Cet hiver en dents de scie qui paralyse les montagnes

Les DiableretsAux Diablerets, des dizaines de chalets menacés par les avalanches ont été évacués dimanche soir. Les Ormonans prennent leur mal en patience.

Roland Dorier, vivant dans le secteur du Lavanchy aux Diablerets, a passé la nuit à la Maison des Congrès.

Roland Dorier, vivant dans le secteur du Lavanchy aux Diablerets, a passé la nuit à la Maison des Congrès. Image: Odile Meylan

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Les lits de fortune alignés à la Maison des Congrès des Diablerets sont vides. Quelques personnes s’attardent pour profiter du déjeuner qui leur est servi sur place. «Un déjeuner copieux», salue Lise Aeberhard. Elle et son mari Rodolphe ont dû quitter leur chalet de Vers-l’Église, dimanche soir. «Il n’est pas directement menacé, mais la route qui y mène passe dans un couloir d’avalanche connu», explique l’Ormonanche.

Au total, une centaine d’habitants ont été évacués préventivement dans le secteur situé sous la chaîne montagneuse du Chaussy. Les fortes chutes de neige enregistrées depuis samedi ont considérablement alourdi le fardeau qui pèse sur les paravalanches protégeant les habitations à l’aval, déjà chargés par un hiver généreux en or blanc. La plupart des habitants évacués ont pu se reloger chez des proches. Les autres – quatorze personnes – ont passé la nuit à la Maison des Congrès. «Deux pompiers ont sonné chez moi en me demandant de me préparer à partir», raconte Hélène Favre-Lourme. À la Maison des Congrès, les réfugiés ont reçu nourriture, couvertures et matelas. «On a été magnifiquement accueillis», ajoute Lise Aeber­hard, reconnaissante. Venue rendre visite à un ami aux Diablerets, Cécile Ferrand a dû renoncer à regagner son domicile à Château-d’Œx: située dans un secteur à risque, la route cantonale menant vers Aigle et Les Mosses a été fermée dès dimanche. La déviation mise en place sur l’autre versant de la vallée n’était accessible lundi qu’aux véhicules 4x4 ou équipés de chaînes. «Je ne sais pas si je vais en trouver aux Diablerets, réagit la jeune femme. Je ne m’attendais pas vraiment à une nuit pareille.»

«La nuit a été courte»

À l’heure du déjeuner, l’ambiance est plutôt détendue à la Maison des Congrès. Deux habitantes de Vers-l’Église se préparent à braver la pluie. «On va aller faire une balade, trouver des mots croisés pour passer le temps…» Habitant d’Échallens et évacué du camping de Vers-l’Église, Bernard Oguey lance: «J’ai le temps. Je serais peut-être un peu moins philosophe si je devais aller bosser, mais je suis à la retraite.» Roland Dorier a l’habitude: «En 2011 et en 2014, je suis resté bloqué un mois dans mon chalet. Je vis seul; ce n’est pas très grave.»


A lire: Des dizaines de personnes évacuées aux Diablerets


Le va-et-vient dans la salle de conférences reconvertie en abri, mais surtout l’inquiétude ont toutefois troublé le sommeil des réfugiés. «La nuit a été courte, confirme Hélène Favre-Lourme. Mon chalet est situé en zone rouge. Je me fais quand même un peu de souci. Mais je me dis qu’il a dû connaître quelques avalanches: cette ancienne école a été construite à la fin du XIXe siècle et elle est toujours debout.»

Le versant évacué (@Odile Meylan)

Les Aeberhard ont eux aussi connu quelques avalanches. L’ancien pasteur de la commune et sa femme se souviennent de celles de 1968 et de 1984. «La première avait fait deux morts. La deuxième avait causé beaucoup de dégâts et coupé Les Diablerets du monde.» Évacué en 1998, le couple n’a toutefois pas vécu souvent pareille situation: «Je pense qu’on n’a jamais eu autant de pluie que cet hiver.»

