A Vevey, les écoliers des Crosets ont été choyés pour leur 2e rentrée

IncendieEntre retrouvailles et appréhensions, une ambiance de premier jour régnait lundi aux abords du collège incendié la semaine dernière.

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A peine esquissé dans le ciel veveysan, un arc-en-ciel est venu colorer lundi la deuxième rentrée du Collège des Crosets. Tout un symbole en ce matin frisquet où se retrouvent pour la première fois depuis une semaine les protagonistes de l’incendie qui a détruit le toit de leur établissement. Arrivés bien avant l’heure au rendez-vous, écoliers, parents, grands-parents, enseignants et officiels se rassemblent au stade de Copet 2 dans un ballet de sentiments multicolores. L’appréhension se mêle à la joie des retrouvailles et au souvenir angoissant des hautes flammes qui ont balafré la toiture du collège, le condamnant à cinq mois de travaux et éparpillant les 260 élèves aux quatre coins de la ville.

Sur le gazon artificiel flambant neuf, treize panneaux apposés à des piquets indiquent leur classe aux enfants. Rien n’a été laissé au hasard pour rétablir un semblant d’ordre et effacer des mémoires l’évacuation en pantoufles et les pleurs de la semaine précédente. «Une école, c’est une deuxième maison pour les enfants, alors quand elle brûle, cela les atteint profondément», s’émeut Alain Bouquet, directeur général de l’Enseignement obligatoire du canton de Vaud.

Touché par ces «mouflets en larmes», le responsable se répand en louanges sur la gestion de cette crise. De la Ville à la Direction des écoles primaires veveysannes en passant par le personnel enseignant, il salue ce monde des adultes qui s’est mis en quatre pour entourer les enfants: «Nous voulons soigner ces premiers jours et ces premières semaines après l’incendie, reprend Alain Bouquet. Il faut un cadre rassurant et affectif. Et puis il y a toute la logistique. Déménager des classes, ce n’est pas simplement poser un pupitre et deux chaises! Par exemple, un tiers de ces enfants mangent à midi dans une structure parascolaire.» «Nous avons pu trouver une place pour chacun dans les UAPE proches des classes de remplacement», rassure Fabien Descœudres, directeur du primaire à Vevey.

Alors que les classes se reforment dans les babillements et les acrobaties, des parents échangent leurs expériences: «Pour mon fils, c’était surtout compliqué de ne pas avoir son sac et sa veste, raconte Barbara Ruiz. Et ce matin il a dit: «Je ne veux pas aller dans l’école qui a un trou.» «Nous, c’était le doudou… Son lapin, c’est quelque chose!» soupire Virginie Chevalier qui confie aussi avoir fondu en larmes mercredi soir dernier, malgré une débauche de Fleurs de Bach. Blottie contre sa maman, Fatima, 4 ans, considère l’agitation d’un œil inquiet. «Elle est déjà rassurée de savoir qu’elle retrouvera sa maîtresse et ses camarades, témoigne sa maman, Mariem Ounernouss. Ces derniers jours, elle a posé beaucoup de questions. Surtout à propos de la cause du feu…» «Je veux dire merci, exprime Samira Mehmedi. Ce n’était pas facile et tout le monde s’est bien occupé des enfants.»

Mi-anxieux, mi-dissipés, Fatima, Alexandre, Clarky, Zakaria, Afonso, enfants de 1-2 P, convergent vers leur maîtresse. Catherine Gutierrez distribue sourires et poignées de main. Mais en aparté, c’est une autre histoire: «Je suis limite. Je suis au bord des larmes tout le temps», avoue celle qui a déclenché l’alarme du collège lundi dernier avant de mettre sa troupe en sécurité. Les cortèges s’ébranlent dans toutes les directions, le blouson rouge de Catherine Gutierrez guide sa quinzaine de bambins vers l’établissement de Charmontey, dans le cliquetis des échafaudages prenant d’assaut le bâtiment des Crosets.

Soutenue par un stagiaire et un aide à l’intégration, l’enseignante jalonne le trajet de repères, de la forêt des Bosquets à l’arrêt de bus où il faudra descendre les prochains jours. Une desserte a été improvisée en deux jours par la compagnie de la Riviera les VMCV. «Encore un exemple qui montre que tout le monde a fait son maximum», souligne le directeur veveysan. Pour aider ces petits de 4 à 10 ans dans leur cheminement, la Direction de la jeunesse, de l’éducation, de la famille et des sports de Vevey a imaginé un balisage spécial. Des animaux collés aux abribus signaleront les arrêts. «Les premiers jours, on fera le trajet avec vous, rassure Catherine Gutierrez. Après, vous saurez que vous devez descendre là où il y a le chat jaune.»

Confidences autour d’une peluche

Dans une ambiance de course d’école, le cortège atteint son nouveau préau. «Comment elle est votre nouvelle école?» «Jolie!» répondent les uns, «bleue!» remarque un espiègle. L’enseignante accueille ses protégés comme une hôtesse des invités. Au vestiaire, chaque crochet est nommé et décoré. En classe, les tables n’ont pas encore de chaises mais l’univers familier est reproduit par touches: «Je voulais qu’ils retrouvent un cocon agréable, pas que l’on reste sur un événement horrible», souffle la maîtresse.

Le bon vieux tapis étalé au pied du tableau invite à la confidence. Une grenouille en peluche amène l’air de rien le récit des jours écoulés. Alexandre étreint son lapin retrouvé: «Il n’a rien! Même pas de tache…» «Tu sais, on a eu de la chance, profite de glisser la maîtresse. Il n’y a rien eu dans notre classe, elle est belle comme avant!» Le feu dévorant la toiture, l’eau inondant les corridors, le trop-plein d’émotions, la médiatisation, tout ressurgit au fil de l’échange, jusqu’à cette peur désormais envolée: «Elle est partie ta peur?» «Oui, elle est en vacances.» «Moi elle n’est pas partie. Elle est à Corsier!» «Je voulais que les choses puissent sortir et j’ai l’impression qu’ils vont bien, résume l’enseignante. Ils prennent tout comme ça vient. Ils ne sont pas conscients des enjeux comme nous.»

A l’heure de la récré, Charmontey fait déjà partie de la normalité. «Je me réjouissais de voir ma nouvelle classe, commente Léa. Elle est encore plus bien que celle des Crosets.» Investis dans l’exploration des nouveautés, les bambins laissent le drame derrière eux et déteignent sur leurs aînés: «Je suis rassurée, soupire Catherine Gutierrez. J’avais très peur de leurs réactions, qu’il faille les arracher à leurs parents, alors que les plus sensibles venaient de surmonter la séparation. Ces prochaines semaines, on travaillera un peu différemment, on va beaucoup miser sur le groupe. Notre classe, c’est notre famille.» (24 heures)

Créé: 11.09.2017, 22h06

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