«La venue du pape était un rêve, un rêve un peu fou»

Saint-Maurice (VS)Abbé de Saint-Maurice, Joseph Roduit renonce à sa charge. Il le fait en toute sérénité.

Joseph Roduit a dirigé durant seize ans l'Abbaye de Saint-Maurice.

Joseph Roduit a dirigé durant seize ans l'Abbaye de Saint-Maurice. Image: Chantal Dervey

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Le mot «émerveillement» revient souvent sur les lèvres de Joseph Roduit. A 75 ans, le supérieur de l’Abbaye de Saint-Maurice sait encore s’étonner et savourer. Dans quelques semaines, le père abbé renoncera, «pour raison d’âge et de santé», à la charge qu’il occupe depuis 1999 («24 heures» du 19 mars). Son successeur a été désigné par sa communauté, mais le pape doit encore l’approuver. Le nom de l’abbé actuel restera, lui, intimement lié au 1500e anniversaire que le monastère célèbre cette année. Il sera aussi associé aux avancées qui ont restitué le site dans l’histoire: sous son ministère, les précieuses archives de l’Abbaye ont été numérisées et son trésor a été remis en valeur.

- Vous sentez-vous triste à l’idée d’abandonner votre charge d’abbé?
- Non. J’ai fait mon temps. Il faut être réaliste: à 75 ans, on n’a plus le même élan.

- Quelles qualités votre successeur devra-t-il avoir?
- On a parfois l’impression d’être coupés du monde, mais de nombreuses personnes dans des situations difficiles viennent nous trouver, en quête de solutions. L’abbé doit être à leur écoute. Tout en s’occupant aussi de la communauté. Nous avons une chance: nous suivons la règle de saint Augustin, qui base tout sur la fraternité. Nous vivons une réelle amitié. Lorsque l’un de nous faute, nous ne l’accablons pas, nous dialoguons. L’abbé doit savoir concilier, voire réconcilier.

- Il y a seize ans, vous vous retrouviez dans la peau du futur abbé. Quel était alors votre état d’esprit?
- J’ai eu la chance de succéder à Mgr Salina. En bon Vaudois, c’était un homme pacifiant. Il m’a légué une communauté sereine. A mon arrivée, j’ai dit: «Demandez-moi ce que vous voulez, mais n’attendez pas que je sois Henri Salina. Je serai Joseph Roduit.»

- En quoi êtes-vous différents?
- Je suis Valaisan; j’ai un caractère volontaire. Quand je veux quelque chose, je ne lâche pas. Comme l’idée de reprendre les fouilles archéologiques aux abords de l’Abbaye. J’ai étudié l’archéologie. Cela me tenait à cœur.

- C’est l’une des grandes réussites liées au 1500e…
- Oui, tout comme l’ouverture de nos archives. Nous avons conservé tous les documents depuis l’an mil. Si bien que nous avons numérisé 700 000 pages qui ont servi et serviront à mieux connaître l’histoire de l’Abbaye. Nous avons aussi quintuplé l’espace dévolu au trésor. Ses pièces sont désormais mieux présentées.

- Vous souhaitiez la venue du pape François, qui ne fera pas le déplacement. Ressentez-vous de la déception?
- Non. François est un homme accessible, proche des gens. J’en ai fait l’expérience lors de ma visite à Rome en décembre. Nous logions à la résidence Sainte-Marthe. François prenait ses repas avec nous, au self-service, se servait lui-même. Je lui ai rappelé mon invitation. Il m’a répondu: «Je sais, tu me l’as écrit.» (Il rit.) Il est très sollicité. Sa venue était un rêve, un rêve un peu fou peut-être.

- Le jubilé s’est ouvert il y a sept mois. Quel bilan en tirez-vous à ce stade?
- Je suis émerveillé par l’écho que ces festivités rencontrent. Il y a dix ans, nous lancions ce projet. Le 21 septembre, veille de la Saint-Maurice, le chantier s’est terminé et nous avons repris possession d’un lieu de culte. Les moments forts ont été nombreux. Notamment l’exposition du trésor à Notre-Dame de Paris, où 10 000 chrétiens ont défilé devant ces reliquaires. Je n’ai pas de chiffres concernant son exposition au Louvre, le printemps dernier, mais cet événement a constitué une belle vitrine pour le jubilé.

- Votre communauté se trouve en 2015 au centre de l’attention. Est-ce que cela a suscité des craintes?
- Ce n’est pas quelque chose qui allait de soi. Il a fallu bien expliquer qu’il est mieux de se faire connaître si l’on veut susciter des vocations, faire en sorte que ce lieu continue de vivre. Si on est trop discrets, on sera oubliés.

- Un tel anniversaire peut-il susciter des vocations?
- Nous l’espérons. Christian Berrut nous a proposé de réaliser un film à l’occasion du jubilé. Il relate l’historique du lieu et inclut des témoignages plus personnels de confrères. Il leur fait observer qu’ils auraient pu choisir un autre métier mais ont opté pour cette vie, avec ses contraintes: le célibat, la vie communautaire. J’ai été émerveillé des réponses des confrères. Ils ont dit des choses à la caméra qu’ils ne m’avaient jamais dites. (Il rit.) Je crois que ce film répond bien à ces questions.

- La crise des vocations vous inquiète-t-elle?
- Je laisse à mon successeur une communauté de 40 moines, mais qui a bien vieilli. Est-ce qu’un système de monastère, tel que celui-ci, existera encore dans trente ans? Est-ce que nous pourrons assurer notre rôle dans les paroisses et nos missions? Je l’ignore. A nous de trouver de nouvelles manières de travailler. Il n’y a plus que deux confrères qui enseignent au collège de Saint-Maurice, mais cet établissement remplit toujours son rôle: il est possible de déléguer à d’autres ce que nous avons mis en place. (24 heures)

Créé: 24.04.2015, 17h23

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