Le choix de rester

Tous les habitants des secteurs teintés de rouge n’ont pas fait le choix de se mettre à l’abri. Un peu plus de dix personnes sont restées à domicile. Parmi elles, des agriculteurs qui n’ont pu se résoudre à abandonner leur bétail. «Dans ce genre de situation, on protocole le refus d’évacuer, explique Patrick Frutig, commandant du feu aux Diablerets. Les habitants reconnaissent qu’ils restent à leurs risques et périls. Ils sont également recensés sur une carte pour que, en cas d’avalanche, la colonne de secours puisse intervenir au plus vite.»

Une deuxième nuit à l’abri

D’autant que la situation restait très alarmante, à l’heure de publier cet article. Alors que des vols de reconnaissance étaient prévus pour inspecter les paravalanches et les pentes du Chaussy, le pilote est rentré bredouille: «Le but était d’évaluer le volume accumulé sur ces structures mais aussi de savoir si des coulées s’étaient déjà déclenchées, explique Olivier Roch, observateur pour l’Institut pour l’étude de la neige et des avalanches (SLF), aux Diablerets. Mais les nuages n’ont pas permis de nous faire une idée. Nous avons pu constater qu’une avalanche de surface est partie, sur un dénivelé de 1000 m, dans un secteur protégé par les paravalanches. C’est plutôt inquiétant.»

Pour ne rien arranger à la situation, la pluie est progressivement remontée dans la journée. «Elle a alourdi la couche de neige qui s’est accumulée sur les hauts, détaille Patrick Frutig. Dans ces conditions, nous ne pouvons pas prendre le risque de lever le dispositif mis en place.» Pompiers, troupes de la Protection civile et membres de la colonne de secours des Diablerets continuent donc de veiller sur les pentes et les cours d’eau de la commune. Au total, une quarantaine de personnes est mobilisée. «Plusieurs membres de la colonne de secours ont été envoyés en reconnaissance dans des secteurs réputés à risque pour détecter d’éventuelles poches d’eau ou des glissements de terrain», précise Christian Reber, membre de la colonne de secours. Les réfugiés passeront au moins une nouvelle nuit loin de leur domicile, en attendant une éventuelle accalmie, mardi. Dans l’immédiat, la route cantonale, la voie de l’Aigle-Sépey-Diablerets et le col du Pillon, à l’autre extrémité de la station, restent impraticables. (24 heures)

Créé: 22.01.2018, 21h17

En alerte, le Valais a fermé 40 routes et enregistré 2000 appels d’urgence

Les précipitations ininterrompues depuis plus de 24 heures ont tenu le Valais en alerte. Le danger d’avalanche demeure à son degré maximal. Mais ce sont surtout les glissements de terrain qui inquiètent. Plusieurs torrents ont débordé, inondé des caves et provoqué des dégâts aux habitations. Le canton n’a en revanche pas connu de gros problèmes d’avalanches durant la journée. Il est pour l’heure impossible de chiffrer les nombreux dégâts aux habitations, aux routes, aux vignes et aux forêts, précise le chef d’état-major de l’organe cantonal de conduite Antoine Jacquod. Mais aucune victime n’est à déplorer.
En 24 heures, la police a reçu plus de 2000 appels d’urgence. Il a fallu fermer une quarantaine de routes. Les pompiers sont aussi mobilisés en masse aux côtés d’environ 120 hommes de la protection civile. L’armée a été préavisée. Les régions isolées depuis dimanche le resteront encore jusque durant la matinée de mardi au moins. La vallée de Conches, le Lötschental, la vallée de Saas, Zermatt, Zinal, Arolla, le val Ferret, le Simplon, Loèche-les-Bains sont ainsi coupés du monde. À Champéry, le torrent du Gleux a débordé, pour la deuxième fois ce mois. Une «lave torrentielle» est descendue et des gravats sont arrivés sur la place du téléphérique. Une partie du village s’est retrouvée bloquée. Dans la même région, la route cantonale Troistorrents-Morgins a été fermée jusqu’à mardi matin au moins en raison d’un risque d’éboulement. L’accès à la station est garanti par la route forestière. Les transports publics sont aussi touchés. Une rame du BLS a pu s’arrêter à temps peu après Brigue en direction de Goppenstein. Un éboulement a obstrué la voie. La douzaine de passagers a pu être évacuée. À Zermatt, où il est tombé deux mètres de neige au cours des trois derniers jours, un pont aérien par hélicoptère a été mis en place. PH.M./ATS

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