Populaire et luxueux, le Basset a l'âme lacustre

L'Esprit des lieuxLe quartier du Basset à Montreux concentre les contrastes de la perle de la Riviera.

Les Dents-du-Midi veillent sur le port du Basset, flanqué de son îlot sur lequel le peintre français Théobald Chartran fit bâtir une belle villa de style florentin, au début du XXe siècle.

Les Dents-du-Midi veillent sur le port du Basset, flanqué de son îlot sur lequel le peintre français Théobald Chartran fit bâtir une belle villa de style florentin, au début du XXe siècle. Image: PATRICK MARTIN

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Autour du port de Montreux, qui s’ouvre sur l’un des panoramas les plus romantiques de la Riviera, le quartier du Basset condense l’atmosphère unique de la cité, mêlant prestige et origines terriennes. Peu d’endroits concentrent à ce point les contrastes de la perle de la Riviera: activités nautiques, belle promenade, lieu de baignade et parc côté lac, clinique de luxe et grands locatifs de l’autre côté de la route où les bus de la ligne 201 impriment leur rythme régulier.

Posté face au port, Pierre-Yves Chevallay a vu se mêler et se moduler tous ces visages du Basset au fil des décennies, lui qui tient le chantier naval familial dont il représente la quatrième génération. «À l’époque, c’était un petit village de travailleurs. Il n’y avait que des vergers au bord du lac, quelques maisons et des serres horticoles à l’arrière. Enfants, on jouait dans le petit jardin public où viennent encore les gamins. Puis le port a amené toutes les activités nautiques.» Club d’aviron, de voile, de pêcheurs, de plongeurs, la vie des résidents «historiques» est aujourd’hui centrée sur ces associations déployées au bord de l’eau. «Il n’y a plus vraiment de vie de village en dehors de ce petit noyau local, regrette Michel Detrey, qui a fermé en juin 2017 la dernière épicerie du quartier après trente-cinq ans derrière le comptoir. Il y avait déjà des immeubles à l’époque, occupés par des gens vivant là de longue date, nos clients. Ces personnes ont disparu peu à peu, les appartements ont été remis en location et toute une diversité de personnes s’est installée, sans plus vraiment de liens entre elles, ni de vie collective.»

«J’essaie de monter une table ouverte où les personnes seules du quartier pourraient se retrouver. Même sans consommer car je sais que certains n’en ont pas les moyens.»

Ce constat, Carmen Ostinelli, du Café du Basset, le dresse aussi. La tenancière de l’établissement réputé pour ses plats mijotés et ses poissons du lac fait de son mieux pour préserver le maillage communautaire du Basset. Avec son époux aux fourneaux, elle tente de recréer un point de ralliement, à l’image des auberges communales qu’elle a tenues par le passé. «J’essaie de monter une table ouverte où les personnes seules du quartier pourraient se retrouver. Même sans consommer car je sais que certains n’en ont pas les moyens.» Animée de cette fibre sociale, la patronne propose aussi des plats en demi-portion, pour les appétits d’oiseau, quand les petits groupes ont le droit d’apporter leur dessert!

Alors que la Clinique La Prairie, connue entre autres pour ses cures de jouvence, accueille des célébrités du monde entier, les entreprises locales restent dans des registres plus terre à terre, même si l’ébénisterie Wider étend désormais son activité à l’international. Dans son garage, Mehmet Celebi apprécie ce village en ville, où les contacts restent très humains avec en bonus la vie urbaine toute proche, festival de Jazz en tête.

«Je viens ici quand la Croatie me manque. Je m’imagine à Split et en face je crois voir mes îles, Brac et Supetar…»

Le large quai qui longe le lac offre son asphalte aux amateurs de mouvement. C’est l’ultime tronçon riverain de la traversée de Montreux ouvert aux piétons, avant la grande portion fermée au public qui court jusqu’à La Tour-de-Peilz. Malgré le crachin cru de ce début de mars, les promeneurs n’y boudent pas leur plaisir. On y croise d’alertes «Nordic walkeuses» en tenues fluo, des retraités avec leurs chiens, des solitaires aux regards égarés, ainsi qu’un ruban de gosses aux bonnes joues rouges et chasubles jaunes. Les moussaillons de la crèche Au Petit Bonheur de Clarens s’aventurent régulièrement sur la grande jetée: «Les petits apprécient cet endroit, note leur éducatrice Audrey Barman. Ils regardent les bateaux, les canards, ils s’amusent à lancer des cailloux dans l’eau.»

Poétique, comme née sous des pinceaux, cette partie du Basset a attiré au début du XXe siècle le peintre français Théobald Chartran. Il fit bâtir sur l’île de Salagnon la belle villa de style italien qui s’y trouve encore. Ses fêtes et feux d’artifice illuminaient le Clarens de l’époque. Ils ont laissé place au calme mais une part de magie flotte encore sur ce rivage. Bien des rêveries y prennent le large, comme celles de Manika dont le sourire nostalgique voile pudiquement l’amertume de l’exil: «Je viens ici quand la Croatie me manque. Je m’imagine à Split et en face je crois voir mes îles, Brac et Supetar…» (24 heures)

Créé: 11.03.2018, 09h03

Audrey Barman et Emylie Hinnen, éducatrice et stagiaire à la crèche Au Petit Bonheur.


Photo: Flavienne Wahli Di Matteo

Carmen et Ivo Ostinelli, tenanciers du Café du Basset.


Photo: Flavienne Wahli Di Matteo

Pierre-Yves Chevallay, 4e génération du chantier naval familial.


Photo: Flavienne Wahli Di Matteo

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