Les ultimes résidences secondaires dopent l’immobilier à Villars

ImmobilierSelon une étude privée, la station vaudoise est celle où les prix ont le plus grimpé dans les Alpes franco-suisses.

Plusieurs projets lancés avant l’acceptation de la Lex Weber en 2012 sont en train de voir le jour. Et malgré des prix parfois élevés, les appartements se vendent bien.

Plusieurs projets lancés avant l’acceptation de la Lex Weber en 2012 sont en train de voir le jour. Et malgré des prix parfois élevés, les appartements se vendent bien. Image: Odile Meylan

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Les contours de l'ameublement sont modernes et contrastent avec le vieux bois authentique qui orne chaque pièce de l’appartement. Une baie vitrée ouvre sur un vaste jardin privatif et offre une vue imprenable sur les Dents-du-Midi. Dans une salle d’eau, un hammam a été aménagé et, au sous-sol, un home cinéma. Encore disponible, ce joli logis de 170 m2, situé à deux pas du départ des remontées mécaniques villardoues, coûte un peu plus de 3 millions. Avis aux amateurs.

Malgré les prix élevés (de 2,5 à 3,2 millions de francs selon le bien), les 16 appartements répartis dans les deux premiers chalets du Domaine du Roc se vendent bien. Un troisième immeuble de huit appartements est en construction.

À Chesières et sur la rue Centrale de Villars-sur-Ollon, deux autres promotions (un total de 29 appartements, lire encadré) avancent à grands pas. Alors que la Lex Weber, acceptée par 50,6% des citoyens en 2012, devait mettre un frein net à la construction de résidences secondaires en altitude, on s’étonne de voir ces luxueux bâtiments pousser comme des champignons. «Il s’agit de projets qui bénéficiaient d’une demande d’implantation avant la votation, explique le syndic d’Ollon Patrick Turrian. Les délais légaux expliquent qu’ils ont pu se construire depuis l’entrée en vigueur de la loi.» Ces logements de vacances seront les derniers de ce type à sortir de terre à Villars.

L’embellie après la crise

Leur mise en vente permet à la destination vaudoise de connaître un boom immobilier. Selon une étude publiée par le bureau londonien Knight Frank spécialisé dans l’immobilier, les prix ont grimpé de 6% à Villars en 2018. Elle pointe en tête du classement relayé récemment par le magazine Bilan, parmi les stations des Alpes franco-suisses auscultées par ce «Ski property report» (voir infographie). Ce rapport n’est pas exhaustif: seules 16 stations y figurent et de grandes absentes sont à relever comme Zermatt, Grindenwald ou Avoriaz. «Nous tenons compte des destinations dans lesquelles nous avons des représentants, qui peuvent nous renseigner avec précision», nous expliquent les auteurs de l’étude. L’évaluation se fonde par ailleurs sur un type de bien précis: un chalet familial de quatre chambres, haut de gamme, au centre de la station.

Imprécis, ce diagnostic n’en confirme pas moins la tendance observée dans la station vaudoise. Également patron d’une régie de la place, Patrick Turrian rassemble depuis 1996 des statistiques sur les ventes réalisées sur le plateau. Ses graphiques montrent une augmentation du nombre de transactions, jusqu’en 2008. Ils attestent des crises qui ont marqué la branche et ont notamment impacté les ventes aux étrangers: l’arrivée de l’euro au début des années 2000, le krach des subprimes en 2008, l’abandon du taux plancher en 2015… «Globalement, on remarque que les prix ont aussi augmenté jusqu’en 2011, se sont tassés puis ont baissé entre 2014 et le premier semestre 2017», décrit Patrick Turrian.

Seul le marché haut de gamme est scruté par Knight Frank et vit une forte progression. Mais dans les autres segments de marché, «on voit que les choses bougent aussi, que les gens sont prêts à investir sur Villars, se réjouit Fred Ernand de Gérance Service. On retrouve un équilibre entre les attentes des vendeurs et les moyens des acheteurs.» Résultat? Un prix qui se stabilise et repart même à la hausse en ce qui concerne les biens moins luxueux, alors que les prix ont connu une baisse globale de 10 à 20% ces dernières années. «Il faut un peu nuancer cette tendance: certains biens, en plein centre de Villars se sont renchérit alors que d’autres, plus éloignés, ont perdu de la valeur», précise Patrick Turrian. Qui tempère également: «On reste très en dessous des prix de Gstaad ou Zermatt.»

Regain de confiance

Knight Frank et les gérants de la place sont unanimes: ce regain de vigueur, Villars le doit en grande part aux investissements réalisés dans la station. Aménagés pour un peu plus de 20 millions de francs (dont 50% de fonds publics) et ouverts en 2017, les Bains de Villars ont créé un appel d’air. Espérée depuis un demi-siècle, la mue de la rue Centrale a enfin commencé avec la construction d’un nouveau campus du Collège Beau-Soleil et de résidences secondaires dès 2015. Elle se poursuivra l’an prochain avec des aménagements routiers qui la rendront plus conviviale. Télé-Villars-Gryon-Diablerets (TVGD) a étendu son réseau d’enneigement mécanique et renforcé la liaison avec Les Diablerets en construisant deux télésièges et une télécabine flambant neuve.

«D’autres investissements suivront, ajoute le syndic. Il y a notamment un projet de TVGD, de la Commune et des TPC pour améliorer l’offre touristique à Bretaye. Tout cela contribue à générer un climat de confiance qui incite les investisseurs à s’intéresser à Villars.» Et Fred Ernand d’ajouter: «Ce dynamisme, on le doit aussi aux écoles internationales qui jouent véritablement un rôle moteur.»

Créé: 10.12.2018, 07h36

Le chant du cygne après la Lex Weber

La loi sur les résidences secondaires en vigueur, on assiste désormais aux dernières constructions de résidences secondaires dans les stations du pays. À Villars, le domaine du Roc (24 appartements), la Résidence Alpine Hedonia (20 appartements) et La Prairie (9 appartements) marquent la fin d’une ère.

La hausse de 6% des prix observée par le Ski property resort, imputable principalement aux ventes de ces logements de vacances, sera-t-elle le chant du cygne de l’immobilier villardou? «Il est certain que c’est une clientèle que nous n’aurons plus, concède Fred Ernand, gérant immobilier. Mais la vente d’anciennes résidences secondaires, que les propriétaires vont rénover, va se développer et créer du travail dans la station. On constate aussi que les achats de résidences principales progressent: les gens voient qu’ils n’ont plus besoin de vivre en plein centre-ville, qu’ils peuvent travailler depuis la montagne et avoir une qualité de vie nettement supérieure. Nous avons ouvert un espace de coworking en septembre dans nos anciens locaux et la demande dépasse de loin nos espérances.»

Syndic et gérant, Patrick Turrian est également optimiste: «La résidence touristique est en train de se réinventer avec l’apparition d’appartements qui bénéficient d’un service hôtelier et que les propriétaires mettent location un certain nombre de semaines. Des projets de ce genre sont sur le point d’aboutir à Villars. Quel sera le succès de cet hébergement? Est-ce qu’il sera en concurrence avec la résidence secondaire classique? L’avenir nous le dira.»

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