«On ne peut plus attendre le touriste derrière un guichet»

Alpes vaudoisesLes Alpes vaudoises comptent deux nouvelles têtes aux commandes du tourisme: Fabienne Bruttin et Didier Oppliger. Interview.

Fabienne Bruttin a pris la tête de la destination touristique ex-Villars-Gryon-Les Diablerets il y a une semaine.

Fabienne Bruttin a pris la tête de la destination touristique ex-Villars-Gryon-Les Diablerets il y a une semaine. Image: Florian Cella.

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

Coup de sac dans les Alpes vaudoises: les associations qui gèrent les Offices du tourisme des destinations Aigle-Leysin-Les Mosses et Bex-Villars-Gryon-Les Diablerets. ont vécu ces derniers mois le départ de leur directeur respectif Pierre-Alain Morard et Laurent Michaud. Entrés en fonction à la période des Fêtes, leurs successeurs - Didier Oppliger et Fabienne Bruttin - évoquent leur stratégie dans une région où les défis sont plus nombreux que les flocons à Noël.

Pour la 4e année consécutive, on vit un Noël sans neige. Les stations ne sont-elles pas devenues trop dépendantes de cette période?

Fabienne Bruttin: Je pense qu’il y a surtout un travail de fond à faire sur notre communication. Dans l’esprit des gens, il était impossible de skier durant les Fêtes. C’est faux: plusieurs pistes étaient ouvertes à Villars et les conditions étaient excellentes. Idem au glacier des Diablerets. On doit aussi être réactifs face aux conditions météo. Notre office a d’ailleurs rapidement mis sur pied de nombreuses activités pour permettre aux touristes de s’amuser durant les vacances.

Didier Oppliger: Je ne crois pas que les Fêtes soient réellement la période où nos hôtes consomment le plus de ski. On est plutôt dans un passage de cap que l’on veut effectuer en famille et où on cherche à prendre du recul. Qu’il y ait de la neige ou non, les gens viennent en station pour se sortir la tête du brouillard. Mais, effectivement: on ne peut pas imaginer que cela se poursuive indéfiniment. Il faut aujourd’hui se demander ce que doit être une station en 2017. Un regard sur notre histoire nous montre qu’on peut se réinventer: Leysin a été un lieu de convalescence avant d’être une destination touristique.

Le parc hôtelier est vieillissant, les remontées mécaniques et les infrastructures sportives aussi. La région a-t-elle raté un tournant?

F.B.: Dire qu’on a raté un tournant est exagéré. La région a investi 17 millions dans deux nouveaux télésièges qui vont rapprocher Villars des Diablerets (24 heures du) La rénovation du Centre des sports de Villars va démarrer et il offrira un magnifique espace wellness à la destination. Ces investissements témoignent de l’implication de la région à développer ses infrastructures.

D.O.: La Suisse est un pays timide, c’est un fait. Mais cette timidité a certainement préservé nos montagnes de gros dégâts. On a su créer des stations où les touristes ont leur place mais où l’agriculteur peut continuer à travailler. Est-ce qu’on a pris du retard sur le plan touristique? Peut-être. Mais on a surtout gardé une authenticité qui est aujourd’hui très recherchée.

F.B.: Il y a une crise sécuritaire en Europe. Entre la France, la Belgique ou l’Allemagne, notre pays fait figure de bulle de paix. C’est un atout majeur pour notre tourisme. Et je reste persuadée que l’accueil dans nos hôtels en est un autre: il est chaleureux, humain.

Le gros enjeu pour la région, c’est le projet Alpes vaudoises 2020 qui plaide pour un tourisme quatre saisons. Comment allez-vous l’intégrer au sein de vos offices?

F.B.: Il faut encore renforcer l’offre complémentaire, sans pour autant négliger le ski. Dans notre destination, on a un produit exceptionnel: la Free Access qui permet de profiter d’un large panel d’activité pour 12 francs par jour. Mais je réalise que des gens de la plaine n’en ont jamais entendu parler. On doit être plus fort sur la communication. On a une chance quasi unique au monde. On peut proposer des activités dans notre destination quelle que soit la météo: une visite des Mines de sel, une matinée aux bains de Lavey, une dégustation dans un vignoble de Bex, une promenade sur le glacier, etc.

C’est d’ailleurs dans le cadre d’Alpes vaudoises 2020 que se sont dessinés ces nouveaux axes. A quand une fusion à l’échelle de toute la région?

D.O.: La grande force d’Alpes vaudoises 2020 est d’avoir réussi à créer des rapprochements cohérents, de la plaine à la montagne. On peut construire des offres combinées en forme de parcours, de la gare d’Aigle au sommet de la Berneuse. Un rapprochement entre stations d’altitude n’apporte pas forcément grand-chose. Les grandes fusions provoquent des réactions épidermiques et on perd de la proximité, dans un territoire trop vaste. Comment raconter l’histoire d’un lieu si on n’est pas en contact avec ce lieu? Si j’ai vécu une expérience à Leysin, j’en parlerai beaucoup mieux que si je n’y ai jamais mis les pieds.

Ce contact au terrain est redevenu essentiel pour un Office du tourisme?

D.O.: On doit créer l’OT 2.0. Les gens ne nous consultent plus pour des informations basiques. Ils les trouvent sur Internet. On ne peut plus être derrière un guichet à attendre le touriste. Il faut aller à sa rencontre.

F.B.: Je crois en un tourisme à trois dimensions, reposant sur l’expérience, l’émotion et le développement durable. Notre hôte doit repartir en ayant vécu une expérience, par exemple marcher entre deux sommets, sur le Peak Walk du glacier des Diablerets. On doit aussi lui offrir de l’émotion, lui permettre de faire la connaissance de l’artisan qui fait la vie de la station. (24 heures)

Créé: 18.01.2017, 12h06

Articles en relation

Quand l’envie compense le manque de neige

Saint-George Gérés par des bénévoles, les deux téléskis et les pistes de ski de fond de Saint-George ne craignent pas les caprices de la météo Plus...

«Il faudrait que les skieurs changent leurs habitudes»

Tourisme La neige vient de plus en plus tard, mais Sainte-Croix et Les Rasses croient toujours à l’hiver. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.