Willy Favre s’offre l’argent et prend sa revanche

Jeux olympiques de 1968Repêché in extremis pour les Jeux de Grenoble, Willy Favre termine 2e au géant. 50 ans après, une statue lui a été dédiée aux Diablerets.

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En ce mardi 13 février, les titres des quotidiens romands sont déchirés entre l’inquiétude suscitée par les bombardements américains au Vietnam et la liesse. Trois jours après le bronze décroché en descente par le Villardou Jean-Daniel Dätwyler, un autre Vaudois se glisse sur le podium en géant, l’Ormonan Willy Favre. Lundi, 50 ans jour pour jour après l’exploit, une statue a été installée devant l’Office du tourisme des Diablerets pour rendre hommage au champion décédé en 1986. Et 50 ans après la course, son épouse d’alors, Nicole Favre Pichard, raconte cette folle journée avec une émotion que les décennies n’ont pas émoussée. Ce 12 février 1968, elle suit depuis son chalet des Diablerets la course de son homme, en compagnie de ses beaux-parents, d’Anne-Lise, l’épouse de Jean-Daniel Dätwyler, du sauteur à skis Jacky Perreten ou encore «de mademoiselle Combremont, l’institutrice avec ses cheveux blancs et son chignon, qui ne voulait pas lâcher son petit Willy».

Sur le petit poste de TV, les skieurs se succèdent. «J’ai été crispée toute la course. La mère de Willy, superstitieuse, m’a dit: «Avec son dossard numéro 13, il va perdre.» Le déroulement de la course lui donne en partie raison. Le brouillard s’installe sur Chamrousse au moment où Willy s’élance. Le jeune homme, 24 ans à l’époque, est sous pression. Quatrième aux Jeux d’Innsbruck en 1964, l’Ormonan s’offre une dernière chance de décrocher une médaille olympique. La veille, il a réalisé une belle 2e place à la première manche, derrière le Français Jean-Claude Killy. «Willy n’a pas dormi de la nuit, se souvient Nicole. C’était la première fois qu’une épreuve olympique se disputait en deux manches, et sur deux jours. On se demande à quoi pensent les organisateurs!»

Mais, la rage au ventre, Willy Favre s’accroche lors de ce 2e géant olympique et maintient son 2e rang, à 2 secondes 21 de Killy. «À ce moment-là, les meilleurs étaient descendus; on savait qu’il allait obtenir la médaille d’argent. J’étais en duplex avec lui depuis chez moi. En franchissant la ligne d’arrivée, il m’a dit: «Ça, c’est fait.»

«Je n’irai pas à Grenoble!»

«Ça», c’est avant tout une revanche sur un cadre national qui n’a pas été tendre avec l’Ormonan. Quatrième à Innsbruck, donc, et 2e sur la mythique Streiff en géant en 1965, Willy Favre est pourtant exclu de la délégation olympique sur le départ pour Grenoble. Motif invoqué: l’entêté Welche a manqué le dernier entraînement. «Ça a été une énorme baffe. Il a vécu cette exclusion comme une profonde injustice. Il me disait souvent qu’il avait sacrifié sa jeunesse pour le ski, il avait renoncé à sortir le soir. Avant d’aller bosser (ndlr: Willy Favre était camionneur), il se levait à 5 h pour aller travailler et, le soir à 18 h, il montait trois fois à la course des Pierres Pointes pour redescendre à skis. Moi, je l’attendais au col du Pillon avec des serviettes et un training.»

Mais à quelques jours des Jeux, «le colonel Baumgartner, directeur de la Fédération suisse de ski, a appelé pour nous annoncer qu’il avait besoin de Willy. C’est moi qui ai décroché. Je me rappellerai toujours avoir entendu Willy hurler à travers le chalet: «Je n’irai pas, ils se foutent de ma gueule!» Nicole parvient à le convaincre. Elle fait bien. Le 12 février, Willy Favre décroche ce qui reste la dernière médaille olympique vaudoise en ski alpin. Frustré, l’Ormonan jettera malgré tout l’éponge, abandonnant la compétition quelques semaines plus tard en lançant: «Ça suffit, maintenant! Punkt. Schluss.»

Au lendemain de la course, les épouses des deux médaillés font leurs valises pour les rejoindre à Grenoble. Un voyage chargé d’émotions qui culmine avec le retour en train depuis Genève. Après une séance d’autographes à Lausanne, Willy Favre, Jean-Daniel Dätwyler et la Valaisanne Fernande Bochatay (décorée du bronze en slalom géant le 15 février) débarquent à Aigle sur un quai noir de monde. «Le retour aux Diablerets a été un moment particulièrement émouvant, se souvient Nicole. Tout le village était là. Pour nous deux, c’était la consécration de 15 ans d’efforts et de sacrifices.» (24 heures)

Créé: 12.02.2018, 19h17

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