Au tribunal, une femme hantée par son passé pénal

ProcèsVisée par plusieurs plaintes d’habitants de son ancien village, une mère se dit victime d’une cabale. Elle échappe à la prison ferme.

Image: CHANTAL DERVEY

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L’acte d’accusation était long comme le bras. Cette semaine, au Tribunal d’arrondissement de l’Est vaudois, on jugeait une femme visée par huit plaintes pénales. L’affaire se noue dans un petit village vaudois où Aline* s’est installée il y a quelques années. Elle a fini par le quitter avec ses deux enfants, jurant que l’on a tout fait pour cela.

Manifestement, le torchon n’a pas tardé à brûler entre elle et quelques habitants, qui ont finalement saisi la justice. Cinq d’entre eux se sont rendus à l’audience, accompagnés d’un ex-mari qui a lui aussi déposé une plainte. La liste de griefs est variée, allant de la calomnie aux lésions corporelles simples en passant par le brigandage, l’injure et les menaces.

Mais comment en est-on arrivé là?

Deux couples habitant le village racontent comment leurs fils sont revenus à la maison un jour. Traumatisés, ils disent avoir entendu Aline les menacer de «s’occuper d’eux». La quadragénaire a une autre version. Les deux garçons auraient surréagi alors qu’elle tentait de les empêcher de harceler sa fille. «À force d’entendre que je suis dangereuse et que j’ai fait de la prison, les enfants peuvent avoir eu peur de moi», glisse-t-elle alors.

Une affaire médiatique

Dans la salle d’audience, tout le monde le sait. Il y a plusieurs années, Aline a été impliquée dans une affaire qui a fait la une des journaux. Aujourd’hui encore, elle peut compter au mois près le temps qui la sépare de ces événements: «Depuis, je n’ai pas eu de problèmes. Et pourtant, on parle d’une violence généralisée chez moi.»

La présidente du tribunal s’étonne toutefois de l’accumulation de plaintes. «C’est de la pure méchanceté à mon égard. Leurs enfants ont rendu les miens malades. Il y a même eu une pétition contre moi», se défend Aline. L’un des plaignants l’affirme: «Tout le village en avait marre. Notre plainte n’est que la partie visible de l’iceberg. Les choses se sont calmées quand elle est partie.»

C’est que la plupart des accusations sont lourdes. La mère d’un des deux garçons a aussi déposé une plainte pour insultes et tentative de lésions corporelles. Aline est également accusée de s’en être pris physiquement à une jeune fille qui lui manquait de respect. Une autre femme explique avoir été projetée au sol et délestée d’une somme d’argent lors d’un état des lieux qui a mal tourné. «Je n’aurais pas dû», souffle Aline dans certains cas. Dans d’autres, elle dément, invoque son sentiment d’injustice et la volonté de défendre ses enfants.

«Si je m’étais comportée de la même manière qu’elle, je ne serais pas devant un tribunal»

Dans un village visiblement divisé, il y en a pour plaider sa cause: «Ces affaires de voisinage se sont transformées en chasse aux sorcières, estime un témoin. À cause de son nom, les gens se permettaient n’importe quoi. Si je m’étais comportée de la même manière qu’elle, je ne serais pas devant un tribunal.»

Dans son jugement, rendu mercredi, la présidente n’en a pas moins retenu tous les chefs d’accusation. Elle a en particulier estimé que la version des plaignants était plus crédible que les dénégations systématiques de l’accusée et les dires de témoins qui sont aussi ses amis. «Vous saviez que vous pourriez faire peur à des enfants compte tenu de votre passé, dont ils étaient informés. Et pourtant, vous n’avez pas hésité à les menacer», a aussi déclaré la juge.

Alors que le Ministère public avait requis 15 mois de prison ferme, dont 6 avec sursis, la présidente du tribunal a prononcé 10 mois assortis d’un sursis total, tenant notamment compte des enfants de la prévenue. Celle-ci a déclaré qu’elle ferait appel.

* Prénom d’emprunt

Créé: 30.01.2019, 17h34

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