Parents «choqués» par le renvoi du directeur d’école

AigleL'École catholique du Chablais a licencié Philippe Luisier, en poste depuis 2015. Ce choix soudain suscite l’émoi.

L'école privée aiglonne accueille 132 élèves dans ses classes.

L'école privée aiglonne accueille 132 élèves dans ses classes. Image: CHANTAL DERVEY

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

«Un homme doué d’empathie, engagé, se préoccupant de chaque enfant.» C’est le portrait élogieux que brossent plusieurs parents d’élèves scolarisés à l’École catholique du Chablais de son directeur, Philippe Luisier. Lundi, ils ont appris par courriel le licenciement du Collombeyroud de 54 ans, en poste depuis 2015, et son remplacement immédiat par Sabine Larivé. Une décision prise «à l’issue d’une longue réflexion» et «sans qu’aucune faute grave puisse lui être imputée», écrit le conseil de fondation de l’établissement privé aiglon.

Une dizaine de parents contactés par nos soins se disent «choqués par la brutalité de ce départ». «Son licenciement lui a été signifié le jeudi 29 novembre. Le vendredi, ma fille ne l’a pas vu à l’école», relate une mère. «Pour un établissement qui véhicule des valeurs chrétiennes, virer une personne à quelques semaines de Noël, c’est scandaleux», renchérit une autre. Parmi les 130 élèves (1re à 11e Harmos) que compte l’école sise dans un quartier de villas sous-gare, une partie, en difficulté dans le public ou au contraire présentant un «haut potentiel», y a trouvé un second souffle. «Monsieur Luisier s’est beaucoup engagé pour leur permettre de reprendre pied. Nos enfants sont complètement désemparés par la situation.»

«Pour un établissement qui véhicule des valeurs chrétiennes, virer une personne à quelques semaines de Noël, c’est scandaleux»

Le chanoine Pierre-Yves Maillard, président du conseil de fondation, tient à rassurer: «Nous n’avons aucune raison de remettre en question ce travail d’accompagnement mené par Philippe Luisier, que nous remercions vivement pour son engagement. Ce changement ne s’accompagne aucunement d’une réorientation pédagogique.» Le discours ne rassure pas complètement: «Il n’y a pas de passage de témoin, pas d’anamnèse. Comment la nouvelle directrice sera-t-elle au courant des besoins particuliers de chaque élève?» interroge un parent.

Philippe Luisier ne s’exprime pas sur les circonstances de son départ. «Ce qui me pèse le plus, c’est de ne pas avoir eu l’occasion de dire au revoir aux enfants.» MeChristophe Sivilotti, avocat du Collombeyroud, indique vouloir demander au conseil de fondation les motivations de ce licenciement, avant de décider d’une éventuelle suite juridique. Une fronde des enseignants aurait-elle pu conduire à cette rupture? «Si conflit il y a eu, c’est plutôt avec le conseil de fondation.» Une supposition étayée par un témoignage recueilli au sein du corps enseignant qui évoque des «divergences de philosophie». Pierre-Yves Maillard n’en dit pas davantage sur les motifs du licenciement «par égard et devoir de réserve envers Monsieur Luisier. Je ne peux que vous renvoyer au communiqué dans lequel, une fois encore, nous saluons son travail.»

Recentrage catholique?

Le courriel s’accompagne d’un long portrait de la nouvelle directrice, qui occupe par ailleurs l’un des trois sièges du conseil de fondation. «Épouse et mère de dix enfants, domiciliée aux Plans-sur-Bex, paroissienne de l’église Saint-Clément de Bex» , Sabine Larivé est au bénéficie de plusieurs formations dans l’enseignement spécialisé. La diplômée de la Sorbonne possède par ailleurs une maison d’édition chrétienne.

Dans le corps enseignant comme du côté des parents, ce profil interpelle. «Est-ce à dire que Phillipe Luisier n’était pas assez catho et que l’école - qui compte aujourd’hui des élèves musulmans, orthodoxes ou protestants - veut se repositionner?» «Le mail insiste aussi sur «sa longue expérience de conduite d’entreprise». Je crains qu’elle dirige cette école comme une entreprise», ajoute une mère. Sabine Larivé nuance: «Une école est une petite entreprise, mais une entreprise avec des besoins particuliers. Le mandat qui m’a été confié n’est pas de remettre en cause l’accompagnement que nous offrons aujourd’hui aux élèves et aux familles. D’ailleurs, j’ai une expérience dans le management, mais aussi dans l’enseignement spécialisé.»

Quid d’un recentrage sur une vision catholique dans l’établissement fondé en 1887? «Le nom de notre école l’indique: elle porte des valeurs chrétiennes, répond la nouvelle directrice. Et, d’une certaine manière, elle a été un peu oubliée dans son cœur de cible: le secteur paroissial du Chablais. Mais ce n’est pas le nombre d’actes de piétés quotidiens qui font qu’on est une école chrétienne, mais les valeurs qu’elle porte et amène aux familles.»

Créé: 06.12.2019, 20h55

Articles en relation

L’école catholique veut convertir le Chablais au chant

Aigle L’établissement privé met l’art choral et vocal au menu de sa formation de base. Avec sa Schola, il espère aussi faire vibrer d’autres voix de la région. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.