Les stations de montagne se battent pour limiter la casse

Franc fortHôtels et domaines skiables des Alpes vaudoises et du Jura cherchent la formule pour rester attractifs, mais la marge est étroite. Des efforts de promotion seront consentis.

Face au franc fort, stations et hôtels phosphorent pour attirer le client et limiter les annulations.

Face au franc fort, stations et hôtels phosphorent pour attirer le client et limiter les annulations. Image: Jean-Christophe Bott/Keystone

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Le secteur hôtelier des stations de montagne fait face tant bien que mal aux effets du franc fort. «Mais la marge de manœuvre est très étroite, prévient Patrick Grobéty, vice-président de l’Association romande des hôteliers et directeur de l’Hôtel des Sources, aux Diablerets. Il n’existe pas de recette miracle.»

Et pourtant il convient d’agir sans attendre un hypothétique regain du cours de l’euro. «On peut s’attendre à une première grosse secousse cet été, reprend l’hôtelier ormonan. Pour l’instant, on sauve les meubles avec des annulations en nombre limité. Il n’en reste pas moins que nous sommes en haute saison avec des taux de remplissage de 80%-90% et non de 90%-100% comme ce devrait l’être.»

Pierre-Alain Morard, directeur de l’Association touristique Aigle-Leysin-col des Mosses, dresse un constat analogue: «La fin de l’hiver et le début de l’été s’annoncent difficiles.» Dans le Jura vaudois, Nicolas Frantz, patron de l’Hôtel Le Point du Jour, à Saint-Cergue, déplore «un taux de réservation très bas. Les familles qui venaient habituellement n’ont pas donné de nouvelles. Il y a eu un effet dissuasif.»

D’autres tirent leur épingle du jeu. Villars fait état «de taux de réservation de 95%», selon Guy Chanel, responsable marketing du tourisme local. Eric Balet, directeur de Téléverbier, évoque «une semaine en or. Nous sommes pleins à craquer.» Selon le Bagnard, deux mesures ont été prises: les hôteliers se sont adaptés, «comme ils l’ont toujours fait en cas de crise», et les agents immobiliers ont décidé de baisser les prix des locations de 15%.

Offres combinées, coup gagnant?
Baisser les prix? Dominique Dietrich, patron de l’Eurotel Victoria, à Villars, et président des hôteliers des Alpes vaudoises, mise plutôt sur la quête de plus-values. Pascal Grobéty appuie l’idée: «Notre rentabilité est déjà à la limite, et nous n’avons pas adapté nos prix depuis cinq ans.»

Des plus-values, mais lesquelles? Les sociétés de remontées mécaniques des Alpes vaudoises proposent un début de solution, selon leur président, Jean-Paul Jotterand: «Nous sommes pour des rabais ciblés dans le cadre d’actions menées avec les hôteliers et des commerces sur des packages destinés à la clientèle de la zone euro.» Concrètement, une famille française qui achète un lot hôtel-matériel de ski-abonnement bénéficiera d’un rabais encore à définir, mais d’environ 15% à 25%. Verbier a adopté la même politique. «Pour des réservations de package dix jours avant, nous offrons 10%, et 15% à partir du 1er mars», annonce Eric Balet.

De leur côté, les tour-opérateurs n’ont pas d’états d’âme. «Tour-opérateurs, autocaristes, organisateurs de groupes, ils ont tous appelé, lance Dominique Dietrich. A chaque fois, il faut trouver des arguments pour qu’ils continuent de nous vendre.» A Leysin, «nous discutons avec Intersoc (Service Intersocial Belge), qui envoie de grands groupes, explique Pierre-Alain Morard. Il est question de rendre plus attractif notre Aximo Pass. Contre un séjour en station l’été, le client se voit offrir la montée à la Berneuse, la gratuité au Centre des sports et sur les transports publics.»

Faute de «plus-values» vraiment novatrices, le salut passe par la valorisation des atouts existants et trop souvent méconnus. La Free Access Card, par exemple, offerte pour chaque séjour en hôtel à Villars-Gryon et aux Diablerets en saison d’été, donne droit à la gratuité sur les remontées mécaniques, dans les transports publics et l’accès à plusieurs offres de loisirs. «Ce sont des plus-values que le client ne voit pas forcément sur sa facture, mais qui sont bien réelles», argumente Patrick Grobéty. Aux politiques de jouer

Autre point fort: la gratuité de l’abonnement de ski pour les enfants de moins de 9 ans et de la nuit d’hôtel si l’enfant dort dans la chambre de ses parents, et ce sur toute l’année.

