Les narcisses ont reculé de plus de 40% en vingt ans

MontreuxLa commune est la première à disposer d’un point de comparaison après un premier inventaire en 1997. Le constat est cruel.

Le constat du recul des narcisses dans les champs des hauts de Montreux - ici le Vallon de Villard - relève de l'évidence pour les locaux. Désormais, des chiffres en attestent.

Le constat du recul des narcisses dans les champs des hauts de Montreux - ici le Vallon de Villard - relève de l'évidence pour les locaux. Désormais, des chiffres en attestent. Image: Florian Cella

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Jusqu’ici, il y avait les témoignages directs d’agriculteurs des hauts de Montreux, les cartes postales jaunies d’antan ou encore les images d’archives de la TSR pour se faire une vague idée du recul des narcisses dans les Préalpes vaudoises. Un travail d’étudiants de l’UNIL avait aussi tenté en 2002 d’imaginer une répartition plausible des narcisses dans les années 1960 sur la base de sources diverses. Il concluait à une baisse massive entre 1960 et 2000. Mais jamais de chiffres clairs n’ont permis de quantifier le recul évident de la «neige de mai», dont la cueillette est inscrite au patrimoine immatériel vaudois. Jusqu’à aujourd’hui.

Le travail de cartographie du narcisse lancé par le Parc naturel Gruyère - Pays-d’Enhaut ( lire ci-contre), et dont fait partie Montreux, est en effet achevé après plus d’une année de travail répartie sur deux printemps (2016-2017). Pour la cité de la Riviera, ce recensement est doublement instructif. Elle est en effet la seule à disposer d’une première base de données établie en 1997 (sur Montreux, mais aussi Blonay et Saint-Légier une année plus tard), et donc à disposer d’un point de comparaison statistique.

«Dessine-moi un narcisse», film de la commune de Montreux (TEENERGY)

L’analyse des résultats est sans équivoque: selon une première estimation, le recul sur vingt ans s’élève à plus de 40% sur les 270 hectares passés au crible par le bureau d’études et conseils en environnement Hintermann & Weber, qui a mené les deux études à deux décennies d’écart. «Et ce en dépit des nombreux efforts consentis pour freiner cette érosion», ajoute Alain Stuber, du bureau montreusien. Les principales menaces pesant sur les narcisses sont liées à l’agriculture: une période de fauche trop précoce et le piétinement des bulbes par les bêtes. S’y ajoutent un trop grand reboisement de certaines parcelles et une urbanisation intense des secteurs concernés.

De grosses différences apparaissent dans le déclin selon les secteurs passés au peigne fin. Alain Stuber précise en outre qu’une marge d’erreur non négligeable ne peut être exclue compte tenu d’évolutions notables dans la méthode de travail, notamment grâce aux nouveaux outils technologiques.

Il n’empêche, de là à dire que la diminution est probablement bien plus élevée si l’on remonte à l’âge d’or de la première moitié du XXe siècle, il n’y a qu’un pas. C’était l’époque où plusieurs tonnes de narcisses partaient par courrier postal en Suisse et dans le monde. Et où la Fête des narcisses et ses chars fleuris dans les rues de Montreux étaient connus loin à la ronde (avant de disparaître en 1957, si l’on excepte une résurrection en 2015). L’édition de 1954 fit même l’objet de la première retransmission en Eurovision.

«Le verre à moitié plein»

Derrière ces statistiques peu réjouissantes, Alain Stuber entrevoit malgré tout quelques lueurs: «Le recensement a montré qu’un certain nombre d’hectares à narcisses sont apparus là où ils n’existaient pas il y a vingt ans. Notons aussi que nous avons consolidé la préservation d’une septantaine d’hectares à travers les conventions avec les agriculteurs. Cela montre que le recul serait bien plus rude encore sans tout le travail entrepris.»

Ce dernier a notamment pris la forme de conventions passées avec la quasi-totalité des agriculteurs des hauts de Montreux. Ces derniers s’y engagent à ne faucher qu’après la floraison et à limiter le pâturage des bêtes dans certains secteurs. En guise d’encouragement, la Commune de Montreux y est allée de son propre fonds. Il s’ajoute aux aides agricoles directes du Canton et aux actions de l’Association Narcisses Riviera.

Ce travail doit continuer, selon Alain Stuber. Qui entrevoit déjà la suite: «L’objectif est de réunir quelque 30 000 fr. pour lancer le même travail de cartographie sur Blonay et Saint-Légier l’an prochain. Sur Montreux, il y aurait lieu de se concentrer sur certaines anciennes prairies à narcisses proches de sentiers pédestres et colonisées par la forêt. En les déboisant un peu, il serait possible de favoriser le retour des narcisses dans des lieux où ils sont visibles par le public.» (24 heures)

Créé: 12.10.2017, 07h26

Un inventaire bicantonal

Entre 2016 et 2017, l’opération de cartographie des narcisses s’est étendue à tout le périmètre du Parc naturel Gruyère - Pays-d’Enhaut, commanditaire de l’étude. Outre le territoire de Montreux, il est question du Pays-d’Enhaut et des vallées de la Jogne et de l’Intyamon. Soit en tout quelque 1200 hectares auscultés. Hormis Montreux, où le travail a été confié au bureau Hintermann & Weber ( lire ci-dessus), l’inventaire des fleurs a été confié essentiellement à une dizaine de bénévoles recrutés via un appel dans le Journal du Pays-d’Enhaut en 2016 et encadrés par les porteurs du projet. Ceux-ci ont sillonné différents secteurs et annoté chaque zone sur leur carte papier ou leur tablette en lui attribuant une note de 0 (pas de narcisse) à 5 (narcisses serrés). «L’analyse des résultats est encore en cours, avec, à terme, un rapport final», explique François Margot, coordinateur du parc naturel. Cette synthèse permettra d’évaluer plus précisément la diminution des champs de «neige de mai», de cibler les zones où leur présence est la plus menacée et d’impliquer les exploitants agricoles.

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