Une tonne d’explosif pour protéger les pistes de ski

Portes du SoleilChaque jour, Francis Perrin et son équipe minent les sommets dominant le domaine skiable pour le sécuriser.

Francis Perrin simule le minage d’une avalanche aux Crosets. Chaque jour ou presque, une soixantaine de pains de Tovex son employé dans son secteur.

Francis Perrin simule le minage d’une avalanche aux Crosets. Chaque jour ou presque, une soixantaine de pains de Tovex son employé dans son secteur. Image: Chantal Dervey

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Au pied des pistes des Crosets, tous les voyants sont au vert. En ce jeudi matin, on peut profiter à 100% des pistes des Portes du Soleil: 650 km au total. Après des jours difficiles passés sous la menace des avalanches, la situation est revenue à la normale. Mais cet hiver imprévisible donne du fil à retordre à l’équipe chargée d’entretenir et, surtout, de sécuriser le domaine skiable. «Depuis décembre, on a utilisé 1300 kg d’explosif. C’est ce qu’on emploie en moyenne sur tout un hiver», détaille Francis Perrin. Cette saison est un peu particulière, relève le responsable du service des pistes de Champéry, des Crosets, de Morgins et de Champoussin. «Le terrain n’a pas gelé, la chaleur remonte du sol: c’est comme si la neige était posée sur des roulements à billes.» Une situation qui rappelle l’hiver 2011-2012: le 26 février, une coulée de 100 m s’était détachée et avait fini sa course sur les bords de la piste des Mossettes, «bousculant» un skieur.

Avec près de 5 mètres de neige cumulée à 2000 m depuis le début de la saison, une seule solution pour garantir l’ouverture du domaine: miner quasi quotidiennement, pour déclencher préventivement les avalanches. «Dès qu’il tombe 25-30 cm, on intervient pour purger au fur et à mesure et éviter qu’on se retrouve face à de grosses avalanches, explique Francis Perrin. Chez nous, on a un avantage sur d’autres stations, comme Verbier, par exemple. Les sommets sont facilement accessibles. Même lorsqu’il fait mauvais et qu’on ne peut pas faire ce travail par hélicoptère, on peut monter à skis.» Cet entretien régulier paie: malgré des situations critiques à répétition dans les Alpes, le domaine valaisan n’a été fermé totalement qu’à six reprises depuis décembre.

Un déclenchement sur cinq

Au petit matin, ce sont entre 60 et 70 pains orange de Tovex qui détonent chaque jour, actionnés à l’aide d’une mèche et d’une allumette de Bengale et retenus au bout d’une corde. Depuis le télésiège de Grand-Conche, le chef des pistes désigne une pente surplombant le domaine skiable. «Ici, lorsqu’on déclenche, l’avalanche part une fois sur cinq. La déclivité est trop faible.» La neige doit être dégagée à la dameuse. La machine gravit la pente, aidée par un câble et un treuil, pousse la neige sur la piste, puis en contrebas.

Un peu plus loin, la traînée laissée par une coulée de neige est visible. Juste au-dessous, des traces de skis zèbrent la poudreuse. «Notre travail consiste à sécuriser le domaine skiable. Mais on mine aussi certains secteurs en hors-piste: il y a des couloirs où l’on sait que les randonneurs vont s’aventurer. On préfère prévenir plutôt que de devoir intervenir et donc prendre des risques.»

«Il y a des inconscients»

Les randonneurs. Une des bêtes noires des pisteurs des domaines skiables. «Il y a vraiment des inconscients!» réagit Francis Perrin. Alors qu’il montait pour placer des explosifs à la pointe des Mossettes, le Val-d’Illien a eu droit à une belle frayeur, il y a quelques jours. «On était en pleine tempête. Alors qu’on se préparait à lancer les charges, on a vu un petit point noir en contrebas. Un randonneur, et deux autres dans son sillage. Si on était arrivés 30 minutes plus tôt, on aurait miné sans les voir.» Quand il leur fait remarquer le danger de la situation, Francis Perrin s’entend répondre. «On est obligés de s’entraîner, il y a la Patrouille des Glaciers cette année.»

Le chef des pistes s’étonne que les accidents soient si rares, «quand on voit le nombre de skieurs en hors-piste. La journée, il y en a énormément qui montent par les pistes, sans se soucier des skieurs qui descendent.» Alors qu’il nous raccompagne au pied des pistes, Francis Perrin doit s’arrêter pour rappeler un randonneur à l’ordre. «Ça pose aussi de gros problèmes la nuit, lors du damage des pistes. Une dameuse se voit de loin, mais dans le noir, vous ne voyez pas les câbles des treuils qui font jusqu’à un kilomètre. Un jour, on aura un type coupé en deux.» (24 heures)

Créé: 26.01.2018, 06h50

Expérience précieuse


Francis Perrin simule le minage d’une avalanche aux Crosets. Chaque jour ou presque, une soixantaine de pains de Tovex sont employés dans son secteur. Crédit:Chantal Dervey

Connaître les couloirs les plus menaçants, anticiper le danger: c’est le travail des pisteurs de tous les domaines skiables. Ils sont 22 sous les ordres de Francis Perrin à se charger de l’enneigement mécanique, du damage et de la sécurisation de 195 km de pistes de Champéry, Les Crosets, Champoussin et Morgins. «On s’appuie beaucoup sur l’expérience, explique Francis Perrin. On a de la chance: les gens restent assez longtemps, chez nous. Les plus jeunes ont 8 à 10 ans de boîte. Ils ont le temps d’apprendre à connaître le domaine skiable.» Avant de devenir secouriste, chaque «nouveau» passe deux ans aux remontées mécaniques «puis en principe trois ans après avoir fait le cours de pisteur. Et lorsqu’ils partent sur le terrain les premières années, c’est toujours avec un ancien.»

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