livrons volontiers.» Pour autant, et avec son petit budget de 1,1 million de francs (dont deux tiers de revenus propres et un tiers de subventions), le Musée suisse du jeu n’a pas perdu ses vocations premières. Il continue à enrichir et à conserver soigneusement sa collection, tout en acquérant de nouvelles compétences autour du jeu.

Baisse de fréquentation

Paradoxalement, si sa renommée internationale s’étend, l’institution a connu une baisse de fréquentation ces dernières années, de 20'000 à 17'000 visiteurs. «Elle semble due à la diminution dans la région du nombre de touristes européens, davantage friands de musées que les Asiatiques qui débarquent en force, estime Ulrich Schädler. Nous subissons aussi la concurrence des nouveaux musées créés récemment sur la Riviera, comme le Nest ou Chaplin’s World.»

L’institution souffre encore d’une exposition permanente vieillissante. Celle-ci est actuellement en reconstruction, avant le renouvellement de la scénographie, attendu pour 2020: «Parmi les cinq scénographes suisses et italiens à qui nous avons demandé d’élaborer un nouveau concept, nous avons retenu le projet d’un Italien, qui permettra de mieux mettre en scène notre collection tout en la rendant interactive.» Mais, auparavant, il faudra que le château de La Tour-de-Peilz, qui abrite le musée, soit rénové. Ce qui est prévu dès l’an prochain.

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