Le ski reste un poumon économique pour le Pays-d'Enhaut

Château-d’ŒxEt si la station devait se passer du ski? La perspective fait frémir la région. La glisse génère des retombées essentielles.

Les principaux acteurs du tourisme damounais avec, de g. à dr.: Dominique Henchoz, Frédéric Delachaux, Michel Bertholet, Pierre-Alain Chabloz et Pierre-François Mottier.?

Les principaux acteurs du tourisme damounais avec, de g. à dr.: Dominique Henchoz, Frédéric Delachaux, Michel Bertholet, Pierre-Alain Chabloz et Pierre-François Mottier.? Image: PATRICK MARTIN

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Encore impensable en début d’année, l’idée de vivre sans ski à Château-d’Œx fait l’objet de toutes les spéculations depuis que le Conseil d’Etat vaudois a rayé la réhabilitation des Monts-Chevreuils des projets soutenus dans le cadre d’Alpes vaudoises 2020. Alors que l’autre domaine skiable de la station, la Braye, souffre chroniquement d’un déficit sévère, la perspective de voir la glisse disparaître des activités économiques de la commune relève désormais du plausible. Un séisme dans cette région où l’activité touristique représente 17% à 20% des emplois et où le ski faisait office de produit d’appel.

«Les gens viennent à Château-d’Œx pour des activités liées à la neige, relève Serge Gétaz, hôtelier et restaurateur. Quand les conditions sont mau­vaises, il n’y a personne en station. 75% à 85% de mon chiffre d’affaires hivernal sont liés au ski.»

Un apport vital

Avec deux domaines encore en activité dans la vallée, La Braye à Château-d’Œx et la Videmanette à Rougemont, ainsi qu’un remonte-pente à La Lécherette, l’activité de glisse pourvoit actuellement quelque 24 emplois à l’année ( voir infographie). Rapporté aux quelque 2100 emplois recensés dans la région (soit une proposition de 1,14%), cela peut sembler négligeable. Mais dans une région où les principaux secteurs économiques sont aussi saisonniers, les remontées mécaniques pourvoient des revenus complémentaires vitaux pour de nombreux habitants.

En pleine saison, ils sont plus de cent vingt à être mobilisés directement par les activités liées au ski. «Ceux qui ne font que ça l’hiver ont clairement deux métiers, précise Michel Bertholet, directeur de Télé-Château-d’Œx SA, qui gère les installations de La Braye. L’été, ils travaillent dans l’agriculture ou la construction. C’est un complément bienvenu.» Une éventuelle disparition de ces postes de travail serait vécue comme un cataclysme comparable à un licenciement collectif dans une entreprise, livre un observateur de l’économie locale. Sans aucune certitude de reconversion pour les principaux touchés: «Si ces places de travail n’existent plus, on les perdrait, relève le directeur de Pays-d’Enhaut Tourisme, Frédéric Delachaux. Il n’y a pas d’alternative sans la colonne ver­tébrale des remontées mécaniques.»

Effet domino

L’impact des sports d’hiver dans l’économie régionale ne se mesure pas uniquement aux personnes directement impliquées. A elles seules, les données de l’hôtellerie démontrent l’importance des effets induits. Selon l’Office fédéral de la statistique, 65% des nuitées hôtelières sont enregistrées l’hiver au Pays-d’Enhaut. Une proportion quasi identique est révélée par la centrale de réservation pour les locations de chalets et d’appartements. Les magasins de sport sont également en première ligne: «J’ai 600 paires de skis à louer. Au mois de février, il n’y en a plus une disponible. L’été, j’ai dix vélos de location, ils passent toute la saison devant le magasin, image Dominique Henchoz, directeur de Planète Sports, l’une des six enseignes de matériel sportif de la vallée.»

Pour ces commerces, 80% à 100% du chiffre d’affaires sont tributaires du fonctionnement hivernal des remontées mécaniques. «L’effet domino va au-delà des boutiques spécialisées, précise Pierre-Alain Chabloz, président de Télé-Château-d’Œx SA et lui-même commerçant. La clientèle locale n’est déjà plus suffisante pour faire tourner les magasins du village. Si on ferme les remontées mécaniques, cela va précipiter les choses.» Des effets comparables affecteraient également les milieux de la construction, dont une partie de l’activité se déploie dans l’entretien de résidences secondaires.

Précieux subsides

Ces emplois potentiellement menacés, ces revenus qui risquent de fondre font-ils le poids face aux coûts que représente le maintien des installations? La Braye survit à coups de subsides de l’ordre du demi-million par année et la Commune, propriétaire des installations, n’est pas riche au point de pouvoir continuer longtemps à ce régime. «Mais on entend dire que pour 1?franc investi dans une remontée mécanique, une région en encaisse huit, argumente Pierre-François Mottier, directeur de l’Ecole suisse de ski de Château-d’Œx. Même si ce n’est que 3?francs, ce qui semble réaliste à notre échelle, c’est déjà beaucoup!»

«Il n’y a aucun moyen fiable d’évaluer le potentiel d’affaires généré par le ski, on sait seulement qu’il est énorme, confirme le directeur de l’Office du tourisme. Et cette inconnue est une grosse difficulté dans nos réflexions actuelles.»

Créé: 06.05.2015, 16h24

L’avis de François Margot, conseiller régional

François Margaux, la vitalité économique de la région dépend-elle à ce point du ski?

Le ski peut-il être considéré comme la colonne vertébrale de l’économie régionale?

Historiquement, des pionniers des années 1960 jusqu’à aujourd’hui, c’est la colonne vertébrale du tourisme. Mais il faut faire attention, une colonne vertébrale, en principe on n’en?a qu’une. Pour l’économie du Pays-d’Enhaut il y en a plusieurs, heureusement.

Le Pays-d’Enhaut a donc la?chance de ne pas avoir tous ses œufs dans le même panier

Oui, même si tout reste inter­dépendant. Mais nous avons d’autres secteurs d’activité. En termes d’emplois, l’agriculture est?tout aussi importante que le tourisme. Et il ne faut pas négliger le service public, les écoles, le domaine de la santé, qui sont très développés, ce qui est particulier pour une région décentrée.

Et si les emplois liés au ski devaient disparaître?

C’est pareil que lorsqu’on ferme une entreprise à Vevey. On doit prendre chaque personne individuellement et l’accompagner. La question maintenant, ce?n’est pas de savoir si nous avons le choix, c’est de savoir comment nous pouvons nous adapter. Nous sommes face à un changement important et c’est difficile de trouver notre chemin.

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