Sylvain Saudan, une vie à dévaler les pentes extrêmes

PortraitA bientôt 80 ans, le «skieur de l’impossible» reçoit demain le Prix du mérite alpin au Festival des Diablerets. Rencontre.

Sylvain Saudan enseigne encore le ski et vit entre Chamonix et Genève. Plusieurs de ses descentes de pentes raides sont restées des premières.

Sylvain Saudan enseigne encore le ski et vit entre Chamonix et Genève. Plusieurs de ses descentes de pentes raides sont restées des premières. Image: Chantal Dervey

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«Je suis une des rares personnes qui sait déjà ce que l’on va écrire sur moi après ma mort», lance Sylvain Saudan, le regard malicieux. Le Vaudois d’origine – il est né à Lausanne et y a vécu ses quatre premières années – a lu sa nécrologie après un accident d’hélicoptère dans le Cachemire indien en 2010. La presse et les autorités l’avaient déjà enterré, n’ayant plus de ses nouvelles. Mais c’était mal connaître ce pionnier de descente de couloirs réputés infranchissables. Lui et ses deux autres compagnons ont rejoint le village par leurs propres moyens, skis aux pieds.

La mort?

«La mort? Elle est présente pour tout le monde, mais heureusement qu’on l’oublie. Si l’on ne regarde que le côté négatif, on n’avance pas, comme dans les affaires, explique-t-il. Tout est une question de dosage. J’ai appris à faire le vide, à ne compter que sur moi. Il faut dominer sa peur. Dès lors, on ressent un certain piment, une jouissance intérieure. Ça s’apprend mais ça ne s’adapte pas à tout le monde.»

Demain, à presque 80 ans, Sylvain Saudan recevra, au Festival international du film alpin des Diablerets (FIFAD), le Prix du mérite alpin pour l’ensemble de ses exploits. Il pose un regard serein et satisfait sur son passé et se souhaite de «devenir le plus vieux possible en bonne santé».

Pour mener une telle carrière – il a dévalé les pentes raides des sommets cultes des Alpes, de la face nord-ouest de l’Eiger à la face sud des Grandes Jorasses –, «il faut une bonne base au départ», reconnaît-il, entre deux poignées de main chaleureuses avec les locaux de Chamonix, heureux de saluer cette personnalité de la région. Le professeur de ski et guide – il enseigne toujours – partage désormais sa vie entre la station française et Genève, où il gère sa petite entreprise d’héliski en Himalaya.

Dès l’enfance

«Je gardais l’été les veaux de la ferme de mon père à 2000 mètres derrière le col de la Forclaz, pendant cinq semaines tout seul dès l’âge de 11 ans. Ça forge le caractère. Et vous savez quand j’ai été le plus malheureux de ma vie? Quand mon père m’a dit que je devais arrêter, six ans plus tard.» Le jeune homme travaille dans la ferme familiale et devient moniteur de ski l’hiver. Sylvain Saudan affine sa technique de descente pour s’attaquer à tout type de pentes: «Tout vient du bas du corps en restant bien ancré sur ses deux pieds», explique-t-il, démonstration à l’appui.

Celui que l’on surnomme «le skieur de l’impossible» accumule les premières entre 1967 et 1973. «Après l’Eiger, (3970 mètres d’altitude), quand la presse m’a demandé si j’allais m’arrêter, j’ai répondu que mon objectif était un 8000. Je l’ai réalisé douze ans plus tard.» C’était le Hidden Peak (ou K5), 11e sommet le plus haut du monde dans l’Himalaya. Non sans avoir, au préalable, préparé cet exploit en descendant d’un 5000, d’un 6000 puis d’un 7000 mètres.

Seul face à la montagne

Face aux freeriders d’aujourd’hui, Sylvain Saudan refuse la comparaison. «Nous n’avons pas le même ADN et la motivation est différente au départ. Ils sont des athlètes et se mesurent lors de compétitions. Ce n’est pas mon cas. J’ai évolué dans des itinéraires d’alpinisme comme le couloir Spencer ou Whymper.» A l’époque, Sylvain Saudan se mesurait à la montagne en solitaire, muni uniquement de ses skis d’une longueur de 2 m 10, avec l’équipement «d’un skieur du dimanche à Villars. J’avais en plus des capacités d’alpiniste», précise-t-il. Hier comme aujourd’hui, le sportif cherche le plaisir au-delà de la technique.

Créé: 11.08.2016, 20h02

Au programme du FIFAD

Aujourd’hui

Conférence et projections

Le film «Par delà les hauteurs» relate comment la montagne devient un terrain de reconstruction pour des jeunes en rupture. Il est suivi d’un débat sur le dépassement de soi (14h).

Le documentaire américain «K2 et les porteurs invisibles» rend hommage à ces hommes qui fournissent un support indispensable aux expéditions (20h15).

Samedi 13 août

Fête des guides La journée démarre avec l’ascension de l’Oldenhorn au départ du col du Pillon (7h30).

Conférences Sylvain Saudan parlera de son parcours de skieur de l’extrême. (11h) Le Prix du mérite alpin lui sera attribué lors de la soirée de gala (dès 17h). Les résultats du palmarès 2016 seront remis à 18h.

www.fifad.ch

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