Pourquoi du tai-chi dans le spectacle de la Fête des Vignerons?

Fête des VigneronsFanny Wang a d’abord été engagée comme coach pour la troupe des tailleurs. Avant de se voir offrir un rôle bien plus en vue.

Fanny Wang, soliste du spectacle, explicite en mouvements le lien entre la taille de la vigne et son art martial. Démonstration.
Vidéo: ANETKA MÜHLEMANN

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Que viennent donc faire ces huit minutes d’inspiration orientale dans la plus vaudoise des représentations du travail de la vigne? La question revient chez plus d’un spectateur au moment d’échanger ses impressions au sortir des représentations de la Fête des Vignerons. Non pas que le résultat ne soit pas à la hauteur, bien au contraire, mais la succession de figures de tai-chi dans la scène de la taille, en plein chapitre de l’hiver, interpelle. Si elles ne sautent pas aux yeux dans le jeu d’acteur du groupe figurant les tailleurs, impossible de manquer les huit minutes de solo de Fanny Wang sur la scène sud (côté lac), qui plus est retransmises sur les écrans.

«Nous voulions revisiter les racines de cette fête, le travail des vignerons»

Au début de son aventure veveysanne, la prof de tai-chi de Châtel-Saint-Denis (FR) avait simplement pour tâche d’encadrer le groupe de figurants, selon les vœux de l’équipe artistique. «En janvier, j’ai lu dans un magazine de la Fête que le metteur en scène, Daniele Finzi Pasca, avait eu un flash pour la scène de la taille en hiver: il voulait une danse tai-chi, quelque chose en lien avec le cosmos, de plus introspectif dans la relation entre le vigneron et son cep, explique Fanny Wang. Quand j’ai vu ça, j’ai envoyé mon CV. J’ai rencontré le chorégraphe en chef, Bryn Walters, et cela a tout de suite marché. Je l’ai aidé à intégrer les éléments tai-chi dans son travail.» Jusqu’à la demande choc quelques semaines plus tard: «On m’a dit que ce serait bien que je monte sur scène. J’ai hésité, et puis j’ai dit oui, c’est une trop belle vitrine pour la discipline. J’ai demandé mon propre costume et un solo sur une scène, ce qui a été accepté.»

«Quand j’ai commencé à développer le projet avec Julie, explique pour sa part Daniele Finzi Pasca en évoquant sa défunte épouse, nous voulions revisiter les racines de cette fête, le travail des vignerons. Quand on parlait de la taille avec ces derniers, on y entendait quelque chose de mystique, une forme de sagesse qui se transmet.»

«Quelque chose d’intérieur»

Pour le groupe des tailleurs, le patron du spectacle a ainsi cherché une chorégraphie reprenant les mouvements tai-chi les plus proches du travail de la vigne. Mais c’est en premier lieu de la philosophie et de la spiritualité de l’art martial ancestral dont il s’est inspiré: «Car ce n’est pas exactement du tai-chi, comme les effeuilleuses ne dansent pas exactement le cancan. Je voulais juste quelque chose d’intérieur, de moins fébrile. Une forme d’échauffement dans le froid de l’hiver.»

Et les vignerons approuvent à entendre Fanny Wang: «Certains y retrouvent les gestes, la notion d’enracinement. Mais aussi le côté intérieur au moment de réfléchir à comment optimiser le passage de la sève, la circulation de l’énergie.» Didier Rouge, l’un des six vignerons comptant parmi les tailleurs, confirme: «La taille, c’est un moment de réflexion au cœur de sa vigne, un moment important qui va influer sur la croissance de la plante les années suivantes. De solitude face à son plant également, quand le vigneron fait le travail lui-même, ce qui peut rappeler le tai-chi. Il y a aussi quelque chose dans les mouvements, notamment vers le bas avec le sécateur ou quand on tire les sarments par le haut. Bien sûr, c’est allégorique, artistique, stylisé, mais on s’y retrouve. Et nous avons pu proposer quelques corrections ou suggestions.»

De l’émotion pure

Fanny Wang se dit fière de ses élèves d’un été: «C’est du reste un des groupes appréciés des chorégraphes. Ils sont très sérieux, précis, attentifs. C’est un peu une classe modèle», plaisante-t-elle. Qui plus est, l’approche tai-chi a séduit après la surprise du début. «Une dizaine m’a même dit vouloir commencer à prendre des cours.»

À titre personnel, la Châteloise emporte des images pour la vie: «C’est magnifique d’être au milieu de ces figurants qui y mettent tout leur cœur. Par ailleurs, j’ai appris plein de choses sur la vigne. Le stress de la première? Disons que lors de la répétition générale du 16, qui était pour les figurants, ça allait, on était entre nous. Lors de celle du 17, avec le public, j’ai senti monter l’adrénaline. C’est surtout les 30 secondes avant d’y aller et l’entrée en scène elle-même. Mais on est avant tout heureux, et le stress tombe. Au final, il ne reste que l’émotion.»

Créé: 31.07.2019, 06h34

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