Le Conseil fédéral a apporté un peu de lumière mercredi en adoptant une révision d’ordonnance permettant à la Société de crédit hôtelier (SCH) d’augmenter son aide (25 millions de francs par an actuellement). Une hausse qui reste à définir. Le prêt maximal pouvant être accordé sera de 6 millions (4 actuellement) et pourra représenter jusqu’à 40% de la valeur de rendement (33%). Mais, à long terme, les hôteliers comptent davantage sur une modernisation des infrastructures qui tarde à venir. «Il faut que nos politiques prennent leurs responsabilités dans le dossier Alpes vaudoises 2020 (ndlr: des projets pour un montant de 600 millions), clame Patrick Grobéty. Cela fait deux ans que ce dossier est sur le bureau du Conseil d’Etat.»

Créé: 19.02.2015, 21h20

Andreas Banholzer: «Valorisons nos offres actuelles»

Suisse Tourisme annoncera lundi son plan de crise face au franc fort. Il sera question d’efforts marketing, auprès
de la clientèle suisse, mais aussi de l’étranger. L’Office du tourisme vaudois (OTV) en fera de même.

Une séance de l’OTV a eu lieu jeudi dernier. Qu’a-t-il été décidé?
L’OTV va soutenir les mesures promotionnelles de Suisse Tourisme à hauteur de 100 000 francs sur le marché suisse, un marché très important et stabilisateur, mais aussi dans la zone euro et hors zone euro. La deuxième décision porte sur un effort supplémentaire de 80 000 francs de l’OTV pour promouvoir les destinations du canton en Suisse et à l’étranger.

Pour les hôteliers, la promotion, c’est bien, mais, sur le terrain,les solutions manquent…
Leur marge de manœuvre est très étroite, et ça ne résout pas le problème à long terme, nous en avons conscience. Pour l’heure, il est important de coordonner les efforts des prestataires pour mieux valoriser les offres existantes. Les mesures envisageables sont faibles, mais on n’a pas le choix. Proposer de nouvelles offres demande une certaine capacité financière, que beaucoup de prestataires n’ont pas.

Alors, quelles solutions envisager à plus long terme?
Pour l’avenir, il convient de moderniser les infrastructures et d’améliorer les conditions-cadres. Cela dit, de beaux projets constitueront à coup sûr de beaux atouts supplémentaires. Je pense au Musée Chaplin de Corsier, le nouveau centre Aquatis de Lausanne ou l’amélioration de l’offre hôtelière, comme le Royal Savoy de Lausanne, entre autres exemples.

Cours de l'euro

«Le franc à 1 euro a été un véritable coup de massue. Nous avons décidé d’appliquer un taux de 1.10 sur les forfaits pour ne pas décourager notre clientèle de la zone euro», admet Stéphane Natalini, président de Télé-Dôle. Sur le domaine franco-suisse, pas de baisse de prix en francs comme aux Portes-du-Soleil. On préfère proposer aux clients un taux de change avantageux, moins toutefois que le 1 fr. 35 pour 1 euro appliqué en Valais à Grächen, qui a fait beaucoup de bruit.

«Nous devions réagir car près de la moitié de notre clientèle paie en euros», précise Stéphane Natalini. Une stratégie qui trouve son prolongement dans l’hébergement: «Les chambres à 140 francs, je les fais à 110 euros. Même à 120, les clients européens ne prennent pas», reconnaît Nicolas Frantz, qui dirige l’Hôtel Le Point du Jour, à Saint-Cergue. Un taux de change particulièrement avantageux de 1.27, qui ne permet toutefois pas de compenser la baisse des réservations, très prononcée cette saison.

Autre son de cloche à Villars-Gryon, où l’on pratique le taux du jour. «Après sept ans de crise, nous ne pouvions pas nous permettre de proposer l’euro à 1.20 comme d’autres stations», explique Guy Chanel, responsable marketing. Malgré l’importance de la clientèle française, belge et anglaise, les stations des Alpes vaudoises ne souffrent pas d’une comparaison aussi directe que les domaines franco-suisses. Aux remontées mécaniques de Leysin, on échange même à parité, soit un taux plus désavantageux que le marché actuel. «Même à 1.06 à l’achat, nous vendons l’euro à 1 franc à la banque», se justifie-t-on. Des frais de change ainsi mis à la charge des clients
de la zone euro.

Articles en relation

L'industrie du bois réclame des mesures immédiates

Franc fort L'industrie du bois table sur une perte de rendement de l'ordre de 165 millions de francs dû à l'abandon du taux plancher par la BNS. Plus...

Les multinationales pourraient dégraisser en Suisse

Franc fort Un mois après l'abolition du taux plancher par la Banque nationale suisse (BNS), 25% des multinationales réfléchissent à des mesures pour réduire leurs coûts. Plus...

Le franc fort donne des ailes aux touristes suisses

Vacances Les voyagistes baissent les prix pour les destinations européennes mais pas seulement. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.