Des squatteurs d’abord tolérés avant d’être menacés d’expulsion

Saint-LégierDe jeunes artistes allaient signer un contrat de confiance, mais les propriétaires ont été contraints de faire marche arrière.

La maison de maître (à g.) abrite 8 squatters et des ateliers. Au centre ont été montés une expo et un vide-dressing.

La maison de maître (à g.) abrite 8 squatters et des ateliers. Au centre ont été montés une expo et un vide-dressing. Image: DR

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On l’appelle le Domaine du Crêt: 20'000 m2, à la sortie d’autoroute de Vevey, sur territoire de Saint-Légier. Une vue sur le lac impressionnante pour un terrain où se dressent une grange, une immense maison de maître (classée en note 2) et ses dépendances. Malgré sa superficie, cette parcelle passe inaperçue, entre la Cité du Genévrier et l’Hôtel Chaplin. Huit squatteurs y ont élu domicile il y a trois mois et demi. Alors qu’ils s’apprêtaient à signer un contrat de confiance avec les propriétaires, ils s’attendent à se faire expulser par la police. À moins d’un revirement.

Sur place, Pablo, 19 ans, nous fait le tour, à la lampe de poche, faute d’électricité. Apprenti dessinateur en bâtiment en 3e année, il a pris congé pour s’occuper du «manoir». Sa «passion»: créer des vêtements qu’une boutique lausannoise revend. Il détaille, persuasif, les objectifs de l’Association Espace 43, qu’il a fondée avec ses amis: faire de ce lieu un espace culturel ouvert gratuitement à tous, toutes disciplines artistiques confondues. Un jardin en permaculture devrait compléter le dispositif. Des tables et livres ont déjà été installés pour des étudiants. Des œuvres sont encore accrochées dans l’espace dédié aux expositions.

Etudes en stand-by

Dans l’une des pièces pouvant servir d’atelier, Thomas, 23 ans, peint. «Les verrières et les rails au plafond, prévus pour suspendre des tableaux, prouvent que c’était un atelier de longue date.» Depuis qu’il s’est installé ici, Thomas a mis en stand-by ses études en arts visuels à la Haute École du Valais (édhéa): «Je vivais sur la Riviera, j’étudiais à Sierre et mon atelier – qui coûtait 200 fr. par mois – se trouvait à Renens. Désormais, je peins juste au-dessus de ma chambre. C’est beaucoup plus concret pour moi et j’ai compris dans quelle direction artistique je voulais aller.»

Leurs premières activités (un vide-dressing et une expo), début novembre, ont séduit l’avocat Pierre Chiffelle: «Je les soutiens car j’ai été sidéré par le potentiel énorme du lieu et par leur sérieux. Il faut tendre des perches aux jeunes qui essaient de faire les choses différemment.»

Salubrité et plaintes

Philippe Meylan, l’un des propriétaires, avait été convaincu. «J’ai apprécié leur démarche, et cela nous arrangeait presque que les bâtiments, vides depuis des années, soient occupés. Nous aurions bien aimé signer avec eux un contrat de confiance, mais il y a malheureusement eu des complications avec la Commune.» Saint-Légier a en effet retiré le permis d’habiter.

Le syndic, Alain Bovay, met en avant «l’insalubrité» des lieux. Pierre Chiffelle oppose: «Cette constatation a été faite le 10 septembre. Depuis, les jeunes ont régularisé les choses! La situation devient kafkaïenne.» Car pour pallier les problèmes d’insalubrité, «il nous manque l’eau courante et l’électricité, que nous ne voulons pas installer illégalement, raison pour laquelle nous attendons les autorisations de la Commune», explique Pablo. «Il pourrait y avoir une nouvelle visite de la Commission de salubrité, pour autant que le propriétaire la demande», répond Alain Bovay.

Par ailleurs, le syndic parle de «plaintes» sans en connaître le nombre. «Nous avons reçu un courrier, et nous avons renvoyé vers Police Riviera les téléphones des habitants.» Voisine du Domaine, Monica Simonet a pris la parole au dernier Conseil communal, relatant des «fêtes bruyantes dans notre quartier calme et paisible pendant plusieurs semaines».

Contactée par téléphone, elle refuse de détailler. Alain Bovay: «Des nuisances nocturnes sont inadmissibles. Et des activités, même louables, sont illégales dans cette zone agricole.» Pour autoriser des expositions, il faudrait changer l’affectation des lieux, confirme le Canton. Une pétition (bientôt en ligne) compte déjà 200 signatures pour le maintien de l’espace. «On leur fait un procès d’intention. Il faudrait quand même que ces voisins et les autorités aillent voir sur place!» conclut Pierre Chiffelle.

Créé: 04.12.2019, 11h00

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