Sauvés, les téléphériques à fromages pérennisent la vitalité des alpages

L'EtivazLes remontées mécaniques servant au transport des meules revivent, au terme d’une épopée mêlant intérêts naturels et paysans.

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Alors que les remontées mécaniques des domaines skiables défraient la chronique à quelques mètres à vol de montgolfière, six téléphériques ont fêté leur restauration en toute discrétion jeudi. Ces installations partant du vallon de la Torneresse, non loin de L’Étivaz, permettent de gagner des chalets perchés en haut de pentes escarpées. Depuis le début des années 70, ces téléphériques d’alpage facilitent le transport des meules vers les caves de la Coopérative de L’Étivaz.

Leur sauvetage, concrétisé par des travaux entre 2012 et 2015, est le fruit d’une épopée de plus de deux décennies. Paysans de montagne et défenseurs de la nature ont longtemps joué au bras de fer au milieu de ces pâturages inscrits à l’Inventaire fédéral des paysages. «Il y a eu beaucoup de tracasseries, se remémore Philippe Randin, président du syndicat d’améliorations foncières, qui a piloté l’opération. Comme président du Parc naturel, j’étais convaincu que cette région est un espace à vivre où il faut préserver l’agriculture de montagne, qui elle-même assure l’entretien du paysage. Sans le travail des amodiateurs, ces alpages seraient envahis par la forêt.»

Cet argument a scellé le compromis entre les propriétaires de ces alpages, qui comprenaient deux privés, la Commune de Château-d’Œx, Pro Natura et Pro Natura Vaud. «Dans un premier temps, les agriculteurs et la Commune voulaient mettre des routes partout, retrace Antoine Burri, de Pro Natura Vaud, responsable des réserves naturelles du Pays-d’Enhaut. Nous, ce qui nous importait, c’était la préservation du paysage. Nous avons défendu ces téléphériques, qui assurent tout de même un certain confort aux paysans. Quand nous en discutons maintenant avec nos locataires, ils sont contents.» Plus sûrs et plus commodes à actionner, ces téléphériques nouvelle génération rendent de fiers services. Propriétaire exploitant aux Arpilles, à 1770 mètres, Claude-Alain Mottier en sait quelque chose, lui qui a dû se passer de son transport par câble toute une saison en raison d’un pépin sur l’un des nouveaux pylônes. «J’ai fait tout l’été à pied. Je peux vous dire qu’on avait le physique au mois de novembre!»

Le chaudron dans la cabine

Les cabines grillagées ne servent pas uniquement à descendre quatre à six meules de fromage tous les deux jours. Tout le matériel y transite: nourriture, paille, bois, piquets, poubelles, mais aussi, en début et en fin de saison, l’imposant chaudron servant à la fabrication du fromage. «C’est comme pour vous votre voiture», explique Claude-Alain Mottier, avant de mentionner encore les trajets de son épouse, qui travaille à 40% dans la vallée, de ses enfants, du vétérinaire, de l’inséminateur ou du contrôleur du lait. Tout ce petit monde remplace des heures de marche ou de piste à peine carrossable et dangereuse par quatorze minutes de rêverie suspendue dans un paysage à couper le souffle.

L’enjeu dépasse le confort des producteurs, ce qui a justifié un soutien étatique massif: Canton et Confédération ont assumé 90% d’une facture à 10,8 millions. «Sans ces installations, il n’y aurait plus personne là-haut», assène Vincent Grangier, exploitant. «D’ailleurs, quand les premiers téléphériques ont été créés, en 1974, ces alpages étaient à l’abandon, rappelle Claude-Alain Mottier. Leur mise en service a permis d’y ramener des exploitants.» La vitalité retrouvée des fonds de L’Étivaz dope aujourd’hui toute l’économie du fromage damounais. Les petits téléphériques (et les cinq pistes réaménagées simultanément pour la desserte de cette quinzaine d’alpages) voient transiter annuellement 53 tonnes de fromage doté de l’appellation d’origine protégée. Soit un huitième de la production de la Coopérative de L’Étivaz.

Créé: 24.09.2018, 11h22

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