A Rougemont, le beau linge est froissé par un projet de décharge

MobilisationUn dépôt de terres d’excavation prévu sous les fenêtres de résidences hérisse une centaine de propriétaires. Référendum en vue.

Le dépôt de terre serait situé en contrebas de la route cantonale et de la voie du train, jusqu'au bord de la Sarine.

Le dépôt de terre serait situé en contrebas de la route cantonale et de la voie du train, jusqu'au bord de la Sarine. Image: DR

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«Les opposants à la décharge de l’Ougette ont choisi Rougemont pour sa tranquillité, son environnement et ses valeurs biologiques; la détérioration des conditions naturelles et du site qui serait engendrée par cette décharge porterait un coup fatal aux valeurs qui font la richesse et l’attrait de ce village et de la région», s’offusque Philippe Reymond. L’avocat lausannois a été mandaté par certains des 145 propriétaires opposés à la création d’une décharge de terre d’excavations à l’Ougette. Cette surface agricole de 3,4 hectares est située 170 mètres en contrebas de ce village pittoresque qui s’étend le long de la Sarine (photo).

Sur la longue liste des villageois importunés à cette perspective, quelques noms rappellent que cette commune, voisine de Gstaad, héberge son lot de résidents secondaires comme les familles Hachette, Citroën, Grohe, Grand d’Hauteville, Romanov ou Aga Khan.

Oppositions levées

Le Conseil communal n’a pas cillé devant ces patronymes et a levé leurs oppositions en octobre. Le dossier attend maintenant le feu vert du Canton et les contestataires affûtent leurs armes pour poursuivre le combat par un référendum. Fédérés depuis décembre sous la bannière des «Amis de Rougemont», ils ont fait distribuer cette semaine 625 tous-ménages afin de sensibiliser la population à leur vision. N’étant pas tous résidents permanents, les détracteurs de l’Ougette pourraient avoir besoin d’appuis pour obtenir l’organisation d’un scrutin. 88 signatures seront nécessaires, soit 15% du corps électoral.

Dans ce courrier, les opposants font valoir les «nuisances considérables» que ce projet provoquerait, en termes de mouvements de camions, de bruit, de poussière, d’atteinte à un biotope, de risques de glissement de terrain à proximité immédiate de la Sarine, sans oublier la dangerosité du débouché sur la route cantonale et l’impact négatif sur le tourisme et sur la nature. Ce dernier souci étant partagé avec l’organisation Pro Natura, également opposante.

Intérêt public contesté

«Tout cela alors que l’intérêt public de cette décharge ne nous semble pas établi, souligne Philippe Reymond. Deux autres projets sont en cours aux extrémités de la vallée et les besoins vont diminuant. On n’est plus dans les années de folie de l’immobilier, c’est même plutôt la catastrophe dans la région. Cela laisse redouter que la durée d’exploitation du site sera beaucoup plus longue que ce qu’imaginent les autorités (lire encadré).»

Chargée du dossier, la municipale Annie Schwitzguebel n’est pas surprise par cette levée de boucliers et refuse de se laisser impressionner par les menaces d’exode fiscal brandies dans le tous-ménages: «On ne peut entrer dans aucune forme de chantage. Si l’on renonce à nos projets à chaque fois que ces gens réagissent, on ne sait plus qui gouverne.»

L’élue ne cautionne pas pour autant l’existence d’un clivage entre résidents permanents et secondaires: «Ces personnes aiment Rougemont et leur démarche part d’un bon sentiment, de l’envie de préserver la qualité de vie du village. Mais leur réaction est disproportionnée et les effets qu’ils redoutent sont exagérés. Le besoin est avéré, il n’y a plus aucune décharge de ce type dans la vallée.»

Pour obtenir l’abandon du projet, les Amis de Rougemont n’entendent pas s’en tenir au référendum et envisagent en parallèle un recours devant la Cour de droit administratif et public (CDAP). Souhaitant obtenir des données objectives, le collectif entend faire appel à des experts afin de vérifier les analyses produites par les autorités.

Créé: 19.11.2018, 23h07

En chiffres

Selon le préavis municipal qui résume les caractéristiques du projet, le dépôt de terres d’excavation de l’Ougette serait implanté sur 3,4 hectares de terrains actuellement agricoles, entre la route cantonale et la Sarine. Le site pourrait accueillir quelque 170'000 m3 de terres de chantiers de la région, ce qui représente une exploitation pouvant s’étendre entre 4 et 10 ans, à raison de 10 à 30 camions par jour, durant 5 à 8 mois par an, en fonction des conditions climatiques.

L’exploitation est prévue par étape, le site étant revégétalisé au fur et à mesure. L’entreprise Moratti et Fils de Gstaad gérerait cette décharge.

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