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Tout un petit peuple conte les métiers des salines

Historique et poétique, le dernier livre de Sandrina Cirafici honore les travailleurs et travailleuses des mines du Chablais.

Les figurines d’Andrea Pyroth font revivre avec malice les métiers des mines, comme celui de flotteur qui transportait le bois vers les salines sur les rivières.
Les figurines d’Andrea Pyroth font revivre avec malice les métiers des mines, comme celui de flotteur qui transportait le bois vers les salines sur les rivières.
DR - PIERRE-YVES PIECE

On les imagine sans peine crapahuter au cœur des mines, dans les forêts ou le long des berges de l’Avançon. Malgré leurs membres de bois et de fer, les petits bonshommes façonnés par Andrea Pyroth semblent bien vivants. Ils ont l’art de conter avec une malice presque enfantine les métiers des salines du Chablais.

Poétique, «Le petit peuple des travailleurs du sel» invite le lecteur à se plonger dans cinq siècles d’extraction du précieux minéral avec un regard curieux. L’ouvrage, qui a obtenu le Prix Coup de cœur de la Rencontre internationale du livre de montagne d’Arolla, a d’ailleurs conduit son auteure, Sandrina Cirafici, à quelques surprises. L’historienne bellerine en connaît pourtant un rayon: elle s’emploie depuis dix ans à mettre en valeur ce patrimoine avec Cum Grano Salis. Ce livre marque ainsi les 10 ans de cette association qu’elle préside. «J’ai toujours adoré rendre le passé vivant, raconte l’auteure, qui se déguise volontiers pour les événements qu’elle organise avec son association. Plutôt que de parler avec ces textes, nous avons imaginé ces petits personnages pour raconter cette histoire.»

Léger, l’ouvrage n’en est pas moins historique: les statuettes ont été façonnées à partir de textes et d’images dénichés dans le dédale des archives de la région ou de Berne (l’exploitation ayant été lancée à Ollon en 1558 par Leurs Excellences de Berne). «Notre bournelier, dont le rôle était de creuser des tuyaux (les saumoducs) dans des troncs de mélèze, s’inspire par exemple d’une gravure de 1556», précise Sandrina Cirafici.

Les métiers campés par les figurines vont des plus évidents – bûcherons, mineurs, forgerons… – aux plus méconnus: les bourneliers, mais aussi les flotteurs, qui approvisionnaient les salines en bois grâce à la force des rivières… «Ou les mouilleurs, qui apparaissent dans les archives des Salines de Panex. Pour évaporer la saumure, il fallait autrefois énormément de bois: 11 kilos par kilo de sel.» Inspirés par les ingénieurs allemands, les exploitants mirent en place des techniques pour économiser le bois. «Le mouilleur devait projeter à la force du bras l’eau salée contre des fagots de paille pour la préévaporer. Cette tâche ingrate a perduré jusqu’en 1730.» L’historienne a également découvert que ce monde souterrain n’était pas que celui des hommes: «On trouve des mentions de souffleuses, qui actionnaient les soufflets, ou de cuiseuses, dont le travail consistait à évaporer l’eau dans de grandes chaudières.»

Bois et fer composent les figurines, tout comme ils ont façonné l’exploitation minière. «Il a fallu créer des techniques particulières pour extraire ce sel ignigène, grâce à l’évaporation de la saumure, explique Sandrina Cirafici. On a par exemple construit un réseau de saumoducs pour acheminer la saumure qu’on évaporait sur des foyers. Le bois a véritablement été au cœur de cette exploitation, au point qu’on a vécu une déforestation dans la région.»

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«Le petit peuple des travailleurs du sel», 80 p., édité par l’Association Cum Grano Salis

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