L’orge pousse à nouveau au val d’Illiez

Troistorrents (VS)Des céréales ont été plantées au village. Une action symbolique pour maintenir ce patrimoine.

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Cet automne, Troistorrents vivra sa première moisson céréalière depuis de nombreuses années. «Sans doute depuis 1949, année de la dernière mouture effectuée aux Moulins de la Tine», précise Henri Moret, ex-président de l’association qui met en valeur ce site patrimonial. Jeudi, à l’initiative de Fabienne Berthoud, un terrain communal attenant à l’EMS Les Trois Sapins et situé à 775 m d’altitude a été labouré. De l’orge et du froment ont été semés avec l’aide de résidents du home et d’enfants de la commune. Du millet viendra s’y ajouter en mai. La fleuriste et fille d’agriculteur n’a pas choisi ces céréales au hasard. «L’orge est une variété indigène, retrouvée chez un habitant qui en fait pousser chaque année dans son jardin, raconte Fabienne Berthoud. Le blé (ndlr: qui ne pourra être semé qu’à l’automne) est également local.» Quant au millet, c’est pour faire honneur au sobriquet des habitants de Troistorrents – les Chorgues – qu’il a été choisi. C’est un billet publié dans le journal «Le Rhône», expliquant l’origine de ce mot, qui a déclenché cette renaissance céréalière (lire ci-contre). «Il semble qu’il y ait plusieurs explications, relève son auteur, Michel Hehlen, président de l’Association pour la sauvegarde du four banal de Collaire. L’une serait que «chorgue» soit apparenté au mot «sorgo» ou «sorgho», donc au millet, qui aurait été cultivé ici.»

Vastes champs d’antan

Photos anciennes à l’appui, Fabienne Berthoud confirme en tout cas que la commune comptait encore de vastes champs de céréales au début du XXe siècle. Ces recherches lui ont également appris que l’orge poussait dans la vallée déjà vers 1600. Mais, comme dans la plupart des vallées alpines, cette culture a migré vers la plaine après la guerre. «C’est l’économie qui dicte le type d’agriculture vers lequel s’oriente un producteur, relève Cédric Chezeaux. En montagne, les surfaces souvent trop limitées, et le coût trop élevé des machines nécessaires, notamment à la moisson, rendent la culture céréalière difficilement rentable.» Le paysan de Juriens, au pied du Jura et à 800 m d’altitude, a pourtant fait le pari d’abandonner progressivement l’élevage bovin au profit de la céréale et de l’activité de minoterie. Et promeut désormais la mouture de céréales sur les exploitations. «Il existe aujourd’hui des moulins adaptés à la taille d’une ferme. Parce que faire pousser du grain, c’est bien, mais encore faut-il pouvoir le transformer.» Troistorrents est largement équipé pour ce faire, puisque ses anciens Moulins de la Tine ont été réhabilités et ont rouvert au public en 1997. Pour leur ex-président, Henri Moret, cette semence est un rêve qui se réalise. «On pourra enfin recréer le processus en entier, de la graine au pain.» Et, après la rénovation du four de Collaire, le deuxième four banal de la commune sera également restauré. Cédric Chezeaux salue l’initiative valaisanne. «Le côté didactique de la démarche est intéressant. Cette culture ayant quasi disparu, on est en train de perdre un savoir. Par exemple, on ne sait plus quelles variétés sont adaptées aux régions de montagne. Il faut des céréales qui possèdent un cycle rapide pour arriver à maturité dans ces zones où l’hiver est long.» L’agriculteur se dit «très curieux» de découvrir le pain qui sera fabriqué à partie de cet orge, «habituellement plutôt réservé à l’alimentation du bétail». Fabienne Berthoud avertit toutefois: il faudra attendre au moins 2020 pour goûter à la première fournée. Limitée à un petit terrain et éphémère, l’initiative donnera-t-elle des idées à des agriculteurs de la vallée? «Ce n’est pas le but de l’association que nous sommes en train de créer, Au-Delà du grain, répond Fabienne Berthoud. Mais pourquoi pas?» Michel Hehlen en doute toutefois: «C’est une activité qui reste chère et peu rentable.» (24 heures)

Créé: 28.04.2018, 09h07

Mais d’où viennent les «Chorgues»?

Le «chorgain» serait un homme méprisable. C’est en tout cas l’une des étymologies que l’on prête au sobriquet des habitants de Troistorrents.
Il en existe toutefois deux autres, un peu plus flatteuses pour ces derniers. «Une autre explication que j’ai découverte au fil de mes recherches est que ce mot dériverait de la «chôrga», une sauterelle aux ailes rouges, relève Fabienne Berthoud. Les femmes de la vallée portaient autrefois une robe noire et un foulard rouge qui pouvait rappeler les ailes de cet insecte.» La troisième hypothèse ferait des indigènes des planteurs et des marchands de millet. «Chorgue pourrait dériver d’un mot celte qui désignait le millet (ndlr: ou le seigle selon d’autres sources), explique Michel Hehlen, président de l’Association pour la sauvegarde du four banal
de Collaire. Le sorgho est d’ailleurs apparenté au millet.» Des études archéologiques semblent confirmer cette hypothèse: elles démontrent la présence de millet aux abords des Moulins de la Tine. «Et des sources indiquent qu’on aurait cultivé cette céréale jusque sur le plateau de Champeronne, à l’entrée de Morgins (ndlr: à 1200 m d’altitude).»

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