La première sénatrice du Valais a hâte d’en découdre

PortraitMère au foyer et fière de l’être, la Chablaisienne Marianne Maret se réjouit de débattre au Conseil des États.

Marianne Maret: «Indubitablement, je qualifierais nos discussions en famille de toniques. Grand-maman était radicale. Papa, chef d’usine, plutôt de gauche. Et maman PDC.»

Marianne Maret: «Indubitablement, je qualifierais nos discussions en famille de toniques. Grand-maman était radicale. Papa, chef d’usine, plutôt de gauche. Et maman PDC.» Image: Christian Brun

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D’une manière ou d’une autre, Marianne Maret devait entrer dans l’histoire du Valais lors de l’élection aux Conseil des États du 3 novembre. «Si j’étais tombée, ça aurait été une première puisque le double ticket PDC tient depuis 162 ans», lance la Chablaisienne devenue la première de son canton à accéder à la Chambre haute. De l’enfer au paradis, il n’y a parfois que quelques bulletins de vote. 1370 en l’occurrence.

La Chorgue – habitante de Troistorrents – s’ajoute ainsi à la liste des pionnières valaisannes, comme Esther Waeber-Kalbermatten, première conseillère d’État du Vieux-Pays (2009) ou Viola Amherd, unique Valaisanne élue au Conseil fédéral (2018). «Je ne suis pas encore sûre de mesurer la portée de la chose. Peut-être que dans vingt ans, quand je verrai mon nom dans un livre d’histoire, je me ferai à l’idée. Après l’élection de Mme Kalbermatten, je m’étais dit: enfin! Pour Viola, j’étais très heureuse, c’est une copine.» Ressent-elle la pression de cette lignée d’exception? «Pas plus que Beat Rieder il y a quatre ans (ndlr: élu aux États en 2015), lance-t-elle du tac au tac. Pourquoi une femme aurait-elle plus de pression?» Les dehors posés et paisibles cachent une femme à poigne. «Je suis une tronche, admet-elle. J’aime décider.»

«Elle est sèche et directe, avec un franc-parler qui ne plaît pas à tout le monde et qui peut parfois lui jouer des tours, dit d’elle Sandra Cretton, députée PDC et impliquée dans la dernière campagne de sa collègue de parti. Mais elle sait reconnaître et assumer ses erreurs, ainsi que faire preuve de courage et il en fallait pour accepter le challenge des États, qui était tout sauf gagné et pour lequel elle savait ne pas être le premier choix.»

C’est sur les parquets de basket que la native de Martigny a commencé à s’imposer, dans le rôle d’arbitre. «Avec une amie, nous étions les deux premières en Valais. Là par contre, je n’ai pas marqué les esprits», rigole-t-elle. Son besoin de bouger est constant, même en vacances. En deux-roues, de Nantes à Bordeaux. En trek, sur les hauts plateaux andins du Pérou et de la Bolivie. Sur le terrain politique aussi, être endurante est un atout, a-t-elle constaté cet automne. Du reste, la Chablaisienne se cherche un pied-à-terre à Berne à une demi-heure à pied du Palais fédéral, histoire de faire chauffer le moteur en se rendant sous la Coupole.

La politicienne de 61 ans dit d’ailleurs se réjouir «d’en découdre»: trouver les bons arguments, les amener de façon percutante, les défendre au cours de séances serrées. «Voici les documents pour la première, illustre-t-elle en laissant tomber une pile sur la table de la cuisine. Vingt pages et on sera treize membres en commission. Compte tenu du volume d’objets à traiter par jour, je doute que l’on puisse se permettre d’être redondants.»

Sa première session fin 2019 a constitué une bonne prise de température: «Cela a commencé par notre assermentation, à quelques mètres du Conseil fédéral, c’était très fort. Et puis, sans transition, nous étions au boulot. L’usage, c’est que les nouveaux ne parlent pas à la première. Je ne vois de toute façon pas ce que j’aurais pu dire. Même si à un moment, sur la question des effectifs des gardes-frontière, ça m’a démangé.»

La fibre familiale du débat

Il faut dire qu’en matière de débat politique, la Valaisanne a été à bonne école durant les repas de famille. «Indubitablement, je qualifierais nos discussions de toniques. Grand-maman, qui vivait avec nous, était radicale. Papa, chef d’usine, plutôt de gauche. Et maman PDC.»

Au final, elle opte pour la ligne démocrate-chrétienne, plus proche de ses valeurs de femme au foyer et fière de l’être. «Il faut se mettre dans le contexte de l’époque, au moment de faire le choix d’avoir une grande famille, sans parent à proximité pour donner un coup de main», justifie cette ancienne employée de commerce à l’État du Valais et mère de quatre enfants. Kamal, le dernier, adopté à 19 mois et 31 ans aujourd’hui, est atteint de polio et de troubles autistiques.

Le profil de la sénatrice n’a toutefois pas la cote auprès de l’entier de la gent féminine. Et l’atout «femme» n’a pas pleinement porté lors de son élection. Sa remarque en interview dans l’euphorie de la victoire du 3 novembre – évoquant un penchant naturel des femmes pour les tâches domestiques – a par ailleurs très mal passé auprès de certaines. «C’était maladroit, je m’en suis tout de suite excusée. Et j’ai acquis la conviction que je ne pourrai jamais représenter toutes les femmes.»

Sa victoire finale n’est pas le résultat d’une ambition de départ affichée. Les déboires de Yannick Buttet, empêtré dans une affaire de harcèlement, ont contribué à la propulser en première ligne. Son ascension politique a débuté à Troistorrents, où elle s’est installée il y a quarante ans tout juste. En 1996, les enfants sont assez grands, le temps est venu. C’est l’année de sa première élection: elle accède au Conseil communal (Exécutif), puis à la présidence (syndicature), une première (encore une) pour une femme dans la vallée. Quatre ans plus tard, elle devient députée où elle enchaîne trois mandats.

Des notes de guitare parviennent de la cave. Son époux Christian, enseignant tout fraîchement à la retraite, s’adonne à sa passion de la musique. «Il joue surtout de la flûte traversière, de la basse et des percussions. Et auparavant, de l’harmonica, qu’est-ce que j’adorais ce son blues!» Musicienne aussi? «Non, mais je me suis inscrite à la chorale du parlement, ça a l’air bonnard et pas guindé. Même si je ne sais pas lire une partoche (rires)

Créé: 15.01.2020, 09h28

Bio Express

1958 Naissance à Martigny de cette Bagnarde d’origine.

1979 Mariage avec Christian, enseignant, à la retraite depuis peu. «Une tronche, comme moi.»

1982 Naissance du premier de ses quatre enfants: les trois premiers biologiques et Kamal, handicapé, adopté à l’âge de 19 mois. Elle a cinq petits-enfants.

1996 Élection à l’Exécutif de sa commune d’adoption, Troistorrents, dans le val d’Illiez.

2004 Accède à la présidence de sa commune (syndicature), la première acquise par une femme dans le val d’Illiez.

2009 Entrée au parlement valaisan. Elle enchaîne trois mandats. La même année, elle devient présidente de la Fédération des communes valaisannes.

2013 Le Conseil d’État valaisan la nomme à la tête de la Fondation pour le développement durable des régions de montagne.

2019 Devient la première Valaisanne élue au Conseil des États.

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