«Pour survivre, les paysans doivent être créatifs»

La LécheretteMichel Isoz vient de lancer une table d’hôte. Une innovation de plus, nécessaire au maintien de son exploitation.

Michel Isoz a bénéficié du soutien de l'Aide suisse aux montagnards pour agrandir sa fermer et créer une table d'hôtes.

Michel Isoz a bénéficié du soutien de l'Aide suisse aux montagnards pour agrandir sa fermer et créer une table d'hôtes. Image: Chantal Dervey

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Avec son franc-parler et son sourire gouailleur, Michel Isoz, dit «Le Piat», résume son quotidien en une phrase. «J’aime bien me faire chier, me compliquer la vie.» A 62 ans, le paysan de La Lécherette n’est pas à court d’idées pour animer son quotidien. La dernière en date? La création d’une table d’hôte sur son exploitation. Celle-ci peut accueillir jusqu’à 20 convives qui peuvent y déguster les produits fabriqués à la ferme de la Sciaz: viandes et mets au fromage principalement, dont la «tartipiat», une tartiflette revue et corrigée par «Le Piat» et sa femme, Eliane.

Cette offre, le Damounais espérait la développer sur son alpage. Mais le plan qui régit la protection des marais des Mosses l’en a empêché. «J’ai finalement pu le faire en agrandissant mon chalet. Mais j’ai perdu dix ans dans ces démarches», déplore-t-il. Selon la loi, la nouvelle annexe de 10 m sur 10 sur deux niveaux devait être majoritairement dévolue à l’agriculture. Le Damounais en a donc profité pour agrandir ses caves, aménager un nouveau laboratoire et créer un magasin où il écoule ses fromages et ses viandes.

Revenu nécessaire

Pour la famille Isoz, l’investissement est de taille: «C’est un chantier à 600'000 francs. On a beaucoup fait par nous-mêmes, avec mon fils. Sans ça, on aurait dépassé le million.» Le projet a toutefois reçu l’appui de l’Aide suisse au montagnard. Michel Isoz ne révèle pas le montant alloué. «Mais on n’aurait pas pu construire sans ce soutien. Les banques ne prêtent pas facilement aux paysans de montagne.»

Le gain financier qui sera généré par cette nouvelle offre est pourtant nécessaire. «Dans notre métier, le revenu annexe prend toujours plus d’importance, explique Michel Isoz. Pour survivre, il faut avoir une femme qui travaille à côté ou alors investir et s’agrandir, mais dans une proportion raisonnable. La troisième solution est d’être créatif.»

Parrainer une vache

L’agriculteur a choisi cette dernière voie. Il a cessé de livrer son lait à l’industrie il y a quinze ans. Depuis, il a inventé Le Piat, un fromage à pâte mi-dure, et créé l’Aphrod’Isoz, l’une des rares pâtes persillées fabriquées en terres romandes. Il y a quelques années, il lançait le concept «Ma vache à moi», invitant les particuliers à parrainer l’une des bêtes de son troupeau.

Sur son alpage, il accueille depuis plusieurs étés les touristes pour des bains dans un chaudron rempli de petit-lait. Et évoque encore bien d’autres projets tout aussi improbables. «J’aime le côté marketing. Mais c’est beaucoup d’heures en plus. On ne peut pas s’occuper que de tourisme: on doit continuer à soigner les bêtes.»

Hiverner au lieu d’estiver

Contrairement à beaucoup de collègues, «Le Piat» a par ailleurs renoncé à mécaniser son exploitation: «Je trouve les machines beaucoup trop chères pour l’usage qu’on en fait. Je préfère sous-traiter certains travaux à d’autres paysans de la région. Par exemple, c’est un copain qui vient faucher mon foin.»

Autre particularité de la ferme de la Sciaz: à la saison froide, une partie du cheptel du «Piat» quitte l’exploitation damounaise pour Orsières, en Valais, où le lait sert à la production de raclette. «Beaucoup de paysans prennent des vaches de la plaine en estivage. Mais, dans ce cas, il faut payer le lait à leurs propriétaires. Mon père, qui avait déjà beaucoup de bêtes à l’époque et n’avait pas la place pour les garder en hiver, a choisi de faire l’inverse. Nous confions nos bêtes en hivernage. Nous n’avons aucuns frais à la saison froide et, en été, tout le lait nous appartient. Economiquement, c’est intéressant.» (24 heures)

Créé: 14.10.2015, 16h30

«Tous n’ont pas la fibre marketing»

Plus que jamais, les agriculteurs sont forcés de jouer la carte du marketing pour survivre. Au détriment de leur profession de base?

C’est effectivement l’orientation donnée par la nouvelle politique agricole. Elle incite les paysans à orienter leur entreprise en fonction du marché. Or tout le monde n’a pas cette fibre-là. Tout spécialement dans une profession où beaucoup aspirent à rester avant tout des producteurs.

Est-ce que ce décalage génère parfois de la frustration chez les paysans?

Oui et non. Il y a beaucoup de satisfaction à retirer lorsque l’on met en valeur ses propres produits. Ce qui peut être frustrant et pousser certains à abandonner en revanche, c’est que l’on doit déployer de grands efforts d’investissement en temps et en argent, sans que le résultat soit garanti.

La mode est aux produits du terroir. Est-ce que cela facilite ce positionnement?

Il y a une demande pour des produits de proximité, mais elle s’adresse à une clientèle de?niche. Les agriculteurs doivent continuer à travailler sur des?canaux plus importants pour écouler leur production. Les restaurants sont notamment preneurs. Mais, pour les livrer, l’agriculteur doit mettre en place une infrastructure logistique, tout en prenant garde à rester compétitif au niveau des prix.

Les ménages paysans peuvent-ils se passer de revenu annexe?

C’est devenu un cliché: on parle souvent du paysan qui tend les perches aux bas des téléskis. On compte souvent sur un conjoint qui travaille à l’extérieur pour subvenir aux moyens du ménage, voire soutenir certains investissements. Et beaucoup de producteurs sont forcés de prendre un poste annexe pour compléter leur revenu. A Eclépens, par exemple, des producteurs travaillent de nuit au centre de tri postal. C’est une charge de travail énorme.

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