Sous le sol de Lavey, l’eau voyage durant 5000 ans

GéologieExploitées depuis le XIXe siècle, les sources de Lavey font surface à 62°, après un interminable périple.

L'eau circule à travers les fissures de la roche cristalline et se réchauffe lentement jusqu'à atteindre <b>120° C</b>. Son parcours l'amène à une profondeur de <b>3000 m</b> et peut durer plus de <b>5000 ans</b>. Elle remonte ensuite plus rapidement vers la surface à travers un autre réseau de fissures et ressort à Lavey-les-Bains à une température de <b>60 à 75° C</b>.

L'eau circule à travers les fissures de la roche cristalline et se réchauffe lentement jusqu'à atteindre 120° C. Son parcours l'amène à une profondeur de 3000 m et peut durer plus de 5000 ans. Elle remonte ensuite plus rapidement vers la surface à travers un autre réseau de fissures et ressort à Lavey-les-Bains à une température de 60 à 75° C. Image: CSD Ingénieurs

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Saviez-vous que l’eau dans laquelle vous barbotez à Lavey est sans doute plus vieille que l’écriture? Elle ne remonte à la surface qu’au terme d’un voyage de 5000, voire 8000 ans. En termes de «fraîcheur», le complexe thermal manque doublement le coche: ses sources livrent par ailleurs l’eau thermale la plus chaude de Suisse, avec une température moyenne de 62 °C.

Pas étonnant que ce secteur intéresse les auteurs du projet de centrale AGEPP (Alpine Geothermal Power Production). Porté par Romande Energie, EOS, Holdigaz, les communes de Lavey-Morcles (VD) et Saint-Maurice (VS) ainsi que les Services industriels de Lausanne et piloté par le bureau CSD Ingénieurs SA, le forage d’un puits de 2000 m vise à puiser une eau à 115 °C. Et d’alimenter ainsi en électricité l’équivalent de 700 à 1000 ménages, tout en produisant 15,5 GWh de chaleur («24 heures» du 19 juin).

Si le sous-sol rocan abrite une eau si chaude, «c’est grâce à un ensemble de facteurs, explique Jean-Marc Lavanchy, hydrogéologue et directeur de succursale pour CSD Ingénieurs. Pour acquérir cette température, l’eau doit percoler lentement et atteindre de très grandes profondeurs, vraisemblablement plus de 3000 m.»

Contraintes sur la roche

La composition de la roche du massif des Aiguilles rouges, cristalline, se prête idéalement à ce voyage. «Le soulèvement alpin, l’intense érosion ayant modelé la vallée du Rhône ainsi que les avancées et retraits successifs du glacier ont exercé au cours du temps des variations gigantesques de contraintes sur la roche, poursuit Jean-Marc Lavanchy. Un vaste et profond réseau de fractures interconnectées s’est créé, permettant à l’eau de s’infiltrer lentement dans le sol, depuis la région d’Emosson, en Valais.»

«Le soulèvement alpin, l’intense érosion et les mouvements du glacier ont créé un vaste et profond réseau de fractures interconnectées»

Lentement. Très lentement même. «Des analyses au carbone 14 ont été réalisées par l’Université de Neuchâtel. Elles indiquent que l’eau mettrait entre 8000 et 10 000 ans pour effectuer ce trajet», précise Jean-Marc Lavanchy.

Mais pour rester chaude, l’eau doit trouver un chemin qui lui permette de remonter rapidement. «Sans quoi elle se refroidirait en traversant les couches de roches plus proches de la surface», explique Simon Martin, du bureau d’études géologiques aiglon Relief. Là encore, la nature particulière de la plaine du Rhône joue son rôle: «Ces roches cristallines anciennes devraient être recouvertes par plus de 1000 m de couches sédimentaires plus récentes (150 à 200 millions d’années). Mais la formation des Alpes a repoussé ces calcaires plus jeunes quelques kilomètres plus loin, pour former le massif des Dents-de-Morcles. Le glacier a ensuite décapé les sédiments restants. L’eau peut donc se faire un chemin jusqu’à la surface.»

Un hasard de la nature, en quelque sorte. Comme il a fallu un coup de chance pour découvrir ces sources, en 1831. «C’est grâce à un été particulièrement sec qu’elles ont été repérées, raconte Jean-Marc Lavanchy. Le niveau du Rhône particulièrement bas, on a remarqué des filets d’eau chaude dans le lit du fleuve.» (24 heures)

Créé: 22.07.2017, 12h45

Des failles et des fractures

«Ce sont des fractures et non des failles de grande profondeur qui permettent à l’eau de circuler dans le sous-sol de Lavey.» Hydrogéologue pour CSD Ingénieurs, Jean-Marc Lavanchy insiste sur la distinction. «La différence principale est la dimension de ces structures: les secondes se mesurent en kilomètres et sont beaucoup plus rares. On n’en dénombre que trois en périphérie de la zone du centre thermal de Lavey. Ces structures ne sont d’ailleurs pas visées par le futur forage.»

Les fractures sont, elles, beaucoup plus restreintes (métriques à hectométriques et d’une ouverture de l’ordre de quelques millimètres), mais aussi plus fréquentes. «Elles forment un réseau interconnecté permettant la circulation d’eau thermale à large échelle. Le futur forage de Lavey vise à recouper en profondeur le maximum de fractures perméables.»

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